Mon ado veut une moto… Panique. Un engin aussi dangereux dans les mains de mon jeune casse-cou, est-ce bien raisonnable? Le Ligueur a décidé que le sujet méritait bien un Pour ou Contre. Il a récolté les avis de professionnels pour vous éclairer, et vous aider à prendre votre décision. Il s’agit de Christian Cavenaile, chirurgien-urgentiste, Jacques Brotcorne, courtier en assurances, Patrick Ruffin et Patrick Sessolo, vendeurs chez Bike Zone, et last but not least, Olivier Quisquater, Monsieur Sécurité Routière lui-même, commissaire de police et animateur de l’émission Contact. Entre désirs d’émancipation, enjeux de mobilité et impératifs de sécurité, une constante se dégage : responsabiliser est plus efficace qu’interdire.
Dangereux? Oui!
Le scooter est-il un véhicule particulièrement dangereux ?
Le commissaire: "Les statistiques le disent. À moto, on a seize fois plus de risques d’être tué que dans une voiture, la différence est fondamentale."
L’urgentiste: "Un deux-roues est fragile et peu stable, il doit assurer son équilibre par son centre de gravité et prendre garde à la maladresse et à la distraction des automobilistes ; il doit donc être doublement attentif. "
Le courtier: "Les cyclistes sont considérés comme usagers faibles, mais dès qu’il s’agit de deux-roues à moteur, ils deviennent des conducteurs à part entière, à la merci d’un accident."
Le jeune conducteur s’expose-il à plus de risques?
L’urgentiste: "Souvent, les gros accidents vont survenir à moto, rapide et de grosse cylindrée, mais c’est contrebalancé par le fait que les motocyclistes chevronnés sont beaucoup mieux habillés, protégés par une tenue en cuir ; ce qui n’est pas toujours le cas des jeunes en scooter qui présentent des lésions proportionnellement plus graves malgré leur faible vitesse, aggravées par leur manque de protection, surtout en été."
L’assureur: "Oui, mais ce n’est pas typique aux deux-roues. C’est le profil habituel de tout conducteur à risque. Le tempérament, la fougue, le manque d’expérience sont certainement des facteurs aggravants, mais c’est un problème comportemental, un problème d’éducation en général. Un cas n’est pas l’autre, on peut donner la même formation à trois personnes différentes, elles réagiront en pratique de manière tout à fait différente."
Le commissaire: "Ce n’est donc pas spécifique aux deux-roues à moteur mais, de toute façon, l’âge est un facteur de risque, à cause de l’inexpérience. Il y a un pic au niveau des accidents dès que les jeunes sont en âge de permis (ndlr : à partir de 16 ans pour un cyclomoteur, et dès 18 ans pour une moto de moins de 25kW ou 34 chevaux), et ça ne commence à se calmer que vers la trentaine."
Peut-on encore améliorer la sécurité des conducteurs de scooters ou de motos?
Les vendeurs: "Oui ! Il faudrait déjà appliquer le système anglais, descendre la TVA à 6% pour que les jeunes puissent plus facilement se procurer les équipements de sécurité. Et puis, imposer le port des protections, comme en Allemagne. Au point de vue des infrastructures, il y a un travail colossal à réaliser. Les routes en mauvais état, pleines de nids-de-poule et de fissures, sont très dangereuses. Sans oublier les ronds-points peints en rouge et les lignes blanches à la peinture laquée : dès qu’il pleut, pour les motards, c’est Holiday on Ice. "
L’urgentiste: "Si l’on interdisait de dépasser le 50 km à l’heure pour les jeunes, ce serait déjà pas mal. Ensuite, imposer le pantalon et la veste en cuir, c’est la protection passive la plus adéquate."
Le commissaire: "Puisqu’on ne peut pas améliorer la sécurité passive des motos à l’infini, il faut énormément travailler sur les infrastructures et sensibiliser autant les automobilistes que les motards."
Les parents sont-ils suffisamment responsables lors de l’achat d’un scooter ou d’une moto ?
L’urgentiste: "Peut-être que les parents devraient être plus libéraux dans l’acceptation d’acquérir un véhicule et plus sévères en termes de règles pour pouvoir rouler. Ça aiderait les parents de savoir que le jeune peut avoir une moto, mais à certaines conditions : il doit d’abord réussir des cours de conduite et porter obligatoirement un équipement adéquat."
