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Enquête : Mieux connaître nos 6-12 ans

Votre enfant est stressé

Les principales sources de stress

Avec ce graphique, pas de comparatif possible avec 1998. Le stress n'aurait-il pas été évoqué par les enfants d'alors? Les chiffres de 2007, par contre, sont édifiants. Près de la moitié des mômes n'échappent pas au stress et l'école semble le lieu de toutes les tensions. Additionnez les items, "école", "impression de devoir être les meilleurs", "impression d'être en retard le matin", "trajets en voiture"... toute la vie de l'écolier est résumée en ces quelques lignes. L'ambiance familiale qui stresse ne vient qu'en avant-dernière position. Gardons le moral!

Le point de vue du Ligueur

On imagine qu'à 6-12 ans, les enfants prennent la vie comme elle vient. Détrompons-nous. Le mauvais stress, celui qui nous oblige à utiliser notre surcroît d'énergie pour résoudre des problèmes très quotidiens, presque banals, frappe aussi nos mômes. L'école est une nouvelle fois épinglée. C'est elle qui remporte le pompon des lieux producteurs de stress. Depuis l'aube où chacun se dépêche pour s'engouffrer dans la voiture (vite, vite arriver avant la cloche qui sonne!) jusqu'à l'heure des devoirs. Plus d'un tiers des enfants dénoncent l'école. Préoccupant quand on sait qu'elle occupe 80% de leur vie, qu'elle est leur premier monde.

Il suffit de traverser une cour de récréation, de passer entre les tables de la cantine, de rencontrer ceux qui sont "aux tartines", de s'immerger dans une classe pour comprendre que ce monde-là est le creuset de toutes les tensions. Une belle métaphore de la société. D'ailleurs, c'est là que nos enfants prolongent leur socialisation... et connaissent leurs premiers maux de ventre. Tout le temps se dépêcher donne en effet la nausée, nous le savons bien, nous, parents, qui couront toujours... Et puis, il y a aussi les disputes avec les copains: un moment difficile à vivre car, ils nous l'ont dit, les perdre serait terrible. Il faut donc gérer ces bisbrouilles, supporter la remarque ou la punition (parfois injuste) de l'instit, digérer les points pas très brillants de la dernière dictée et se demander comment nous en parler le soir, bref, l'école, ce n'est pas de tout repos. Et dire que certains adultes osent accuser les enfants de ne rien faire de leur journée! On s'imagine qu'après ces heures agitées, les chères petites têtes blondes et brunes vont trouver un réconfort auprès de nous. Pas sûr! Nous craignons tellement pour leur avenir professionnel qu'à notre tour, nous faisons pression pour qu'ils décrochent le prix d'excellence. D'où leur sentiment de devoir être toujours parmi les meilleurs.

Mais ce n'est pas tout. Après l'école, c'est encore un peu trop l'école. Courir au cours de piano, rejoindre le tatami pour le judo, terminer son bricolage... Un tiers des mômes déclarent en avoir marre et rêvent de faire... rien.

Alors, vraiment heureux les 6-12 ans d'aujourd'hui? À les écouter, l'école ressemble à un ring... et la famille n'est pas toujours une oasis où il fait bon vivre. Un quart d'entre eux jugent l'ambiance familiale stressante. Il faut dire que l'après 6 heures se transforme souvent en une corrida. Énervés par les courses, les kilomètres d'embouteillage, nous n'en pouvons plus (les mères surtout, qui sont encore souvent seules sur le pont). Les frères et les sœurs ne semblent pas rendre la vie plus supportable. Ils sont près d'un tiers à s'en plaindre. On voit la scène d'ici. C'est au premier qui saute sur le zappeur, qui se plante devant l'ordinateur, qui retrouve ses jouets pour lui tout seul. Cris et bagarres. Les soucis des adultes aidant, l'ambiance devient vite électrique. Détestable. Et l'enfant, une nouvelle fois, est mis sous tension. Il est touchant de lire qu'un tiers d'entre eux souffre de nos "soucis des parents". Ces soucis, on le devine, c'est aussi quand nous nous disputons et que la mésentente est tellement forte qu'ils craignent qu'un jour, nous nous séparions.

Le point de vue du spécialiste

Le point de vue de Monique Meyfroet, psychologue

Monique Meyfroet: "Nos enfants ont trop d'activités, accompagnées d'attentes démesurées. On n'envoie pas un enfant au cours de violon ou à l'atelier de photographie juste pour qu'il s'amuse. On lui demande d'être le meilleur possible, qu'il en retire quelque chose, bref on lui signifie qu'il a une obligation de résultat. Et en plus, il doit y trouver du plaisir!"

Le Ligueur: L'école et la famille sont accusées d'être source de stress. Il n'y aurait pas de lieu où l'enfant peut vraiment souffler?

M. M:"La famille ne produit pas que du stress. Elle peut aussi être un havre où l'enfant se sent protégé. L'école pas. Même si l'enfant est un bon élève, il doit fournir un effort pour rester performant. Mais il n'y a pas que les points qui comptent en classe, il y a aussi la vie en groupe qu'il faut supporter. Les gosses ont toujours l'un ou l'autre souci avec les copains."

L. L: Quelle est la perception du temps chez les enfants? Elle est sûrement différente à 6 ans qu'à 12 ans...

M. M: "Le petit de 6 ans n'a pas la mesure du temps. D'abord, parce qu'il ne sait pas lire l'heure. Il se repère à l'action pour spécifier le temps. Il y a le week-end, la petite journée du mercredi... La sensation du temps est aussi liée à ce qu'il ressent. Le temps passe lentement quand les choses qu'il vit ne sont pas gaies. Nous, les adultes, nous rationalisons. L'enfant, lui, ne sait pas se projeter dans l'avenir. Ce n'est qu'autour de 11, 12 ans qu'il peut commencer à mesurer par ses tripes la chronologie, à comprendre ce que signifie 'dans deux jours'..."

L. L: Mais quelle souffrance exprime-t-il en se déclarant stressé?

M. M: "Le problème des mômes, ce n'est pas une question de temps mais de rythme dans la succession des événements de la journée. Ce sont les passages d'une situation à l'autre. Quand maman vient le réveiller et qu'elle lui dit :'Dépêche-toi, tu dois encore déjeuner', le petit est encore dans sa nuit, dans sa chambre, ensuite, sa tartine à peine avalée, il passe, un temps dans la voiture ou en transports en commun, puis c'est au tour de la garderie et ainsi de suite. On le fait passer d'un univers à l'autre sans transition, en oubliant que, chaque fois, c'est lui demander de quitter maman, de quitter son livre, de quitter son copain... de rencontrer d'autres gens qui ont d'autres objectifs. Il est tout le temps sollicité par l'extérieur et n'a pas de moment avec lui-même. La garderie pourrait avoir un endroit où le gosse s'assied, en ne demandant rien à personne pour se retrouver enfin dans sa bulle."

Avec ce graphique, pas de comparatif possible avec 1998. Le stress n'aurait-il pas été évoqué par les enfants d'alors? Les chiffres de 2007, par contre, sont édifiants. Près de la moitié des mômes n'échappent pas au stress et l'école semble le lieu de toutes les tensions. Additionnez les items, "école", "impression de devoir être les meilleurs", "impression d'être en retard le matin", "trajets en voiture"... toute la vie de l'écolier est résumée en ces quelques lignes. L'ambiance familiale qui stresse ne vient qu'en avant-dernière position. Gardons le moral!

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