Décodage
Termonde : dites à vos enfants que vous les protégez
Des images d’enfants et d’adultes en pleurs, des peluches, des fleurs, des bougies, quelques mots balbutiés par les uns et les autres sur l’horreur de qui s’est passé et des commentaires de journalistes qui n’en finissent plus de tourner sur eux-mêmes. Et nous, parents, nous sommes là face au petit écran avec nos enfants qui nous interrogent du regard et qui ont peur. Comment les rassurer, leur promettre qu’ils sont en sécurité, que personne ne rentrera dans l’école, le club de sport, la garderie pour leur faire du mal ?
″Rien qu’à voir sa tête, on voit bien qu’il est méchant!″ ″Faut le tuer! Sur la chaise électrique! Comme ça, il souffrira!″ ″C’est quoi, une puéricultrice ?″ Dans cette cour de récréation, ce lundi, après le carnage de Termonde, les commentaires des jeunes élèves vont bon train. Une question revient, permanente: ″Pourquoi il a fait ça ?″ Et d’aucuns pensent à leur crèche, devenue celle d’un petit frère, d’un voisin… Une crèche de village où l’on entre sans sonner, la porte toujours ouverte. N’est-ce pas dangereux?
Mettre des mots sur des émotions
Adultes comme enfants, nous sommes tous horrifiés, bouleversés, un peu ou beaucoup inquiets suivant notre situation familiale. Nous nous ressentons impuissants face à de tels malheurs, de tels comportements. Que faire? Que dire à nos enfants ?
Certains d’entre eux, spontanément, ont dit leurs émotions et nous ont questionnés: ″J’ai peur. Et pourquoi la police n’a pas arrêté l’homme qui tue les bébés?″ D’autres ne parleront pas sans que nous les invitions, sans doute parce qu’ils ont besoin de savoir que ce qu’ils ont dans la tête nous intéresse. À la maison comme à l’école, aidons-les à dire, à exprimer des sentiments difficiles, ceux qui nous font parfois un peu honte, comme l’effroi, l’inquiétude, la colère, la haine aussi: ″J’ai envie de le tuer…″ Si les plus jeunes ont entendu ce qui s’est passé à Termonde, s’ils n’en parlent pas mais qu’ils nous semblent inquiets, proposons-leur un dessin, une autre manière de sortir ce qu’ils ont sur le cœur.
Nous pouvons partager avec nos enfants ces sentiments que nous éprouvons tout autant qu’eux sans en rajouter ou se complaire dans le malheur. Inutile, voire même nocif, d’écouter un journal parlé ou télévisé en boucle, de ressasser les mêmes affreuses nouvelles. Vraisemblablement, plus nous voyons les mêmes images et entendons les mêmes informations, plus elles risquent d’impressionner. Ou de provoquer, par exemple, des cauchemars.
Leur dire de ne pas avoir peur
Nous devons donc tout faire pour écouter, entendre le questionnement et y répondre, tant bien que mal, avec les mots qui correspondent à l’âge de l’enfant en face de nous: ″Cet homme est malade, malade dans sa tête. Il est fou !″ À des plus âgés, on peut essayer d’expliquer davantage un aspect de certaines maladies mentales: ″ll ya des gens qui entendent des voix qui n’existent pas. Et ces voix, que personne d’autre n’entend évidemment, leur disent par exemple qu’ils doivent tuer…″
Nous devons aussi tenter de rechercher des informations les plus justes possibles pour nous aider à corriger les idées qui s’emballent, ici ou là: ″Non, l’homme n’a pas tué tous les bébés de plusieurs crèches. Il a été arrêté par les policiers″. Aux plus petits, affirmons très clairement: ″Papa et Maman sont toujours là, ils te protègent″.
À tous, expliquons que le meurtrier est un hors-la-loi, qu’il sera jugé, puni, emprisonné. Ajoutons que ″les tueurs de bébés ne courent pas les villes, il en existe, c’est vrai, mais c’est exceptionnel″.
Les crèches doivent être protégées, bien sûr, mais il nous faut aussi dire à nos enfants qu’une crèche ou une école ne peuvent pas devenir château fort ou bunker. Le danger n’est pas partout, tout le temps, ils peuvent vivre sans crainte de rencontrer un tueur au coin de la rue. Réfléchissons aussi avec eux à comment ils peuvent se défendre, agir au cas où… ″Je sais bien où il faut taper pour me défendre, conclut, rassurée, une Marion de 11 ans, et je courrais plus vite que lui″.
Pas de vie sans risque
Petit à petit cependant, il nous faut leur apprendre que le risque zéro n’existe pas, qu’on ne peut jamais tout prévoir, ni malheur ni bonheur. Le risque fait partie de la vie, qu’il enrichit aussi. Garder des enfants sous cloche ne leur permet pas de devenir autonomes et leur confirme, en quelque sorte, que le danger est partout. Comment s’épanouir si on a peur de tout?
La tuerie de Termonde mène encore, pour les plus grands des petits, à une discussion sur les valeurs et la peine de mort. Augustin, 8 ans, a commenté à sa manière son inutilité: ″Si on tue celui qui a tué, après quelqu’un d’autre tuera aussi celui qui a tué l’autre et il n’y aura plus personne sur la Terre″.
Émotions exprimées, questions posées, réponses ébauchées… ne dépassons pas les demandes de nos enfants. Certains tourneront plus facilement la page, d’autres voudront peut-être connaître la suite de cette tragique histoire.
À nous alors à suivre, avec eux, les informations données (Lire aussi notre page 19 du cahier Actu jeunes qui décrypte le rôle des médias à propos de ce terrible fait divers).
Enfin, dans les cours de récréation des plus jeunes, un nouveau "méchant" risque d’apparaître et les institutrices entendront leurs élèves jouer "au tueur de bébés". Une manière pour les gosses de vaincre angoisses ou inquiétudes.
Thérèse Jeunejean
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Lire aussi le pédopsychiatre Jean Yves Hayez, sur l’affaire Dutroux et sur l’attentat du 11 septembre 2001: www.jeanyveshayez.be - traumatismes