Nous étions rassurés, mais ce deuxième graphique nous inquiète. Nos enfants auraient bien plus de peurs qu'en 1998. Des nouvelles peurs, d'abord: celle du futur et celle d'être privé d'Internet. Une frousse incroyable de perdre les copains: on passe de 52% à 71% en dix ans. De changer d'école aussi… ce qui peut revenir au même, question copains. Un nouvel item en 2007: "rater l'école", qui remporte, hélas, un pourcentage élevé (49 %). Une seule peur est en légère diminution, celle des gens inconnus. L'effet Dutroux est derrière nous.
Nos enfants sont plus nombreux à connaître le bonheur mais ils ont aussi plus de peurs. Des peurs liées principalement à l'école. Voilà une nouvelle qui diminue déjà notre euphorie, à nous parents, qui pensions que nos enfants étaient pleinement heureux. Encore que certaines frayeurs nous rassurent. Celle de la rencontre avec des inconnus. Celle aussi de se perdre dans la rue. Il y a des peurs qui sont bonnes conseillères... Il ne suivra pas le premier venu qui lui offre des bonbons. Elle ne s'éloignera pas de la maison et jouera dans les environs.
Bizarre. Alors que la peur des inconnus n'a pas augmenté depuis dix ans, celle de se perdre dans la rue frappe aujourd'hui 54% des 6-12 ans contre 40% en 1998. En quoi nos villes, nos campagnes les effraient-elles davantage? Le Ligueur serait heureux, très chers parents, que vous l'éclairiez sur ce point: si vos petits vous en disent plus, faites-le nous savoir, via notre forum.
Dans les peurs en augmentation, on trouve, en tête, celle de perdre les copains. A priori, cette angoisse ne travaille pas particulièrement les parents. Mieux! L'imbroglio de leurs relations nous échappe souvent. Dans ce domaine, les choses sont bien circonscrites, c'est leurs affaires et, nous, on ne s'en mêle pas. Sauf... quand l'enfant grandit, s'éloigne de nous et connaît ses premières relations librement choisies. Méfiance! Le copain, "cet autre", pourrait l'entraîner dans l'insécurité avec ses amitiés douteuses et ses amours boiteuses... Nos peurs feraient-elles peur à nos enfants qui redoutent de se voir interdire certaines fréquentations? Ou cette peur de la perte du copain se joue-t-elle à la récré, au plus fort de la chamaillerie? Les deux, sans doute. Mais ce qui est bien réel, c'est notre peur à nous, parents, de les voir grandir, et tester, avec les copains, les bons ou mauvais effets de notre éducation.
La récré semble le lieu de tous les dangers puisque plus de la moitié des gosses craignent de recevoir des coups. À moins qu'ils soient terrorisés par la sortie de l'école (où se vivent souvent les rackets) ou la traversée de certains quartiers. Si on en croit les chiffres, la peur de cette violence est aussi en augmentation et nous devons en tenir compte. Sans attacher nos mômes au bout d'une laisse (qui peut s'appeler GSM ou, pourquoi pas, GPS) mais en discutant de situations fictives dangereuses pour leur donner quelques atouts et les ré-assurer en leur faisant comprendre que nous sommes là.
Mais revenons au graphique. Dans les peurs vieilles comme le monde, il y a la punition (les gosses de 1998 l'appréhendaient tout autant). Celle qui leur tombe dessus à l'école, celle aussi que nous leur administrons quand nous n'en pouvons plus de voir les devoirs bâclés, la chambre sens dessus dessous ou le petit frère martyrisé. Doit-on faire un lien entre la peur de la punition et celle des coups? Il y a bien parfois une gifle ou l'autre qui peut nous échapper mais Françoise Dolto et autres pontes nous ont appris depuis longtemps à ne plus battre nos enfants comme plâtre!
Dernières peurs partagées par une grosse partie des enfants interrogés aujourd'hui: celles de rater l'école ou de changer d'école. Cette dernière est liée à la peur de perdre ses copains et de voir tout son environnement bouleversé. On les comprend. Nous non plus, nous n'aimons pas quitter notre quartier, notre décor quotidien quand on s'y sent bien et ce sont les choses de la vie qui nous obligent parfois à déménager.
