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Le Ligueur et les enfants

L’enfant-roi à l'école, une victime !

Décodage
L’enfant-roi à l'école, une victime !

Statistiquement, les enfants-rois sont peu nombreux, même si leur nombre est malheureusement en augmentation constante. Mais leur impact sur l’école est énorme.


Deux exemples parmi bien d’autres : "L’enfant vient systématiquement à l’école avec un grand paquet de chips comme repas de midi. L’école fait une remarque, et le parent répond : 'Que voulez-vous, elle ne mange que cela !' Une institutrice de première primaire punit une élève ; le parent écrit une lettre incendiaire qui dit : 'C’est la dernière fois que je vous autorise à punir mon enfant'…" Bernard Petre, sociologue, connaît bien la ou plutôt les réalités de l’enfant-roi. Il les a analysées avec le collège des directeurs de l’enseignement fondamental catholique, en partenariat avec l’Ufapec (fédération des associations de parents de l’enseignement catholique). Ce travail a débouché sur une journée d’études où se sont pressés 650 participants. L’enseignement fondamental catholique (FédEFoC), organisateur du colloque, en a récemment publié les actes. L’ouvrage est intelligent et pratique : d’un côté, le compte-rendu des conférences de la journée, de l’autre des fiches pour réaliser un partenariat cohérent et efficace entre école et parents et construire ensemble de nouveaux équilibres.

De multiples réalités

Il n’est pas simple de définir l’enfant-roi. Bernard Petre relève néanmoins un certain nombre de caractéristiques qui s’appliquent à lui : considéré trop tôt comme adulte, il est au centre de la famille et en est le nombril ; il est surinvesti par ses parents qui lui passent tout et réalisent tous ses rêves, tous ses désirs ; enfant sans limite et sans devoir, enfant objet de marchandage, enfant seul, enfant qui se pense invulnérable et sur qui on n’a aucune prise, enfant amoral, égocentrique et égoïste… Cet enfant-roi peut agir selon des motivations elles aussi très différentes, notamment la peur du manque, la recherche de puissance au travers du soutien des parents, la peur de la solitude et le besoin d’amour, la recherche de la limite, le besoin de satisfaire ses envies, d’afficher sa supériorité, le besoin de reconnaissance (dire "J’existe"), etc. De plus, l’enfant-roi est souvent l’enfant de parents-rois qui constituent à la fois la source du problème et une difficulté en eux-mêmes. Ce constat établi par Bernard Petre avec les directeurs et les parents permet de mettre en place des attitudes et des mécanismes pour passer du parent-roi au parent-partenaire. Cela ne va évidemment pas de soi.
"Très peu de parents-rois peuvent suffire pour absorber énormément des ressources et du temps des enseignants et des directeurs. Très peu également peuvent suffire pour créer un climat très négatif au sein de l’école. De là, la tentation de conclure qu’il est préférable que les parents restent au maximum hors de l’école", observe le sociologue. Mais l’exclusion de celui qui pose problème ne répond pas au projet des écoles de la FédEFoC. Il faut donc parvenir à ce que le parent-roi s’adapte à l’école au lieu de vouloir que celle-ci s’adapte à lui.

