Geneviève, une femme. Elle est chômeuse. Elle a 34 ans. Elle forme une famille monoparentale. Elle a deux enfants. Son niveau scolaire est faible. Elle est en mauvaise santé. Ses relations sociales sont limitées. Son espérance de vie est plus faible que la moyenne. Son logement est en mauvais état.
L’homme le plus pauvre de Wallonie est une femme
Invisible
La Fédération des CPAS de Wallonie vient de publier une étude établissant le portrait-robot de l’homme le plus pauvre de Wallonie. En partant des statistiques de la pauvreté par genre, l’auteur de l’étude a chaque fois isolé le sous-groupe le plus important par type de ménage, âge... Exemple : la moyenne de la pauvreté des femmes étant supérieure à celle des hommes, c'est cette branche de l'arborescence qui est analysée. Ensuite, parmi les femmes pauvres, ce sont en moyenne les chômeuses qui sont les plus représentées et c’est cette branche qui est analysée à son tour. Ce procédé permet de dégager au final une "moyenne" de l’homme pauvre.
Son portrait tient en dix grandes caractéristiques. C’est une femme (19,9% des femmes vivent avec moins de 873 € par mois). Cette femme est chômeuse. Cette femme a 34 ans. Cette femme appartient à un ménage monoparental. Elle a deux enfants. Son niveau scolaire est faible. Elle est en mauvaise santé. Ses relations sociales sont limitées. Son espérance de vie est plus faible que la moyenne. Son logement est en mauvais état.
Pour reprendre les mots de Ricardo Cherenti, auteur de l’étude : "Le SDF est assez visible. Le mendiant est assez visible. Mais la voisine qui travaille à mi-temps, a deux enfants et un logement proche du vôtre est relativement peu visible. Pourtant, il se peut qu'elle ait des difficultés dans sa vie quotidienne et probablement souffre-t-elle de cette situation. Et pourtant aussi, son 'invisibilité' nous la fait presque ignorer."
L’acteur le plus absent du monde : l’Europe
Inconsistant
La réalité sociale décrite par la Fédération des CPAS de Wallonie souligne une nouvelle fois l’importance et l’urgence d’une réponse forte. L’emploi est au cœur de cette réponse. Mais soyons réalistes. La riposte devrait être au minimum européenne. Malheureusement, il faut bien constater que l’absence de plan de relance européen laisse la place à une superposition de plans nationaux qui sont déficients socialement et insuffisants face à l’urgence du défi économique. La crise financière s’est dramatiquement propagée au système bancaire européen. Elle a plongé les économies européennes dans une profonde récession. Les taux de chômage et de pauvreté explosent et la hausse de l’endettement public laisse augurer des plans d’austérité qui ne feront qu’aggraver la crise sociale. Les crises sont globales. L’explosion de la production de richesses au cours de ces dernières décennies a coïncidé avec l’explosion des inégalités sociales, à la fois à l’intérieur des pays et entre les pays. En Europe comme dans le monde, la part des salaires dans les richesses produites a fortement baissé. Cela illustre la répartition inéquitable entre les revenus du capital et les revenus du travail. Au fait, le 1er juillet 2010, la Belgique prendra la présidence de l’Union européenne. Avec quelle ambition ? Celle de secouer le cocotier pour qu’arrivent enfin des solutions de relance à la hauteur de la multi-crise. Ou celle du ronronnement ?
Le combat toujours perdu est celui que l’on ne mène pas
Inconcevable
Avoir un emploi n’est plus, aujourd’hui, une garantie suffisante pour être préservé de la pauvreté. Encore faut-il avoir un emploi de qualité. Trop de femmes subissent de plein fouet les contraintes d’un marché de l’emploi dégradé : un travail à temps partiel parce qu’il n’y a pas le choix d’autre chose, des horaires de travail eux aussi subis, un emploi rémunéré au plus bas… Le portrait-robot de la pauvreté dessiné par la Fédération wallonne des CPAS indique clairement qu’en fait la pauvreté est le fruit d’un cumul d’inégalités qui s’amplifient dans un cercle vicieux infernal. Exemple. Comment retrouver du travail s’il n’y a pas de places d’accueil pour les enfants, alors que l’on vit seul avec eux ? Et comment avoir une place d’accueil pour les enfants si l’on n’a pas d’emploi ? Autre exemple. Comment réduire la facture de chauffage si l’on vit dans un habitat dégradé, voir insalubre? Et comment améliorer son habitat pour réduire la facture de chauffage si l’on n’a pas les moyens d’investir ? Mêmes constats pour l’éducation, la formation, la santé.
