Le Ligueur et mon bébé Les petites annonces La Ligue des familles Partenaires

Le Ligueur et les enfants

Mon bébé pleure, que me dit-il ?

Vivre avec un bébé qui pleure sans cesse et ne pas parvenir à le consoler est une expérience douloureuse. Car on ne peut s’empêcher de penser qu’il a mal ou de questionner ses compétences de parent…

Décryptage

La maman de Maya, peu de temps après la naissance, a senti un grand creux. Creux de la vague ? Ventre vide ? Isolement social ? Sensation de ne plus exister derrière ce bébé qui occupe toute la place, prend tout le temps disponible, concentre toutes les attentions… Un grand creux d’autant plus immense que Maya pleure beaucoup.

Sa tête de maman s’est alors remplie de questions: "Pourquoi ne me suis-je pas mieux informée de ce qu’est le post-partum ? Est-ce que je ferais une dépression ? Est-ce que je suis assez adéquate, assez mère, assez généreuse pour ce petit bébé ? Et pourquoi ma petite pleure-t-elle autant ? Ressentirait-elle mon stress, ma déception de ne pas me sentir au septième ciel avec elle, mon débordement ? Comment puis-je m’ajuster davantage à elle ? Comment mieux la consoler ?"

Démunie devant sa fille, la maman de Maya est allée chercher une aide, une recette, une solution - elle ne sait plus très bien - auprès d’autres : ostéopathe, pédiatre, psy… Résultats : quelques manipulations douces, l’identification d’un reflux gastrique chez le bébé, la prescription d’une médication pour le soulager… Mais Maya pleure toujours et sa maman ne cesse de se questionner. L’entourage la couvre de conseils, de recommandations, de lieux communs (du style "Reste calme, tu l’angoisses"). Elle essaie de "déstresser". Elle n’y arrive pas. Le stress monte encore. Maya pleure toujours. Et la spirale s’emballe.

La naissance, un tremblement de terre


Maya mange, Maya pleure, Maya est constipée, Maya s’énerve… Sa maman la nourrit, la console, la berce, lui met des suppositoires de glycérine, fait pour elle tout ce qu’il faut. Lui parle encore et encore de tout ce qu’elle ne parvient pas à faire pour elle, sa petite, de son incompétence de mère, de sa culpabilité d’être parfois énervée…

Et puis là… pourquoi ? Comment ? Après une rencontre où la maman de Maya me décrit à moi, psychologue, le tremblement de terre qu’a provoqué la naissance de sa petite, elle revient et me parle de Maya. Maya qui n’est pas elle, Maya qui a ses caractéristiques propres, Maya dans sa petite autonomie de bébé. Maya qui doit affronter les premières blessures, les premières frustrations de la vie: "Je me suis rendu compte que je voulais adapter la réalité à mon rêve. Mon rêve, c’est d’avoir un bébé qui n’ait pas mal, qui n’ait pas de gêne, qui se sente confortable. Mon rêve, c’est de lui éviter toute douleur. Mon rêve est de prendre et vivre la souffrance à sa place quand elle apparaît. C’est de ne pas devoir supporter de sentir ma petite en difficulté. Mon rêve me met dans une position de supermaman toute-puissante, d’être divin qui efface et anéantit toute frustration, toute aspérité amenée par la réalité de la vie. Quand je vois souffrir Maya, je sais que je dois être là, à côté d’elle, qu’elle a besoin de moi. Mais je me rends aussi compte que je ne peux pas pousser à sa place quand elle est constipée, que je ne peux pas faire sortir l’air qui distend son œsophage, que tout ça, c’est sa part d’autonomie, ce sont des choses qui lui reviennent, qui lui appartiennent. Avoir réalisé cela m’aide beaucoup. Je ne stresse plus vainement, je ne me flagelle plus de ne pouvoir apporter le réconfort nécessaire à ma petite, je ne me charge pas d’une culpabilité inutile, j’accepte que Maya ait comme tout être ici-bas à assumer le fonctionnement de son corps et, plus tard, le déploiement de ses idées, de ses pensées et de ses projets."

Comme me le dit cette mère, Maya n’est pas sa maman, sa maman n’est pas Maya. Confondre les identités, "se mélanger" à son bébé empêche d’assumer sa position d’adulte. L’adulte, c’est celui qui soutient l’enfant, le guide, l’aide à accepter et à dépasser les obstacles, les frustrations, à faire face aux ennuis - ici, les coliques et maux de ventre. La fonction consolante doit se déclarer des générations du dessus vers celles du dessous, et non l’inverse. Les enfants ont besoin de parents qui ne s’effondrent pas quand ils se mettent à pleurer ou éprouvent de la douleur. Ce dont les enfants ont besoin, c’est de s’appuyer sur eux, non de voir pleurer leurs parents à leur place.


Reine Vander Linden

 

Le Ligueur n°3 du 03/02/2010

 

Dans ce même numéro pour la rubrique "Le Ligueur et les enfants"

0 > 3 ans
3 > 6 ans
  • Anima va vous remettre d'aplomb
6 > 12 ans
  • Cinq règles pour qu'il gère mieux son budget
12 > 18 ans
18 ans et +

 

Couverture du Ligueur numéro 3
 

 

Université de Mons
Haute Ecole de la Province de Namur
 Collège de Godinne-Burnot
Les choix du ligueur
Concours de la semaine
Les favoris du ligueur
Donnez-nous votre avis...


Copyright © 2002-2012 Ligue des Familles | Droits d'utilisation | Politique de confidentialité | Site réalisé par Create2.be