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Le Ligueur et les enfants

Sexe et grossesse : un couple raconte

Mariés depuis un an, Sylvie et Christian disent avoir de la chance d’être parents… "si rapidement". À 7 mois et demi de grossesse, Sylvie aime son "gros ventre". La voici bientôt mère de jumelles sans oublier d’être femme. Christian vit la grossesse avec bonheur. À deux, ils nous racontent leurs rapports amoureux. Différents d’avant.


Elle : Sylvie, 28 ans


Femme : "Je suis toujours pleinement femme et il y a un côté maman qui apparaît… Ce n’est pas contradictoire car, pour être maman, il faut être une femme. Ce sont des émotions différentes à gérer. Il faut comprendre qu’on n’est plus seulement un couple et que, maintenant, on est quatre. C’est beaucoup de changements à gérer dans la façon de vivre et d’envisager la vie. La grossesse provoque aussi une modification hormonale. Ce n’est pas toujours facile. J’ai eu beaucoup de nausées pendant les 3e et 4e mois. Je n’avais qu’une envie : me recentrer sur moi-même. J’avais besoin à la fois de réconfort de la part de Christian et d’une certaine solitude pour encaisser mon état de femme malade. Ma vie de femme a changé. Une question m’obsède : vais-je être aussi séduisante après ?"

Sexe
: "Je n’ai pas trop cela en tête. J’ai toujours envie de faire l’amour mais différemment. Mon corps est actuellement plus dédié à fabriquer des bébés. Surtout aujourd’hui que mon col de l’utérus est ouvert. Donc là, l’amour, c’est hors de question. Avant l’ouverture du col, c’était déjà difficile de se lâcher mentalement et physiquement parce que le corps change beaucoup. Je n’étais plus aussi souple. J’étais plus prudente. J’avais peur de faire mal aux deux bébés. J’étais frustrée car je voulais que nos rapports sexuels se passent un peu mieux. Je râlais un peu parce que je ne pouvais plus faire l’amour comme avant. On en a parlé beaucoup. Christian me rassurait, il voulait de toute façon me montrer son amour. Il est très convaincant. Maintenant, je ne fais plus l’amour car je suis trop grosse et je suis alitée. Pour le moment, je suis plus mère que femme. Les bébés ont pris toute la place… c’est très fusionnel. Nous partageons plus de tendresse et de caresses. Mon ventre énorme crée des limites dans les gestes amoureux. Je ne suis plus à l’aise. Mon ventre est entre nous. Christian est là midi et soir… cela fait du bien de se dire qu’on est aimé. Je ne pensais pas qu’il l’aurait montré autant !"

Kilos
: "Je suis étonnée. J’aurais cru que prendre des kilos m’aurait angoissée. En fait, j’adore mon ventre : c’est magnifique de le voir grossir. J’aime me montrer enceinte. Mon mari est toujours à me dire que je suis encore plus belle. Je n’ai pas de doutes. Il me le dit avec amour. Tout de même, j’aimerais retrouver un corps normal après. Là, j’ai un corps de femme enceinte. Je me sens différente. Ce ne sont plus les mêmes critères de beauté qu’avant mais je me sens belle dans les yeux de Christian. C’est cela qui compte mais je ne sais plus m’habiller comme avant. Je crains que les kilos restent là. Je reste optimiste. Tout le monde me dit qu’on perd facilement après. En plus, je voudrais allaiter et je sais que cela aide à maigrir."

Parents : "On est différents dans un couple… quand on a des enfants : deux visions de l’éducation se rencontrent. Il faudra décider ce qu’on va emprunter à l’une et à l’autre. On devra trouver un compromis. Le fait qu’il y ait deux bébés rend les choses plus difficiles et… faciles en même temps. Christian va plus s’investir : il ne va pas se sentir mis sur le côté. Il va participer beaucoup. On sera tous les deux dans la même galère (rires). On va devoir se soutenir et apprendre à gérer la situation ensemble et faire au mieux pour les deux petites…"


Lui, Christian, 30 ans

Homme : "Je ne me sens pas écarté de la grossesse. La complicité ne peut que grandir. Elle est déjà forte, il n’y a pas de raison que cela s’arrête. Le couple existe… on est assez grands pour se dire que s’il y a un souci, on peut en parler ouvertement, sans tabou. On parle tout le temps. On évite les non-dits. La future maman est plus centrée sur elle-même et sur ce qu’elle ressent. Je suis dans une optique simple : je m’occupe d’elle, j’essaie de l’aider, je m’oublie un peu, je m’efface pour que tout se passe bien pour elle au niveau des tâches ménagères, des repas… Une fois que les bébés seront là, on sera tellement absorbés. Le fait qu’ils sont deux équilibre les choses. Cela permet de poursuivre la complicité d’une autre façon."

