Le Ligueur des parents Le Ligueur et mon bébé Les petites annonces La Ligue des familles Partenaires

Le dossier de la semaine

Un père et une mère, c'est un couple

Un couple… mais encore

Mais quelle mouche a piqué le Ligueur en promettant à ses lecteurs un grand dossier sur le couple et donc… sur l’amour ? Que peut-on dire encore de neuf sur ce sujet plus qu’exploré par les médias ? Il nous a semblé que derrière l’homme et la femme qui forment un couple, il y a aussi un père et une mère… qui font couple. Et que c’est peut-être là que le Ligueur peut mettre son grain de sel. Car, c’est bien à travers vous et ce que vous vivez que vos mioches vont approcher une première fois les choses de l’amour, les petits et grands moments du couple. "Oh, mais nous ne nous exhibons pas devant nos enfants", nous direz-vous. "Nous nous disputons d’ailleurs très rarement et quand il y a des problèmes, nous les réglons à l’abri de leur regard", préciserez-vous. Très bien. Mais même si vous dressez le paravent de votre intimité entre eux et vous, vous leur transmettez, parfois à votre insu, le regard que vous portez sur la passion, la fidélité, le partage, la vie à deux… sur l’amour quoi ! Dans le Ligueur du 28 octobre, nous avions fait appel pour que vous releviez avec nous un premier défi, intitulé : S’épanouir ensemble. Certains nous ont répondu. Vos histoires de vie (et les nôtres, tout cela s’additionne !) nous ont touchés. Elles nous ont dopés aussi par leur enthousiasme souvent intact, par vos expériences qui nous ont donné des pistes pour répondre à cette question difficile : "Comment ne pas décourager les jeunes à croire toujours au grand amour… sans qu’ils ne se cassent trop les dents. Comment les protéger contre le cynisme ou les empêcher de rejoindre la génération 'bof' afin que, plus tard, ils puissent s’épanouir au mieux avec celle ou celui qu’ils auront rencontrés ?"


Mais c’est quoi l’amour aujourd’hui, grommellent les plus agacés d’entre vous ? Les rencontres sur le Net ? Le sexe affiché dans toute sa crudité à tous les coins de rue? Les couples qui se font et se défont avec des demi et des quasi frères et sœurs ? Comment faire en sorte que nos enfants croient aux beaux sentiments, s’interrogent ceux d’entre vous qui  tentez tant bien que mal de vous dépatouiller d’une fin d’histoire d’amour difficile ou qui multiplient les expériences dans l’espoir d’en retrouver une autre ? 
La vie n’est pas un conte de fées et vos enfants doivent le savoir. Petit à petit, claque après claque, ils l’apprennent à leurs dépens. Avec vous en soutien. Vous aimeriez tant les protéger, leur éviter les larmes. Mais vous vous sentez si peu de chose comme mère ou comme père face au chagrin d’amour de vos enfants. Ce sentiment d’impuissance commence tôt. N’avez-vous pas retrouvé votre gamin tout chiffonné parce que la petite Clara, son amoureuse, l’a repoussé sauvagement à la récré ? Et la plus grande, enfermée dans sa chambre, mutique parce que sans doute le garçon (tiens, vous ne connaissez même pas son nom !) du moment n’a pas fait signe. Sans compter l’aîné qui s’en va retrouver sa copine au fin fond de la France et qui se retrouve nez à nez avec… son remplaçant ! Oui, la trahison (d’amour, car il y en a bien d’autres) se découvre tôt. Et les enfants ne pourront la contrer qu’après l’avoir vécue eux-mêmes. Les adultes aimeraient leur faire gagner du temps. Transmettre leurs expériences en espérant qu’à partir de celles-ci, les gosses sauront quel chemin prendre pour éviter l’embûche. Peine perdue… Votre expérience ne sera vraiment concrète que s’ils peuvent la confronter à la leur.

Racontez-leur votre histoire d’amour

Mais la magie de l’amour, alors ? Elle existe, c’est le moment de la rencontre, de cet instant où l’on se perd à travers l’autre pour… le retrouver. Pour s’y retrouver. Ce moment, vous l’avez tous connu : un vieux copain sympa, avec qui il ne se passait rien et puis, soudain, un jour, vous l’avez réellement… rencontré ! Un coup de foudre en quelque sorte, au cœur d’une relation faites de rapports ordinaires. Ou alors, par hasard. On se croise une fois, deux fois et puis, cette évidence : on est faits l’un pour l’autre. Et c’est ainsi que tout commence. Ce moment-là, cette histoire dans laquelle s’ancre ou s’est ancré votre couple, pourquoi ne pas la raconter à vos enfants. C’est les prémices de la leur, c’est aussi une manière de leur dire que l’idéal, c’est un amour qui dure jusqu’à la mort… même si la vôtre est terminée depuis longtemps. Raconter ce que vous avez vécu mais aussi en ce que vous avez cru (au plus fort des bouleversements du sentiment amoureux, nous sommes plus de 80% à vouloir croire que l’amour peut durer toujours) et vous leur donnerez la force d’oser vivre. Rêver, c’est créer, disait une des campagnes du programme de prévention de la maltraitance du Ministère de la Communauté française, Yapaka (www.yapaka.be). Donnez-leur l’envie de rencontrer l’amour, de bouleverser leur ordinaire, de sortir de leur coquille… C’est déjà un premier pas pour réussir une vie à deux.

