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Déroutante valse avec Bachir

Décodage
Déroutante valse avec Bachir

Aujourd’hui, sort sur nos écrans le premier documentaire d’animation jamais tourné. Oui, vous avez bien lu : documentaire d'animation. Valse avec Bachir exprime un point de vue israélien sur les massacres de Palestiniens à Sabra et Chatila en 1982. Le réalisateur mêle histoire personnelle et enquête documentée. La démarche est à la fois intéressante et déroutante.

 

Ari Folman était un soldat de Tsahal à Beyrouth-Ouest. Il est resté trois jours sur place, le temps de vivre indirectement la vengeance des milices chrétiennes libanaises au lendemain de l’assassinat du président Gemayel. Des centaines de Palestiniens ont été exécutés sous l’œil complice d’Israël. Le cinéaste est rentré avec mauvaise conscience. Il refoule au fond de son être le drame dont il a été témoin.
Vingt ans après, en parlant avec des amis enrôlés avec lui au Liban, Ari constate qu’il a des trous de mémoire. Il entame alors une psychanalyse et commence simultanément un film qui soutiendra la thérapie durant quatre ans. En bon documentariste, le réalisateur réunit des témoins et filme leurs déclarations en studio et puis dessine leurs traits, les anime et reproduit leurs propos.
Folman ne voulait pas d’images réelles, parce qu’il ne disposait pas d’archives. Et se montrer lui, en train de raconter face caméra, aurait été d’un ennui profond. Effectivement, ce premier documentaire d’animation est une réussite esthétique, mélange d’animation flash, d’animation classique, en 2D et 3D. Chaque dessin a été créé. Le cinéaste explique que l’animation lui est "apparue comme la seule solution, avec sa part d’imaginaire. La guerre est tellement irréelle et la mémoire tellement retorse, autant effectuer le voyage dans la mémoire avec de bons, très bons graphistes."

Confusion

Ce que le film gagne en beauté, grâce à de magnifiques images, aux colorations symboliques, il le perd en intensité. Les images animées ont moins d’impact que les images réelles. Elles distancient de la réalité insoutenable des massacres. À la fin du film, le spectateur éprouve un choc, lorsque l’ancien soldat recouvre totalement sa mémoire. Nous voyons soudain les corps entassés et nous entendons les cris des mères éplorées sur des images réelles. Celles-ci sont plus rapides que le dessin lent, technique adoptée pour souligner la recomposition progressive du souvenir.
Brusquement, la réalité vous prend et vous bouleverse. Nous sortons de la représentation dessinée, nous vivons enfin des images incarnées. Pour le réalisateur, la boucle est bouclée. Ses embryons de souvenirs sont devenus mémoire vive au terme de son film et de sa psychanalyse.
Valse avec Bachir est néanmoins un prodigieux document qui lève un tabou dans l’histoire d’Israël. Le recours au dessin ou aux images de synthèse permet de traiter des sujets brûlants. De plus en plus de documentaires recourent à la fiction. Les docufictions comportent des scènes jouées par des acteurs. Ce procédé permet d’approcher des univers difficiles à montrer, comme le monde des narcotrafiquants, par exemple.
De nombreux téléfilms s’inspirent de l’actualité. Ce courant copie l’école anglaise où l’écriture du scénario commence par une enquête approfondie menée avec des historiens et des journalistes. La préparation s’apparente à celle du documentaire.
Que ce soit une série documentaire dramatisée, comme Rome diffusée sur la Deux cet été, un feuilleton historique ou un docufiction, le spectateur doit pouvoir identifier clairement le genre. Chaque démarche a son écriture spécifique. On s’y perd, quand document et fiction s’entremêlent. Souvenez-vous de Bye Bye Belgium, du 13 décembre 2006, qui était un faux documentaire.
Des hybrides naissent pour sensibiliser le public à l’histoire ou à la politique. Tant mieux, à condition que le documentaire respecte sa vocation pédagogique, fondée sur une enquête solide et des interviews de qualité. La fonction première de la fiction, même documentée, est de divertir et délasser.
Certains téléfilms insèrent des images d’époque (comme une grève dans une filature) qui convertissent brièvement la représentation fictionnelle en réalité. Les scènes de fiction sont construites dans les mêmes valeurs de plans des archives qui suivent. Ce procédé enrichit le spectacle d’une touche historique et montre bien la différence entre ce qui est joué et ce qui est vécu.

Patrice Gilly
 

 

Le Ligueur n°28 du 10/09/2008

 

Dans ce même numéro pour la rubrique "Parent citoyen"

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Couverture du Ligueur numéro 28
 

 


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