Sexe
: "Sylvie est plus ronde, plus sensuelle, plus belle encore qu’avant. Tout évolue harmonieusement : les courbes s’arrondissent, s’épanouissent. On vit la grossesse comme quelque chose d’heureux. Ce n’est pas une maladie. Il n’y a rien de choquant ni de repoussant, bien au contraire. Le ventre de Sylvie a pris plus de place. Nous ne voulons pas faire de mauvais gestes. Le gynécologue nous a dit qu’on pouvait faire tout ce qu’on voulait… En est-on sûr à 100 % ? Nous restons prudents. On adapte à notre manière : nous transformons l’amour par autre chose que des rapports sexuels. Nous nous donnons plus de tendresse, de caresses sans forcément aller plus loin que cela… cela vient naturellement. Je pense plus à Sylvie : je ne veux pas lui faire mal. En tant qu’homme, j’apprends à prendre une petite distance, cela entre dans l’ordre des choses. Il n’y a pas de frustration à ne pas pouvoir faire l’amour comme avant, les choses n’ont pas changé radicalement du jour au lendemain, cela a pris un certain temps. On aspire à être plus à l’aise comme avant mais en même temps cela doit se faire aussi sans pression. Les gestes d’avant, naturels, vont revenir. Si ce n’est pas le cas, eh bien, on en discutera… Nous reprendrons des rapports intimes après la naissance. On ne compte pas laisser les enfants dans notre chambre plus que trois mois. Il est important que le couple ait sa chambre et les enfants la leur pour qu’ils puissent acquérir leur autonomie aussi."

Kilos
: "Sylvie a pris plusieurs kilos pendant sa grossesse. Ses rondeurs ne me dérangent pas du tout, bien au contraire. Par contre, je la sais inquiète à ce sujet et elle souhaite retrouver son poids normal après la grossesse. Je la rassure beaucoup. Elle a dû acheter des vêtements "grande taille" dont elle aimerait très vite se débarrasser. Je la comprends mais en réalité, à mes yeux, Sylvie reste la plus belle.  La grossesse est une période où les corps se transforme… y compris chez les hommes… En ce qui me concerne, j’ai plutôt perdu quelques kilos…que je voudrais bien reprendre ! (rires)"

Parents
: "Dès le 4e mois, j’ai eu l’impression de devenir véritablement père, quelque chose de neuf naissait concrètement en moi. J’ai pris conscience que mes deux petites filles existent et, au fil des jours, elles sont de plus en plus présentes. Depuis une semaine, j’ai pris le relais : je m’occupe de la maison, des futurs vêtements des petites. C’est magique !"

L'avis de Corinne Gere, gynécologue-psychothérapeute

"Chez les femmes enceintes, le désir sexuel est amplifié ou diminué en fonction du stade de la grossesse. C’est très variable, y compris chez les hommes. On n’est plus à deux mais à trois. Tout dépend de la sexualité qui précède dans le couple, des fantasmes, des interdits. Et surtout de la capacité de communication entre les deux partenaires quand il y a frustration ou culpabilité. Il n’y a rien de normal ni d’anormal. Chaque situation est propre à l’individu. Cela dit, la période de grossesse est toujours particulière car la femme comme l’homme sont très sensibles aux émotions. Du côté féminin, probablement en raison de fortes productions hormonales, la frontière entre le conscient et l’inconscient est très perméable. L’inconscient est accessible : les peurs, l’angoisse, les souvenirs, les rêves mais aussi la joie, le désir s’expriment ouvertement. Pendant cette période, l’homme se pose beaucoup de questions sur son devenir de père, par exemple. Certains n’hésitent pas à rompre la relation, à passer à l’acte ailleurs. La grossesse est toujours une période mouvementée mais limitée dans le temps. Lors de la naissance, la libido est réduite à néant. Fatiguée, la femme est en complète fusion avec le nouveau-né. À partir de 3 ou 4 mois voire plus, le désir sexuel revient généralement. Si l’abstinence perdure et si le besoin se fait sentir, il est bon de se faire aider, de préférence en couple."
Bon à savoir : "Escale en périnatalité", un espace de paroles autour de la naissance à la Clinique de la femme au 02/340 43 40


Propos recueillis par Corinne Le Brun.

 

Le Ligueur n°3 du 03/02/2010

 

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