Le Ligueur et mon bébé Les petites annonces La Ligue des familles Partenaires

Parent Citoyen

PÈRE ET MÈRE, ÉGAUX, TOUJOURS DIFFÉRENTS

Pour Irène Théry, sociologue à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales de Marseille, les rôles respectifs du père et de la mère se sont significativement rapprochés, sans qu’on puisse pour autant parler d’un modèle parental asexué. Au contraire, on réinvente des manières de distinguer les sexes.

Le Ligueur : Diriez-vous que les rôles respectifs de la mère et du père ont convergé ces dernières décennies ?
Irène Théry : "Oui. Autrefois, on avait, d’un côté, un père pourvoyeur, qui travaillait à l’extérieur et rentrait le soir, et de l’autre, une mère qui restait à la maison pour s’occuper des enfants, des personnes âgées, des malades. Longtemps, on s’est accommodé de ces inégalités, dans le domaine politique et, jusque dans les années 1970 - où l’on a, en France, remplacé la puissance paternelle par l’autorité parentale - dans le champ familial. L’ancien partage des rôles a été remis en question pour ouvrir aux femmes un espace d’épanouissement de leurs talents. Financièrement autonomes, elles sont sorties de la sphère privée. Sans toutefois que l’on puisse dire que les rôles du père et de la mère sont devenus interchangeables."

IL EST BON D’ÊTRE UN GARÇON…
L .L : Se dirige-t-on malgré tout vers un modèle parental unique ?
I.T : "Il existe désormais, dans une certaine mesure, un modèle parental commun. Aujourd’hui, les trentenaires considèrent comme tout à fait naturel qu’un homme donne le biberon ou change les couches. Il n’y a plus de tâches spécifiquement dévolues à l’un ou l’autre sexe. Mais ce sont quand même les pères qui lancent les enfants en l’air, qui éveillent en eux le goût de l’aventure, alors que les mères, en général, se montrent plutôt protectrices. De même, désormais, hommes et femmes aspirent à un épanouissement à la fois personnel et professionnel, en tout cas dans les pays où la politique de la petite enfance et les aides aux familles le permettent. Cependant, les façons de faire et les hiérarchies restent différentes. Pour une femme, l’épanouissement professionnel n’a vraiment de sens que s’il est subordonné à l’épanouissement personnel, souvent familial. Pour les hommes, au contraire, subordonner sa carrière à sa vie privée, c’est la sacrifier. Ce qui me paraît essentiel, c’est qu’on a réinventé la façon de distinguer le féminin du masculin. Il n’y a qu’à voir la vogue des prénoms en 'o' et en 'a'. Il ne s’agit pas uniquement d’un goût pour les prénoms venus d’ailleurs. C’est aussi une façon de souligner la différence entre les sexes et d’affirmer qu’il est bon d’être un garçon, qu’il est bon d’être une fille. On retrouve un phénomène similaire avec les habits, bleus pour les uns, roses pour les autres, ou encore avec les déguisements. Dans ma génération, celle du baby-boom, on aurait eu beaucoup de scrupules à habiller les garçons en mousquetaires et les filles en princesses. Aujourd’hui, on le fait volontiers car on est convaincu que cela n’empêchera en rien une future femme de développer pleinement ses potentialités. Même s’il y a là une dimension commerciale, je ne considère pas cette mode comme un retour en arrière. C’est parce qu’on est sûr que notre fille va faire des études, apprendre un métier, être autonome qu’on refuse de sacrifier sa féminité, quand bien même elle s’exprimerait dans des formes stéréotypées."

IL EST BON D’ÊTRE UNE FILLE
L.L : La théorie des genres, selon laquelle on ne naît pas fille ou garçon mais on le devient sous l’influence de la société, contribue-t-elle à faire évoluer le modèle parental ?
I.T : "Non. La théorie des genres, c’est un nom qu’on a accolé à des choses très anciennes. Depuis la révolution démocratique, on s’interroge sur les inégalités hommes-femmes, certains les jugeant fondées sur la nature, d’autres, féministes, contestant fermement cette approche… Ce qui a changé la donne, c’est le fait qu’à la fin du 20e siècle, l’égalité des sexes est devenue une valeur cardinale de nos sociétés démocratiques. La métamorphose est intervenue dans la sphère privée et familiale lorsqu’on a cessé de considérer que la société devait reposer sur un couple par hypothèse marié, hétérosexuel et basé sur la complémentarité hiérarchique entre un homme tourné vers la compétition universelle, la politique, la guerre, l’art, les sciences, et une femme qui s’occupe de la maison, des enfants, des malades, une femme qui serait davantage dans la sollicitude et le soin, ce que l’on appelle aujourd’hui le ‘care’."

L.L : Mais la psychanalyse nous apprend que le rôle du père est différent de celui de la mère…
I.T : "Cette conception d’un père séparateur provient d’une mauvaise interprétation, trop sexualisée, de l’interdit de l’inceste et du mythe d’œdipe. Comme le montre le philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis, les enfants investissent d’une toute-puissance imaginaire leurs parents, les personnes qui les font entrer dans le monde des humains, un monde organisé par le langage, ses règles, ses valeurs, ses significations. La dépendance vis-à-vis de ces êtres aimés, en lesquels ils croient et qui font l’intermédiaire entre eux et le monde humain, n’est donc pas seulement matérielle mais aussi affective. Ce qui est essentiel, ce n’est pas que la mère déplace la toute-puissance vers le père. C’est que les parents, par leurs attitudes, amènent les enfants à comprendre qu’eux-mêmes n’édictent pas la loi, que personne n’est maître des significations. Ils doivent au contraire valoriser l’existence d’institutions, de règles, de façons d’agir qui ne sont certes pas immuables, qu’on peut contester, mais qui sont indispensables pour vivre de façon humaine. Et ça, on peut le faire qu’on soit un homme ou une femme."

Propos recueillis par Joanna Peiron

EN SAVOIR +

 

Le Ligueur n°11 du 09/05/2012

 

Dans ce même numéro pour la rubrique "Parent citoyen"

Couverture du Ligueur numéro 11
 

 

Université de Mons
Haute Ecole de la Province de Namur
 Collège de Godinne-Burnot
Les choix du ligueur
Concours de la semaine
Les favoris du ligueur
Donnez-nous votre avis...


Copyright © 2002-2012 Ligue des Familles | Droits d'utilisation | Politique de confidentialité | Site réalisé par Create2.be