Y a-t-il quand même de bons côtés à la moto ?
Le vendeur: "Oui, pour preuve, avec la crise, beaucoup d’automobilistes ont opté l’an passé pour les deux-roues motorisés. Prix de l’essence divisé par trois, assurance divisée par quatre et 100% déductible ! Les trajets sont plus courts, on pollue moins. Le parking est facile. Partout."
L’urgentiste: "Bien sûr, ce mode de déplacement n’est pas cher ; il permet de supprimer les embouteillages et consomme moins, c’est plus écologique…"
Le commissaire Quisquater: "À Bruxelles, par exemple, on va plus vite à deux-roues qu’en voiture. Et en cas d’embouteillages, c’est valable pour les trajets plus longs aussi. Le gain de temps et de place est non négligeable. Dans nos villes surchargées, ce ne serait pas plus mal ! Mais attention, l’utilisation d’un deux-roues motorisé demande beaucoup de prudence, et de la vigilance de la part des parents. En lâchant la bride trop vite, on s’expose à des catastrophes."
Dangereux? Non!
Le scooter est-il un véhicule particulièrement dangereux ?
Le vendeur: "Je ne pense pas que la moto soit vraiment beaucoup plus dangereuse que n’importe quel autre moyen de transport. Mais l’erreur pardonne moins puisqu’il n’y a pas de carrosserie. On dit souvent que la moto est plus dangereuse que la voiture, mais quand on compare le nombre d’accidents impliquant des automobilistes et le nombre d’accidents impliquant des motocyclistes, proportionnellement, je ne suis pas certain que la moto soit plus risquée."
Le jeune conducteur s’expose-il à plus de risques ?
Le vendeur : "Pas spécialement, c’est surtout une question d’inexpérience. Pour les novices, qu’ils aient 18 ou 40 ans, le danger est le même. Le problème se situe surtout au niveau de la formation : certaines demandes du permis de conduire sont absurdes, on n’apprend pas autant qu’à un cours de maîtrise."
Faut-il interdire les kits pour améliorer les performances ?
Le vendeur : "Non, mais, on ne le fait pas. Modifier le véhicule pourrait entraîner la perte de la garantie du constructeur, et causer des soucis à la machine. On évite au maximum les engins trafiqués, parce que même si la machines résiste bien à la modification, l’expérience du motard n’est pas là."
Le commissaire: "Ces kits, c’est du suicide organisé. À l’heure actuelle, au niveau poursuites judiciaires, on se préoccupe uniquement de l’utilisateur, mais il faut aussi attaquer à la source, c’est-à-dire ceux qui les vendent. Il y a la responsabilité des parents, que je trouve écrasante. Quel est le parent qui peut prétendre qu’il ne savait pas que son fils roulait à 80 km/h ? Ces parents sont complices de problèmes qui leur retomberont dessus par après."
Les parents sont-ils suffisamment responsables lors de l’achat d’un scooter ou d’une moto ?
L’assureur : " Trop souvent, les parents n’interviennent pas, c’est le jeune qui se présente au bureau, parce qu’il s’est fait contrôler sans papiers en règle, soit parce qu’il a acheté un nouveau véhicule. Il y a une responsabilité des parents qui n’accompagnent pas nécessairement le jeune lors de ses démarches, et c’est un problème. "
Pour le commissaire Quisquater, " Je voudrais vraiment transmettre ce message aux parents : on ne peut pas laisser un jeune de 16 ans, même s’il a l’air raisonnable dans la vie de tous les jours, aux commandes d’un cyclomoteur sans le suivre un petit peu, sans vérifier qu’il ne se laisse pas influencer dangereusement par des copains. Les parents sont coresponsables de la mauvaise utilisation du cyclomoteur par leur enfant. Ça ne rend pas service à ce dernier de lui faire croire, dès le plus jeune âge, qu’on peut se moquer de la loi. Acheter un deux-roues motorisé ne peut pas être un moyen de se déresponsabiliser du mode de transport de ses enfants et ça l’est trop souvent, hélas. "
Propos recueillis par Mathieu Nguyen
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