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Enquête : Mieux connaître nos 6-12 ans

Ce qu'ils font en dehors de la maison

Résultat

Beaucoup d'activités au grand dam de certains de nos enfants. Huit enfants sur dix se rendent au sport... le reste, c'est pour la culture. Les uns et les autres vont encore chez les louveteaux, les pionniers et autres mouvements de jeunesse. Le week-end surtout car les chiffres donnés ici mélangent samedi, dimanche et la semaine. Pas de comparatif possible non plus avec 1998. A retenir: le succès écrasant du sport. Qui dit que nos gamins et gamines ne bougent pas?

Le point de vue du Ligueur

Superactifs, nos poussins ! Ils regimbent d'ailleurs sur ce trop d'activités qu'ils doivent mener après l'école (33% rendent cette hyperactivité coupable de leur stress dans un des graphiques de la première enquête). Pensez donc! Ils sont 80% à participer à une activité sportive (semaine et week-end compris). Huit enfants sur dix. Mais que reste-t-il comme candidats pour les autres activités - la peinture, la musique, le théâtre... - quand on sait que seulement 6% des mômes ne pratiqueraient pas du tout d'activités en dehors de l'école? Le graphique est sans pitié pour la culture: le sport écrase de tout son poids les malheureuses activités artistiques. Diantre! On savait la culture maltraitée mais pas en de telles proportions. Et l'écran ? Ce satané écran auxquels sont "asservies" nos jeunes têtes blondes et brunes en est pour quelque chose. Ce n'est pas la remise des Molière qui attirent les foules ni le Concours Reine Élisabeth qui passe presque subrepticement sur La deux, tard, très tard. L'audimat familial est plat à ces dates-là tandis qu'à la Coupe du monde, Roland-Garros, le Tour de France, etc., il reprend force et vigueur. Il est évidemment plus facile de se rêver Vincent Kompany ou Justine Henin qu'Arditi ou Alechinsky. D'autant plus que les médias n'ont que très rarement construit des émissions culturelles sur mesure pour nos mioches. Ce n'est pas que nous nourrissons la moindre acrimonie contre le sport mais il est quand même malheureux de constater que moins d'un enfant sur dix fréquente un atelier artistique ou pénètre dans un théâtre. La seule activité culturelle qui émerge quelque peu est le cours d'instrument ou toute autre leçon de musique. Vestige d'une vieille tradition qui sévit peut-être toujours dans les "bonnes" familles où la fille se doit de jouer du piano et le gamin, du violon.

Sport, culture et langues. Ces dernières rassembleraient également un tout petit nombre d'enfants, plus que le théâtre. Dommage qu'on ne puisse faire de comparatif avec 1998 (la question ne fut pas posée alors), on aurait pu observer, sans doute, une hausse certaine de cette courbe sous la pression des soubresauts linguistiques dans la vie politique de notre pays.

Le point de vue du spécialiste

Le point de vue de Sarah Colasse, directrice du Centre dramatique de Wallonie pour l'enfance et la jeunesse

Le Ligueur: Le graphique de l'agenda d'activités des enfants en âge d'école primaire vous étonne-t-il?

Sarah Colasse: "Oui et non. L'action du Centre dramatique apporte la culture jusqu'à l'école pour la rendre accessible à tous. Elle est inscrite dans le programme des cours et l'artiste, le visiteur d'un jour travaille en partenariat avec l'institutrice. Notre terrain d'activité est donc bien la classe mais nous espérons toujours que ce qui s'y fait contamine le terrain hors scolaire. Mais d'après vos chiffres, nous serions loin du compte".

L. L.: Vous touchez l'enfant, pas le parent. Comment faire pour exister davantage?

S. C.: "Certains enfants, enthousiastes, entraînent leurs parents aux représentations théâtrales tout public. Mais cela ne suffit pas pour donner le goût de l'art dramatique au plus grand nombre. D'autant plus que ce phénomène 'd'indifférence apparente' existe bien au-delà du clivage social. Avec le Centre, nous ratissons pourtant large et nous visitons des dizaines d'écoles de milieux très différents."

L. L.: Vous participez à un projet avec d'autres personnes investies dans le culturel...

S. C.: "Tout ce projet est parti d'un grand chambard qui s'est déroulé un jour dans une école. Des rencontres intitulées 'Théâtre et école: un grand malentendu?' ont été mises sur pied par le Centre culturel régional de Charleroi où sont associés artistes, enseignants, médiateurs culturels et élèves. À cette occasion, nous avons fait circuler un questionnaire auprès des jeunes qui nous ont tous dit: 'Pourquoi on boude le théâtre? Parce qu'on n'en parle pas assez'. Ce fut un véritable déclencheur pour nous. Nous sommes en train de travailler à deux actions concrètes. La première, c'est la création d'un comité de jeunes de plus de 12 ans (mais nous comptons l'élargir aux plus jeunes par la suite) qui, accompagnés d'artistes, aiguisent leur regard en se rendant à une série de spectacles puis s'en retournent pour en faire la promotion autour d'eux. La seconde, c'est la médiatisation de ce projet... ne fut-ce que pour faire bloc, quelques minutes, au sport!"

L. L.: Qu'apporte le théâtre aux enfants?

S. C.: "Les arts de la scène - danse, théâtre, écriture - sont des arts vivants qui mettent à leur tour les petits en mouvement. Un bambin replié au fond de la classe peut soudain s'éveiller et ne plus être le canard boiteux qu'on connaissait jusque là. Ce n'est pas un miracle mais juste le théâtre qui l'amène à développer sa propre identité, son propre regard, à le rendre responsable, critique... À grandir".

 

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