Le bulletin ! LE rendez-vous des parents avec leur enfant-élève. S’il y a bien un document scolaire que vous attendez, c’est celui-là. Sous les chiffres et autres annotations, il y a votre jeune. Il est donc important d’en tirer le maximum d’informations pour ne pas vous réjouir ou dramatiser trop vite. Décryptage.
UNE PHOTO OU UN FILM
Le bulletin est avant tout un outil de communication. Il contient des informations sur l’état des apprentissages de votre enfant à un moment donné, c’est-à-dire sur le degré de maîtrise des compétences atteint dans les différentes disciplines. En fin d’année, il communique la décision du conseil de classe. Voilà pour le document en lui-même. Mais vous, parents, qui suivez votre jeune pas à pas, d’année en année, éventuellement d’une école à une autre, devez pouvoir suivre ses résultats dans le temps. Le bulletin n’est pas qu’une photographie figée. Vous devez pouvoir le resituer dans le film de l’évolution de votre gosse. A-t-il connu une baisse de régime ? Est-elle notoire ? Le franchissement de la barre en dessous de la moyenne est-il exceptionnel ? Devient-il une habitude ? Un bulletin pris à un moment donné n’est pas un absolu : il doit être resitué dans un contexte. Avant d’en faire tout un cinéma !
LES CHIFFRES OU LES LETTRES
L’éternel débat. Il n’y a pas un modèle de bulletin établi une fois pour toutes. On pourrait d’ailleurs se poser la question du pourquoi de cette diversité. Le réseau des écoles de la Communauté française (Fédération Wallonie-Bruxelles) a opté pour le sien. Identique pour tous ses établissements. Pour les autres réseaux (communal, provincial, libre), l’autonomie des écoles prévaut. Certaines privilégient les lettres. Les autres ont gardé les chiffres. Les cotes chiffrées sont trop froides, disent les uns. Les lettres peu précises, rétorquent les autres. Que faut-il voir derrière un S+, ou un TB - ? Ou encore un EVA, traduisez : "En voie d’acquisition" ? Certains enseignants vont même jusqu’à établir des correspondances, un TB+ valant 9 ou 10/10… Chiffres ou lettres : peu importe finalement. Il s’agit d’une indication, sans plus. Il est plus utile de savoir à quoi telle notation correspond : à un, deux ou trois travaux. À quel type de travail ou de contrôle. À des épreuves plus ou moins importantes. Certains bulletins le précisent, éventuellement au sein même d’une discipline. D’autres pas. Parfois, la cote intègre le travail journalier, parfois celui-ci reçoit une mention spécifique. Autant de choses à bien cerner, avec votre jeune, ou avec le professeur de la discipline, ou avec le titulaire.
DANS LA MOYENNE OU HORS JEU
Nos grands-parents se souviennent que leur bulletin reprenait un pourcentage global. Et se précipitaient pour comparer leur résultat avec celui du voisin. L’enseignant n’hésitait pas à classer ses élèves, du premier au dernier. Un système que la plupart des écoles ont abandonné. Le bulletin de la Communauté française a opté pour des résultats chiffrés et chaque branche est cotée séparément. Interdiction de calculer le total général. L’idéal n’est-il pas que votre enfant ait réussi et surtout intégré compétences et connaissances, savoir et savoir-faire ? S’y ajoutent des cotes de comportements qui ne peuvent influencer la réussite ou l’échec de votre enfant. Certaines écoles ont également supprimé la moyenne de la classe qui permet de situer son enfant dans le groupe. Dommage car cela prive les parents d’un repère. Votre enfant peut en effet recevoir 55% dans une branche et néanmoins se situer parmi les dix élèves à avoir réussi sur trente, ce qui relativise son résultat moyen. Les exigences d’un prof ne sont pas celles d’un autre, idem d’une école à l’autre.
OBJECTIF OU SUBJECTIF
Autre difficulté liée au bulletin : jusqu’où celui-ci reflète-t-il objectivement le degré de réussite ou d’échec de votre jeune ? Les spécialistes de l’évaluation ont montré que des éléments extérieurs pouvaient influencer les cotations données par un individu. Une manière de se rapprocher davantage de l’objectivité consiste à développer l’évaluation standardisée, une évaluation externe, commune à toutes les écoles. C’est une nouvelle manière d’essayer de réguler les systèmes éducatifs qui se développaient en Europe depuis une dizaine d’années. Elle a commencé en primaire chez nous et se développe aujourd’hui en secondaire, avec le TESS (Test d’Enseignement Secondaire Supérieur). Un des risques de ces tests standardisés, c’est que les enseignants n’organisent plus leur enseignement qu’en fonction du test, ce que les Anglais appellent le "teaching to the test", et plus en fonction des élèves, de leur groupe-classe, de leur vécu.
ALLER AU-DELÀ
Face aux notes du bulletin, somme toute très relatives, nombreux sont les parents et élèves qui se demandent s’ils ont le droit de consulter les travaux. Une circulaire du ministère de la Communauté française rappelle que, selon l’article 32 de la Constitution, "chacun a le droit de consulter ou de se faire remettre copie de chaque document administratif, sauf dans les cas et les conditions fixés par la loi, le décret ou la règle visée à l’article 134." Les documents administratifs, interrogations, examens et dossier disciplinaire sont des documents que l’élève est en droit de consulter et pour lesquels il peut demander une copie. Tout refus d’accès à des documents ou de copie de ceux-ci doit être motivé (les raisons possibles sont explicitées dans la circulaire 3685 qui s’applique dans tous les réseaux et à tous les niveaux). Bien sûr, l’invoquer ne se justifie qu’en dernier recours. Rien ne vaut une demande d’infos en direct.
UN OUTIL, RIEN QU’UN OUTIL
Finalement, tous ceux qui ont été confrontés à l’épreuve du bulletin et y ont réfléchi aboutissent à ce constat : le bulletin est un outil et, au-delà, le point de contact entre l’école et la famille que privilégie la grande majorité des parents. S’il y a un document qu’ils attendent, c’est celui-là. Un moyen de communication d’autant plus essentiel. À cet égard, les commentaires des enseignants sont parfois sommaires ou trop généralistes, n’indiquent pas à suffisance les endroits de la matière où il y a lieu de reprendre le collier. Mais l’espace pour mettre un commentaire est parfois limitatif. C’est pourquoi un contact en direct avec l’enseignant, en cas de vrais problèmes, reste le must pour réfléchir à l’accompagnement le plus adéquat de votre jeune. D’autant que certains parents ont des difficultés en lecture ou du mal à comprendre la logique des notes et les codes de l’école.
BULLETINS INFORMATISÉS
Un des avantages : tout le monde peut consulter le bulletin (pratique quand les parents sont séparés !), sans devoir disposer de l’unique version papier. Vous pouvez donc y retourner quand vous le souhaitez. Attention ! Ces services sont payants pour les écoles.
♦ Michel Torrekens
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