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Enquête : Mieux connaître nos 6-12 ans

Autorité: papa contre maman

Résultat

Nous voilà presque à égalité, nous les mères et les pères, pour tout ce qui concerne la prise de décision dans la famille. Du moins, c'est ainsi que les enfants le perçoivent. C'est donc bien la fin du dogme du père tout-puissant, encore que... Le nombre de mamans qui décident correspond aussi à l'augmentation des mères qui se retrouvent seules à la tête d'une marmaille, sans autre choix que porter l'autorité.

Le point de vue du Ligueur

"Attention, papa l'a dit" est une formule qui s'entend toujours dans nos chaumières. Du moins, c'est ce que les chiffres de l'enquête nous suggèrent en affichant que 40% des pères détiennent le pouvoir de décision au sein de la famille. On a envie d'ajouter "encore" ou "seulement", c'est selon. Les mères, c'est vrai, ne sont pas très loin dans la course à la décision. Elles se seraient même affirmées depuis dix ans, dans ce domaine. Oh, très légèrement, mais elles gagnent quand même un petit pourcent (35 à 36%) alors que les hommes en perdent deux (42 à 40%). D'accord, c'est un peu mesquin, nous direz-vous, de s'accrocher à d'aussi faibles variations, mais gagner du terrain en matière d'autorité, c'est aussi, pour la femme, gagner une certaine égalité dans l'organisation du couple. L'idéal serait que le dernier chiffre du graphique, désespérément stable depuis 1998, puisse être plus élevé et indiquer, dix ans plus tard, un réel partage des prises de décisions au sein du couple parental. Mais cette égalité-là est-elle vraiment une aspiration attendue par la majorité des mères? Il y a des décisions qui sont désagréables à prendre et qu'on laisse volontiers à l'autre… quand c'est possible. Celle de la sanction, par exemple, quand le petit désobéit, ne respecte pas la décision.

Avouons-le, nous sommes nombreux (et sans doute faudrait-il mettre cela plutôt au féminin), au moment d'imposer la punition, à avoir cette question vrillée au ventre: "Si j'interdis, m'aimera-t-il encore?" Messieurs les pères, ressentez-vous cette même angoisse? L'interdiction révèle toujours une lutte de pouvoir. Deux volontés s'affrontent et l'un ou l'autre va marquer des points. Ce modèle semble si masculin…
Mais attention au stéréotype, ce serait trop commode.

N'empêche, l'enquête rapporte que les mamans restent plus influençables que les papas (58% contre 40%). La trop grande proximité rendrait les mères plus faillibles.
Quand on sait que 65% des tâches ménagères restent encore aux mains des femmes – chiffres tirés d’une enquête menée dans vingt-huit pays occidentaux auprès de 17.000 personnes, en 2007 -, on imagine très bien que pour tout ce qui concerne la partie domestique, c'est elles qui décident. Le polo à enfiler, la visite chez le médecin, le refus d'un bonbon, le devoir à terminer, la chambre à mettre en ordre et on en passe... Confrontées toute la sainte journée (ou après 4h pour la semaine) à l'organisation des enfants et de la maison (l'homme ne dit-il pas volontiers: l'intérieur c'est pour ma femme, moi je me charge de tout ce qui concerne l'extérieur?), on comprend qu'elles lâchent du lest pour souffler un peu. D'autant plus que l'enquête nous apprend que nos poussins ont drôlement changé en l'espace de dix ans puisque nous déclarons, nous les parents, que cette génération des 6-12 ans nous donne pas mal de fil à retordre.

Autre phénomène qui explique aussi que les mères talonnent les pères dans la prise de décision familiale: les femmes, seules à la barre, qui forment le gros du bataillon des familles monoparentales. La réalité est là: la moitié des enfants de parents séparés ne voient plus leur père après deux ans de séparation. Même si ces mamans esseulées se plaignent beaucoup de ne pas avoir d'autorité sur leur môme, elles se retrouvent face à lui et doivent prendre, seules, les décisions.

Le point de vue du spécialiste

Le point de vue de Jacques Marquet, sociologue de la famille et professeur à l'Université catholique de Louvain

Le Ligueur: Aux yeux des enfants, le pourcentage des mères qui décident est proche de celui des pères…

Jacques Marquet: "Entre 36% et 40%, l'écart n'est pas énorme et pourrait correspondre à la marge d'erreur. Les parents sont peut-être à égalité (ce qui ne veut pas dire que cette égalité se répartit de manière égale). Tout dépend des questions posées aux enfants. Si on leur a demandé qui décide, sur base d'une liste de choses très concrètes comme les courses, donner le bain, etc., il y a fort à parier qu'ils ont répondu que c'était la mère Par contre, si on leur a demandé qui élève la voix, ils ont sans doute été nombreux à nommer le père. Cela ne signifie pas qu'il exerce l'autorité au quotidien mais en dernier recours."

L. L.: L'autorité paternelle a quand même changé de nature…

J. M.: "L'autorité est une question complexe. On parle, aujourd'hui, d'autorité relationnelle (François de Singly a d'ailleurs beaucoup écrit sur ce sujet) qui intègre les petites choses de la vie - bien se tenir à table, ranger sa chambre, vider son assiette… La relation d'autorité du père 'actuellement' ne se forge pas qu'à distance, elle se nourrit aussi par sa participation à la vie quotidienne."

L. L.: Les fonctions paternelles et maternelles se confondraient-elles?

J. M.: "On ne peut pas faire table rase du passé. Il n'y a plus de modèle unique, c'est vrai, mais cela ne veut pas dire que les modèles anciens ont disparu. Il existe des poches sociologiques résistantes à certaines idées de la modernité. Une des idées rejetées, par exemple, est celle qui déclare que les hommes et les femmes seraient les mêmes. Dans ces familles-là, on attend que l'homme incarne l'autorité, ce qui fait du père quelqu'un de relativement distant, alors que la mère joue le rôle de gendarme pour tout ce qui concerne les questions domestiques. Dans un même temps, vous trouvez d'autres poches sociologiques où il existe une sorte de militantisme de l'égalité où les rôles de la femme et de l'homme sont prêts à se confondre. Enfin, à côté de ces deux pôles - les familles dont la référence est l'ancien modèle et les familles partisanes d'une certaine indistinction entre les rôles du père et de la mère - il y a les mères seules qui se retrouvent dans des situations compliquées, qu'elles le veuillent ou non. Ces mères doivent non seulement gérer une précarité matérielle, mais elles sont aussi plus souvent sans ressources sociales et relationnelles. Elles assument donc tout, toutes seules, sans pouvoir."

 

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