Le 18 novembre 2008, Zoubeida est sortie de l'anonymat. Lors de l'expulsion musclée des bâtiments d'Électrabel, cette Marocaine, mère de quatre enfants, est devenue, malgré elle, une vedette. En s'opposant à la police, en prenant la parole, en français et en néerlandais, elle a été filmée par toutes les télévisions présentes. "Ca fait neuf ans que je suis là. Je suis venue avec mon mari et ma fille âgée de 8 mois. Elle a presque 10 ans. Elle a un frère et deux sœurs nés ici". Zoubeida a fui la pauvreté et surtout l'autorité patriarcale. "Je vivais à Oujada. J'avais fait des études, je travaillais et j'étais bien. Mais avec mes quatre frères, c'était l'enfer. Je n'avais aucune liberté. Ils me surveillaient, me commandaient et ont fini par m'obliger à me marier… avec un campagnard. Je me suis retrouvée dans un village, sans eau courante, sans électricité, sans téléphone… Aucun confort. De plus, je ne pouvais pas sortir et je devais supporter toute sa tribu. Ce n'était pas la vie dont je rêvais. Le mari d'une de mes deux sœurs (qui vivent en Hollande) a eu de la pitié de moi et envoyé un visa. Avec mon mari et ma fille, on a donc débarqué chez eux. Mais, très vite, il y a eu des disputes entre mes sœurs et mon mari. Elles m'ont obligé à divorcer. Entre temps, j'ai découvert que j'étais enceinte. Quand mes sœurs l'ont su, elles ont voulu que j'avorte. J'ai refusé et je suis venue m'installer en Belgique. Des gens m'ont aidée et j'ai retrouvé mon mari. Depuis, on a eu deux autres enfants ensemble. Aujourd'hui, l'ainée a 10 ans, le garçon 8 ans, la troisième, 6 ans et le bébé, 4 mois. Mon mari et moi travaillons tous les deux au noir, mais ce n'est pas facile. Après avoir payé le loyer et les factures, il nous reste 200 euros pour vivre avec quatre enfants. On n'a pas de carte SIS, donc on paye le tarif plein quand les enfants sont malades. Ils sont privés de voyage scolaire parce que l'école refuse de prendre la responsabilité de les emmener sans papiers. Ils n'ont pas droit à des abonnements scolaires... Ils sont nés ici, mais ils n'ont droit à rien. Ils travaillent très bien à l'école, mais depuis l'occupation, ils ne vont plus régulièrement en classe parce qu'ils ne dorment pas bien, ils sont fatigués et moi, je n'ai plus le temps, ni la tête à les suivre…" La plus grande refuse même de retourner à l'école. "Avant qu'on ne vienne ici, ses camarades ne savaient pas qu'elle était clandestine. Mais, depuis qu'on est passé à la télé, toute l'école est au courant et certains se sont moqués d'elle. Ils la traitent de pauvre, de gitane…"
Ca fait neuf ans que Zoubeida frappe à toutes les portes. "Partout on me répond que je suis clandestine, ainsi que mes enfants. Ca fait neuf ans qu'on attend une régularisation. Mais rien. C'est pour ça que j'ai décidé de faire l'occupation et je suis prête à aller jusqu'à la grève de la faim. Pour mes enfants. Avant, personne dans mon quartier ne savait que j'étais clandestine, je ne montrais pas ma situation, ma pauvreté. Par fierté. Maintenant tout le monde le sait, donc je ne peux plus partir d'ici sans papiers. Et je ne peux pas retourner dans mon pays. J'ai trop honte de retourner comme ça".
Pour en savoir davatange sur le quotidien des sans-papiers, retrouvez notre article A Bruxelles, avec les Médecins du Monde, en page 20 du Ligueur de cette semaine ou en cliquant ici.
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