Quant à la peur de rater l'école, elle hante nos enfants bien plus que nous, parents, nous l'imaginons. Près de la moitié d'entre eux en souffrirait. Pas besoin d'être un cancre pour paniquer à l'heure du bulletin. Nos 6-12 ans découvrent le doute d'eux-mêmes et redoutent de ne pas être à la hauteur. Et nous parents, nous en remettons souvent une couche en leur demandant d'être toujours plus performants. Nous voilà surpris, ils ne nous l'ont jamais dit ou si peu. Cette peur est tellement difficile à exprimer! Nous sommes prévenus. À nous d'être attentifs : le prochain bulletin est pour bientôt...
Enfin, de nouvelles peurs s'affichent au tableau. Il y a celle d'être privé d'Internet ou de télé (faut-il en profiter pour ajouter l'interdiction de l'écran à notre palmarès des punitions?). Reste la peur du futur. Un petit tiers des enfants l'exprime. En la nommant, c'est un peu de nos angoisses dont ils parlent, celles que nous n'assumons pas et qu'implicitement nous leur demandons d'endosser. L'avenir, leur avenir nous fait peur, d'où cette terrible exigence par rapport notamment à la réussite scolaire qu'ils traduisent, dans cette enquête, par "l'impression de devoir être dans les meilleurs". Un des facteurs de stress dénoncés par un petit tiers de nos enfants. Nous ne pouvons pas ne pas en tenir compte.
"Au moment de l'affaire Dutroux, la peur des parents était énorme et elle se répercutait sur les enfants. Ils ne les lâchaient plus, hésitaient même à les laisser seuls sur la pelouse de leur jardin. Tout cela est passé, bien qu'on parle encore dans les médias de pédophiles. Il me semble que les enfants ont regagné, depuis huit ou neuf ans, un peu de leur autonomie.
Aujourd'hui, la grande peur des enfants, c'est la séparation des parents. Et je suis étonnée que l'enquête ne le relève pas. Ces petits sont terrorisés que leur papa et leur maman se tapent dessus, qu'ils leur font du mal, qu'ils se fassent du mal. C'est vraiment leur grand malheur. J'ai l'impression que ces enfants sont trop associés à l'intimité de leurs parents. Actuellement, il y a une mode qui voudrait qu'on ne leur cache rien. Mais un petit de 6-12 ans doit être protégé, il ne peut pas être informé de tout, savoir la vérité sur tout.
On se plaint qu'il n'y a plus d'enfant, qu'à 10 ans déjà ils sont ados. Mais ne les formate-t-on pas ainsi? Hier, j'avais une petite fille déprimée parce qu'elle devait participer à une réunion où sa mère et son père devaient discuter de la garde alternée. Cette enfant devait annoncer à son père qu'elle ne voulait pas aller chez lui une fois sur deux. Que ce soit vrai ou pas, qu'importe, on n'a pas à l'impliquer dans ce choix.
Parfois, quand je sens que l'enfant souffre trop, je prends mon courage à deux mains et je tente de parler au parent. Je ne dis pas ce qu'il doit faire, j'exprime juste le désarroi du petit, ses difficultés, les conséquences éventuelles sur son travail et sur son comportement. Mais ces rencontres sont très difficiles car le parent prend, la plupart du temps, mon avis comme un jugement. Ou il me répond qu'il comprend combien tout cela peut rendre un enfant malheureux mais que lui, il ne fait pas ça."
Nous étions rassurés, mais ce deuxième graphique nous inquiète. Nos enfants auraient bien plus de peurs qu'en 1998. Des nouvelles peurs, d'abord: celle du futur et celle d'être privé d'Internet. Une frousse incroyable de perdre les copains: on passe de 52% à 71% en dix ans. De changer d'école aussi... ce qui peut revenir au même, question copains. Un nouvel item en 2007: "rater l'école", qui remporte, hélas, un pourcentage élevé (49 %). Une seule peur est en légère diminution, celle des gens inconnus. L'effet Dutroux est derrière nous.
Ces résultats, ces analyses correspondent-ils avec ce que, vous les parents, vivez au quotidien avec vos enfants? Votre avis nous intéresse: faites-nous part de vos commentaires et réflexions, via notre forum. Première partie de cette enquête: votre enfant, est-il heureux ou malheureux?