Le bien des enfants

Comment y parvenir ? Sans doute en considérant avec Simone Sausse, psychanalyste et maître de conférences à l’Université Denis Diderot (Paris), que les adultes écoutent très peu les enfants. Elle constate qu’un certain nombre d’adultes élèvent leurs enfants pour eux-mêmes, en leur demandant d’être des enfants parfaits, idéaux, plutôt que de les élever dans leur propre intérêt. Cet enfant auquel on ne sait pas dire non, s’entend pourtant dire "non" quand il demande des choses aussi simples et importantes que celles-ci : "Peux-tu venir me chercher à l’école à 16h30 ? Peux-tu me lire une histoire avant d’aller au cinéma ? Peux-tu empêcher mon frère d’être malade ? Puis-je aller dimanche chez les parents de la nouvelle copine de papa ?" Etc. Ces différents constats amènent Simone Sausse à revoir complètement la question de l’autorité. Elle invite à voir les choses globalement, dans le cadre de l’institution et dans l’intérêt de chaque enfant et de tous les enfants. C’est là qu’intervient le partenariat entre les parents et l’école. Bernard Petre en détaille les moteurs et les freins et insiste sur la nécessité pour ces acteurs d’analyser leurs attentes et de les jauger à l’aune de la mission de l’école. Comme le souligne Lucien Noullez, poète, parent et enseignant : "L’intérêt de ce travail est d’avoir un peu déculpabilisé les parents et les enseignants. Avec la culpabilité, on n’avance pas. Et moins encore avec le jugement. Quand parents et enseignants se jugent, rien n’avance dans les écoles, parce qu’aucune alliance n’est possible". Côté pile, les actes édités par la FédEFoC proposent six fiches pratiquées, concrètes et détaillées pour mettre en œuvre les outils conceptuels dégagés par le travail. Un outil indispensable, en particulier pour les acteurs des conseils de participation et les associations de parents.  

Anne-Marie Pirard


En savoir +

Enfant-roi ? École et parents partenaires ! À la recherche de nouveaux équilibres, édité par l’enseignement catholique fondamental, avenue Mounier 100, à 1200 Bruxelles. Rens. : tél. : 02/256 71 26. Courriel : fedefoc@segec.be


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Écoles : notre affaire à tous !

"Pour moi, le projet d’une école aujourd’hui n’est pas d’être un marchand de savoirs, c’est d’être une institution qui institue des valeurs", affirme Jacques Liesenborghs, invité à réagir aux travaux de la FédEFoC sur l’enfant-roi (Voir ci-contre).


Professeur puis directeur d’un grand collège du Brabant wallon, co-fondateur de la Confédération générale des enseignants (devenue depuis Changements pour l’égalité), enseignant dans le professionnel, sénateur puis formateur de futurs enseignants, il incarne ce que Philippe Meirieu, professeur à l’Université Lumière-Lyon 2, nomme "un militant pédagogique" : "Le militant pédagogique est au cœur du défi majeur de nos démocraties : comment faire en sorte que chacun puisse se comprendre et comprendre le monde, 'penser par lui-même', et faire entendre sa voix dans les débats citoyens", écrit-il.

Écoles : l’affaire de tous, le dernier livre de Jacques Liesenborghs, témoigne de ce parcours hors du commun. Il rassemble 40 textes, écrits entre 1982 et 2008, répartis en sept chapitres : Le premier des métiers ? , Quelles pratiques ? , Citoyenneté : le goût des autres, Gare aux lois du marché scolaire, Sus aux inégalités !, Donner du sens ? et Pour un débat de citoyens. Ces textes, choisis parmi des centaines - publiés dans Le Ligueur mais aussi dans La Libre Belgique ou Le Soir - constituent autant de balises pour construire des écoles "pour tous" et "pour demain".
L’exercice est stimulant. On y voit que les thèmes d’actualité aujourd’hui sont loin d’être neufs. On y trouve des rappels de moments-clés pour l’école. On y découvre des éclairs de lucidité, des errances. Le livre est tout sauf nostalgique. Il rappelle que le combat pour l’exigence de sens, la lutte contre l’injustice sont un long travail, toujours à recommencer, toujours à reprendre. "Au long de ces années, le monde a profondément changé autour de nous, les familles ont évolué, l’école a été secouée par de solides bourrasques. Le métier d’éducateur, à l’heure de la barbarie consommatrice, s’avère plus difficile, beaucoup plus difficile qu’hier. Raison de plus pour y consacrer les meilleurs talents et les moyens nécessaires", écrit l’auteur. Grâce lui soit rendue d’avoir, contre vents et marées, toujours défendu une école de qualité pour tous et de continuer, sans jamais baisser les bras, à réfléchir, analyser, motiver.

A.-M. P.

 

Jacques Liesenborghs, Écoles : notre affaire à tous !, postface de Philippe Meirieu, Éditions Couleur livres, 2008.
 

 

Le Ligueur n°3 du 21/01/2009

 

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