La vie de couple, un travail à plein temps

Il faut quelques rencontres avant de former un couple, le temps de vérifier si "l’association" tiendra le coup. Le temps d’étançonner l’édifice… La mise en couple est devenue progressive, aujourd’hui, même si on surprend, ces dernières années, des jeunes qui s’installent au bout de deux, trois mois… sans crier gare. En France, on observe une tendance des 20 à 24 ans à se remettre en couple, mariés ou non. Par contre, ce sont surtout chez leurs aînés, les 40 ans et plus, que le recul des couples est le plus marqué, suite à des ruptures de plus en plus fréquentes chez les hommes autant que chez les femmes.
 Et en Belgique ? Notons que le nombre de mariages est resté stable entre 2007 et 2008 (il aurait même légèrement augmenté, passant de 45 561en 2007 à 45 613 en 2008 selon les chiffres INS), mais que les divorces ont nettement augmenté (30 081 en 2007 contre 35 366 en 2008, toujours selon l’INS).  La Belgique est d’ailleurs championne toute catégorie en matière de divorce en Europe. En 2005, on relève 71 divorces pour 100 mariages (chiffres Eurostat). Enfin, à côté des mariages, il existe la cohabitation légale : ce statut plus souple (www.notaire.be, cliquez sur Se marier et vivre ensemble) a fait un boum en 2007 puisqu’il y aurait eu une augmentation de cette nouvelle forme d’alliance de plus de 43% (chiffres Eurostat).
Ce décor planté, l’aveuglement amoureux passé, comment vit-on ensemble lorsque la réalité vous a rattrapés ? Car, c’est bien là que commence le travail pour accepter l’étrangeté de cet autre qui vit près de soi, pour supporter ses manières et ses goûts différents des siens. Rappelez-vous, le soupir du compagnon parce que vous laissez trop longtemps la porte du frigo ouverte. Et votre énervement quand vous découvrez que personne n’a remplacé le vieux rouleau de papier de toilette ! Le sociologue Jean-Claude Kaufmann appelle tous ces détails d’apparence banale les agacements entre conjoints. Dans son livre titré avec justesse Agacements. Les petites guerres du couple, aux éditions Armand Colin, il traque ces petites choses souvent dérisoires qui électrisent l’air conjugal.
Dans un Ligueur de 2007, le sociologue répondait déjà aux questions de nos lecteurs (voir nos Archives), rappelant l’extraordinaire diversité des raisons de s’agacer. Ce peut-être la tasse laissée le matin dans l’évier plutôt que dans le lave-vaisselle, la manière dont l’autre sauce son assiette avec du pain… "L’agacement se forme à partir d’une dissonance, expliquait-il alors, une dissonance entre une idée et une réalité ou la confrontation entre deux modèles de pensée et d’action." Comment faire en sorte que ces chocs entre les deux mini-cultures n’aboutisse pas au décrochage de l’un  avec l’autre ? "Le plus souvent, ce décrochage est bref", rassurait encore Kaufmann. Et c’est là qu’il y a tout un boulot à faire, un travail d’amour qui arrête l’engrenage négatif de la crise et prépare les conditions d’un retour vers l’autre. L’amour, la vie en couple, c’est un travail à plein temps. Sans doute le démontrez-vous au fil des jours à vos enfants. Mais mettre des mots sur cet effort à mener peut les aider à mieux saisir l’ambition que le couple doit avoir pour évoluer et traverser la monotonie du quotidien.
L’enfant, même jeune (vers 10-12 ans)  comprendra ce qu’il faudra, la transmission est une lente percolation… À sa gamine qui s’étonnait de voir sa mère être si différente de son père - "Comment vous-êtes vous rencontrés, l’interrogeait-elle, vous n’avez rien de commun" -  cette maman a répondu combien les choses étranges qu’elle vivait au tout début de sa vie de couple avait un certain charme malgré la certitude déjà bien là, quelque part dans le coin de sa tête, de vivre une dissonance…

Être parent, c’est aussi chouchouter son couple

Il a 18 ans, n’est pas romantique pour un sou ou alors, il ne le montre guère… L’autre jour, au détour d’une conversation, Sam parle à sa mère du couple qu’elle formait avec son père, de l’impression de bonheur qui s’en dégageait malgré les disputes qui émaillaient çà et là le quotidien. Et de conclure : "Vous étiez beaux et bien plus amoureux que les parents de mes copains."  Bien que ce couple se soit défait, non sans mal, la mère constate qu’avoir réalisé ses passions, qu’avoir vécu pleinement sa vie de couple, a rendu son enfant heureux. Entraîner vos mômes dans vos rêves et projets, leur faire partager vos plaisirs… il y a là comme une force qui pousse les uns et les autres vers le futur.
L’équipe de Yapaka (toujours elle) a publié un petit livre où sont récoltés une série de témoignages qui prouvent qu’on ne peut s’occuper pleinement de la génération suivante si on doit renflouer la précédente. Alors, parents, rappelez-vous que vous n’êtes pas seulement parent, cultivez vos passions, donnez du bon temps à votre couple et ne vous lamentez pas sur les sacrifices faits et que vos enfants ne vous ont jamais demandé.  Ne les entendez-vous pas vous susurrer à l’oreille : "Cela nous fait du bien que vous ayez un autre centre d’intérêt que nous !" Ben oui, voir ses parents s’aimer, c’est rassurant, même si l’histoire, un jour, a tourné court.

Myriam Katz

 

Le Ligueur n°5 du 03/03/2010

 

Dans ce même numéro pour la rubrique "Dossier de semaine"

Couverture du Ligueur numéro 5
 

 


Abonnez-vous...
Concours de la semaine
Jeux & jouets 2009, les choix du ligueur
Vos rendez-vous de parentcitoyens
Donnez-nous votre avis...