Députés à 11 ans: visitons Democracity
Quentin, Bastien, Matthieu avec deux ″tt″, Marine et Marine… Vingt-deux élèves de l'école St Joseph de Spy participent à un jeu de rôle au sujet de la démocratie. Ils visiteront ensuite le Parlement wallon. Installés autour de quatre tables, les écoliers de 11 et 12 ans vont construire une ville nommée Démocracity. Les droits des enfants et de tous y seront respectés.
"C'est quoi, une démocratie?" demande Françoise, l'animatrice. "Quand tout le monde a le droit de parler", répond Mathias. " Dans un Parlement, qui travaille, qui décide?" La question semble compliquée mais Maxime connaît: "Des parlementaires" - "Comment ils le sont devenus?" - " On a voté pour eux!" "Eh bien, aujourd'hui, vous êtes des députés. On va dire que vous avez été élus!", déclare l'animatrice en distribuant des cravates de circonstance. Expliquant alors à son jeune public que tous les députés n'ont pas les mêmes idées, elle leur fait découvrir les partis et leur fonction.
Des idées et des objectifs
À chaque table-parti, il s'agit d'abord de distribuer les rôles: un secrétaire, un porte-parole, un architecte, un expert en droit, un créatif et un président. "Que va faire le président?" - "Diriger!" - "Non!" - "Écouter parce que certains vont peut-être se disputer", propose Mathieu avec un "t". "Faire que tout le monde travaille bien ensemble", précise Françoise.
Et c'est parti! Premier objectif: trouver les idées pour créer la ville où l'on va vivre tous ensemble. Chaque secrétaire prend note et les propositions fusent: "Plus de poissonneries", dit Emilie. "Des voitures électriques pour ne pas polluer" - "Des panneaux solaires à la place du gaz et du mazout" - "Des éoliennes" - "Des espaces pour les animaux", souhaite Basile. Les premières idées concernent presque toutes l'environnement et la lutte contre la pollution. Un Pierre farfelu propose de "supprimer les routes, mettre de l'herbe et circuler en tondeuse à gazon"… Françoise ramène au réel: la ville doit être construite pour de vraies gens, de quoi a-t-on vraiment besoin? Arrivent alors la sécurité, la police, l'armée, les hôpitaux… "Une bonne éducation ", ajoute Laura. Quand les idées sont rassemblées, les jeunes députés choisissent un nom pour leur parti en référence à leur programme puis un drapeau que dessinent Bastien et les créatifs de service.
Exposé des programmes
Ensuite, le Parlement se réunit. Chaque parti expose son programme. Le parti EV (pour Ecovert) insiste sur le respect de l'environnement et parle de "voyages en commun, de vélo…" puis de sécurité. "La sécurité, interroge Françoise, cela veut dire quoi?" - "Plus de policiers" - "Et comment vont-ils fonctionner?" - "Ils vont éviter les bagarres, être là pour qu'on ne vende pas des armes et de la drogue", répond le président Mathieu.
Autre parti, le MaFé (pour masculin-féminin) veut l'égalité entre les femmes et les hommes, précise Hélène. Puis des voitures à eau contre la pollution et, pour les construire, déduit Antoine, des usines et des techniciens, donc il faudra une université. "Pourquoi parler de l'égalité?" interpelle Mathieu."Ici, il n'y a pas de problèmes. Dans notre pays, ça va beaucoup mieux depuis quelques années !" - "Eh bien pour que ça aille encore mieux", rétorque Hélène du tac au tac. Les apprentis députés du ME, pour mouvement écologique, avaient d'abord décidé "énergique" puis ils ont modifié l'adjectif. La porte-parole Margaux parle "respect de l'environnement" et "protection dans la ville" mais aussi "entretien des routes" et " soin de la vie de tout le monde". Mathias ajoute "des écoles, des musées, des bibliothèques et un hôpital".
Les députés du quatrième parti n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un nom, un drapeau: l'un d'entre eux s'oppose aux cinq autres. Comment faire? Ils votent et la majorité l'emporte. Est-ce juste? Un seul peut-il avoir raison contre tous? Comment résoudre autrement un conflit? "Un match de catch", dit l'isolé, fâché! "Alors, c'est comme si on vivait dans la jungle"…
De l'utilité des impôts
Françoise intervient: "Vous parlez tous d'éoliennes, de panneaux solaires. Mais ça coûte cher. Qui va payer?" Silence. Puis, tentatives de réponses: "Democracity va payer", annonce Mathieu. "Mais comment ?" - "Avec notre argent, nous les habitants", hasarde Tiffany. "On va vendre quelque chose." - "Quoi?" - "Des chocolats?" -"Des maisons?" - "Il faudra aussi de l'argent pour les construire!" - "Il y a un souci", constate Françoise. "Quand les gens payeront leur facture, on mettra une partie sur un compte", déclare Mathieu. Et la lumière fuse: "C'est les impôts qu'on paie tous les jours!" Françoise acte: "Il faut de l'argent pour réaliser les projets, construire les routes, les écoles…"
Pour bâtir enfin la ville commune, chaque parti choisit six bâtiments parmi ceux qui lui sont proposés, tribunal, synagogue, église, mosquée, crèche, syndicat, CPAS, aéroport, ferme, café, centre commercial, parlement... Las, après la pause, l'animatrice a reçu un coup de fil du ministre du Budget: impossible de tout payer, il faut se limiter à douze bâtiments. Que garder? Que laisser tomber? "La prison ou l'école? L'école, à quoi elle sert? Les restos? Il faut manger tout de même !" Les enfants sont alors invités autour d'une table couverte d'habitations. Ils y situent les bâtiments en justifiant leur utilité. Le ME garde la pharmacie, le musée et la police. Le MaFé installe l'université, l'usine et le centre pour l'égalité des chances. Léa, l'architecte du parti sans nom, place l'hôpital, la caserne et la station d'épuration de l'eau "pour avoir de l'eau potable", argumente Marie. Et Quentin, l'architecte du EV dépose la caserne des pompiers, l'école maternelle et primaire "pour apprendre un métier" et un parc.
La discussion reprend: "Il manque des magasins", remarque Florian. "L'usine au milieu des maisons, c'est pas une bonne idée, ça pollue, précise Marion, ce serait mieux le parc". Et les pompiers à côté de l'hôpital et à l'extérieur de la ville? "C'est bon pour que les pompiers blessés soient vite soignés" - "L'hôpital serait mieux au milieu de la ville, estime Basile, pour que tout le monde ne doive pas la traverser pour y arriver".
Objectif
"Y'a pas qu'une personne qui choisit tout", découvre Laura. "C'est pas facile de décider. Et s'ils dépensent tout, ils n'ont plus rien après", constate Emilie. Réaction immédiate d'Hélène: "Il fallait mettre le percepteur d'impôts dans la ville!" N'ont-ils pas compris l'essentiel? En démocratie, il y a des partis qui ont des objectifs, un programme. Les décisions sont collectives. Il faut débattre et s'écouter. Tout réaliser n'est pas possible, il faut choisir, argumenter, négocier à l'intérieur d'un parti d'abord, avec les autres ensuite. Les décisions prises ne plaisent pas nécessairement à tout le monde. Et enfin, il faut de l'argent pour réaliser ses projets et cet argent est obtenu par des impôts. Basique, non?
Thérèse Jeunejean
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Le Ligueur n°9 du 04/03/2009