Books répond à cette question controversée dans un dossier spécial de 50 pages.
Le magazine grand format (n°7, juillet/août) avertit d’emblée : les opinions sont cacophoniques, les points de vue tranchés dans un sens comme dans l’autre. Les chances sont faibles de comprendre l’ébullition internet. Le vrai débat porte plutôt sur la survie de la culture humaniste, fondée sur la réflexion solitaire et la profondeur, face à la culture du Net, privilégiant la vitesse, le fragmentaire et la réflexion collective.
Surfer sur le Web diminue la concentration et modèle l’intelligence selon la façon dont le réseau distribue l’information. La lecture en ligne supplante la lecture hors ligne (livre). Peter Carr, essayiste très critique sur l’ère numérique constate : j’étais un plongeur dans une mer de mots ; maintenant, je fends la surface comme un jet-ski. Don Taspcott , professeur de management, prétend le contraire. L’usage d’Internet améliore le fonctionnement du cerveau. Les enfants du Net sont plus malins, plus prompts et plus ouverts que leurs aînés. En outre, la génération Y, née entre 1977 et 1994, utilise son pouvoir collectif pour transformer la société, comme l’a montré son influence sur la campagne d’Obama.
Autres modes de lecture
Nous sommes passés des lettrés encyclopédiques (génération 1946-1964) aux habiles dénicheurs d’informations, plus soucieux d’efficacité que de tête bien pleine. Les forcenés du clavier consacrent énormément de temps à tomber sur l’information la plus pertinente. Une fois dénichée, ils la stockent dans des dossiers qu’ils ne liront peut-être jamais. Les plus avides semblent capables de mémoriser à court terme une grande quantité d’informations, classées modus binaire, utile et inutile.
Aux Etats-Unis, les 11-31 ans consacrent de 8 à 33 heures par semaine à Internet. De nouveaux modes de lecture apparaissent. Les usagers lisent en diagonale, survolent les titres et les résumés en quête de réponses rapides. Ces nouvelles habitudes pénalisent le modèle cognitif, axé sur le raisonnement, la comparaison, l’analyse. La pratique du copié/collé n’augmente pas la connaissance. Le savoir est transféré du Web au devoir scolaire ou universitaire, sans être imprimé dans le cerveau. La lecture tranquille et la réflexion lente hors ligne restent d’actualité si l’on veut contenir les stratégies ludiques et d’émiettement du savoir de Google et de Yahoo, les moteurs les plus sollicités. Google fournit simplement les réponses les plus populaires, pas les plus fiables.
Esprit critique
Personnellement, j’estime que l’esprit critique est indispensable pour jauger le Web, une source d’information supplémentaire. Accéder au savoir n’égale pas assimiler la connaissance. Restons curieux, fouineurs, découvreurs. Travailler en ligne ne signifie pas suivre la ligne.
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