Dans Le Ligueur du 4 mars, nous évoquions les risques liés aux antennes GSM et aux mesures prises pour s’en prémunir. Depuis, le parlement wallon a mis le turbo. Il examine aujourd’hui une proposition de décret limitant la puissance des antennes GSM. Après avoir tergiversé durant cinq ans, la Wallonie est acculée. Un récent arrêt de la cour constitutionnelle a reconnu la compétence des Régions pour limiter les émissions électromagnétiques et a créé un vide juridique. Bruxelles l’a rapidement comblé le 15 mars dernier, son ordonnance était prête depuis deux ans.
La majorité PS-cdH a vite déposé une proposition de décret en urgence. Bizarrement, le texte wallon est plus laxiste que le prescrit bruxellois. Socialistes, humanistes et libéraux ont adopté en commission des mesures moins sévères que celles qu’ils ont votées à Bruxelles !
Ecolo, dans l’opposition comme le MR, critique vivement cette incohérence politique, soulignée techniquement par le professeur Vander Vorst, un des trois experts auditionnés à Namur. Il relève que les normes wallonnes facilitent la vie des opérateurs. Ceux-ci ne devront obtenir qu’une déclaration environnementale et non un permis d’environnement pour planter une antenne. La population n’est pas consultée.
En outre, le décret limite les émissions à 3V/m (volt par mètre) par antenne et n’additionne pas les émissions des antennes placées sur un même support. Le professeur Vander Vorst, ainsi qu’un de nos lecteurs électrosensibles, ont calculé que les puissances cumulées de six antennes sur un pylône produit réellement 7.34 V/M, au lieu de 3V/M. Bref, le décret examiné aujourd’hui est en-dessous des normes préconisées par le Conseil Supérieur de Santé.
Pourquoi tant de hâte ? Là où Bruxelles a entendu tous les acteurs concernés, auditions étalées sur plusieurs séances de commission, les Wallons se sont appuyés essentiellement sur l’ISSeP, concepteur du décret. L’Institut scientifique de Service public n’est pas outillé en matière de santé. Le critère de faisabilité technique a primé sur toute autre considération. Un seul amendement Ecolo a été retenu, relatif à l’étude scientifique sur les effets des radiations électromagnétiques.
Rappelons (voir Le Ligueur du 13 février 2008) que les champs électromagnétiques (CEM) ont des effets thermiques et biologiques sur le corps humain, surtout chez les enfants en pleine croissance. Mais qu’il faudra attendre 2015, vingt ans après l’introduction du GSM, pour déceler des tumeurs cancéreuses liées aux CEM. En attendant, puisque les scientifiques sont divisés sur les méfaits du GSM, le principe de précaution s’impose.
Les parlementaires wallons ont admis la faiblesse et le caractère provisoire du décret. Tant qu’à bricoler précipitamment, pourquoi alors n’avoir pas copié/collé l’ordonnance bruxelloise votée par tous les partis démocratiques ?
En France, une dizaine d’associations parentales et environnementales ainsi que des syndicats d’enseignants pressentent le danger. La plateforme Tchermobile demande aux ministres concernés d’interdire le GSM à l’école et de réduire l’exposition chronique des enfants à 0.6V/M. afin de les protéger d’effets sanitaires que suggèrent de plus en plus de résultats de recherches (www.agirpourlenvironnement.org).
Patrice Gilly
Veuillez vous identifier (premier cadre orange ci-contre) ou enregistrez-vous pour réagir à cet article.