Si la sécurité sociale est plus que jamais un filet indispensable pour lutter contre la pauvreté, elle ne peut tout résoudre. Il faut garantir aussi une sécurité de revenu en cas de séparation. Il faut aussi investir dans des logements adaptés, dans un accueil de la petite enfance, sans oublier la formation tout au cours de la vie. Autant de combats prioritaires pour la Ligue des familles qui entend être la Ligue des Geneviève.
Denis Lambert
Directeur général de la Ligue des familles
Une saine campagne
Invitation
Depuis le samedi 6 février, la Ligue des familles est à nouveau en campagne !
Après une entrée très pratique dans l’école, avec la campagne consacrée à l’alimentation des élèves, le sujet s’est élargi. Avec différents partenaires de la Plateforme de lutte contre l’échec scolaire, nous demandons à tous les acteurs responsables de la société d’oser ouvrir un travail de fond. L’école est en questions. Ce n’est pas neuf, évidemment ! Mais les questions de réussite, de mission, de choix ainsi que d’épanouissement des uns et des autres devaient être réinvitées au cœur des préoccupations de notre société. Une société qui ne se préoccuperait pas de la manière dont ses enfants sont éduqués et préparés à jouer un rôle en son sein serait bien aveugle.
À Liège, le jour du lancement, plus de 350 personnes se sont réunies. En cinq ateliers, elles ont pris le temps d’échanger des points de vue, d’amorcer le dialogue. Notre démarche sera lente : elle se veut vraiment participative et associative. La Ligue des familles et ses partenaires ne donneront pas de leçons, ils feront leur devoir : rassembler, comprendre, formuler et interpeller. Il n’est pas tenable que notre système continue à générer autant d’échecs, de frustrations, d’abandons et d’incohérences. Le monde a changé, très vite. L’école (au sens large : professeurs, élèves, partenaires, parents…) doit se repositionner et retrouver une place au premier rang des investissements matériels, scientifiques et humains.
Le débat est lancé et continue. Ce samedi 27 février, vous pouvez encore nous rejoindre à Charleroi pour un grand forum. Une après-midi pour nourrir le travail et sentir son importance. Pour apporter votre écot. Nous avons sciemment choisi d’ouvrir ce forum à tous les membres : il reste quelques heures pour nous rejoindre (N’oubliez pas de nous prévenir rapidement… pour réserver votre chaise !).
Ensuite, de nombreuses animations auront lieu, avec des moyens très différents : des courts-métrages d’interpellation, du théâtre, des rencontres, des débats notamment à l’issue de films. Le journal de campagne inséré dans ce Ligueur et le site ecoleenquestions.be vous donne toutes les précisions, au fur et à mesure.
La Ligue des familles poursuit donc ses combats pour une société qui progresse grâce à l’énergie de tous les parents conscients de leur rôle de citoyens. Chacun s’y investit à sa manière et à son rythme. Et personne ne se sent seul. Mais au fait, votre ami a-t-il renouvelé son adhésion ? Votre fille s’est-elle enfin "abonnée" ? Je me permets de poser la question parce que, d’après une récente enquête très sérieuse, plusieurs centaines de parents sont un peu distraits au moment de se ré-affilier à notre mouvement. Et personnellement, quand je vois la qualité de ce journal et l’efficacité des nombreux services mis en œuvre par la Ligue des familles, je crois que cela mérite ce petit rappel collectif… Un peu comme un mot dans le journal de classe personnel des familles !
Pierre Scieur
Président de la Ligue des familles
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