Punir : parents, vous n’êtes pas seuls
Notre Ligueur spécial "Punition" explore cet exercice de haut vol au quotidien qui consiste à mettre des limites éducatives à ses enfants, ainsi qu’à imposer les punitions, tout aussi éducatives, quand notre rejeton ne les respecte pas. Mais, comme parent, nous ne sommes pas seul à jouer ce rôle.
Parmi ces autres acteurs, les grands-parents arrivent vite dans la vie de votre enfant, surtout s’ils sont régulièrement sollicités pour garder le ou les petits. Ce rôle n’est pas facile à jouer pour eux. D’une part, ils doivent être ces interlocuteurs privilégiés avec lesquels l’enfant vit une relation où la dimension affective l’emporte sur la dimension éducative (on n’est pas mamy-gâteau pour rien !); d’autre part, ils ne peuvent se laisser envahir et marcher sur les pieds quand l’enfant s’installe plus longuement que pour une simple visite. Tout comme il est important que le père et la mère puissent former un tandem cohérent, qui évite à l’enfant de ‘jouer’ l’un contre l’autre, il est également préférable que pareil tandem se constitue entre parents et grands-parents. Or, ceux-ci appartiennent à une autre génération, ne partagent pas nécessairement les mêmes valeurs que le couple parental, fixent parfois d’autres règles que celles en vigueur à la maison des parents. Et pourquoi pas ? L’enfant apprendra de la sorte que ces règles ne sont pas absolues, mais relatives. Cela peut d’ailleurs être extrêmement éducatif pour lui.
Autre triade éducative : celle que forment l’enfant, le parent et la crèche ou l’école (lire les pages 18 et 19 du Ligueur). Celles-ci confrontent l’enfant à une collectivité, à une structure, à un espace différent de l’espace familial. Il se retrouve face à un adulte qui incarne une institution, laquelle a ses règles spécifiques, coulées bien souvent dans un R.O.I., un règlement d’ordre intérieur. Inscrivant son enfant dans telle institution plutôt que telle autre, le parent accepte de lui déléguer une partie de son autorité éducative, incarnée par la direction et le corps enseignant. Un contrat tacite les lie les uns aux autres, et implique un respect mutuel. S’ils se critiquent trop systématiquement, le jeune y perdra ses repères et se retrouvera constamment en conflit de loyauté, ne sachant plus s’il doit tenir compte des règles des uns ou des autres. Sur le terrain des limites et des sanctions éventuelles, école et parent peuvent aussi se révéler de vrais partenaires, au service de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler la coéducation.
La famille n’a jamais autant bougé. Les parcours parentaux s’individualisent de plus en plus. Avec les familles recomposées, l’enfant se retrouve face à un nouvel acteur : le beau-parent. Lui aussi a un rôle éducatif, y compris en matière d’autorité, de limites à fixer. Sa place n’est cependant guère facile : entre le père qui a toujours son mot – et même davantage – à dire et la mère, dont il devient le partenaire privilégié, il doit ajuster son discours et l’enfant ne s’y trompe pas lorsqu’il lance : "T’es pas mon père, t’as rien à me dire." Bien essayé, mais on aurait tort de donner raison à cet enfant. Le beau-parent est amené à intégrer, à des degrés divers, le quotidien de la nouvelle cellule familiale. Comme l’autre parent, il est le garant du bien vivre ensemble. Il vient en appui et en complément de l’autre parent, pour peu que celui-ci lui laisse cette place et ce rôle. Là aussi, l’attitude à adopter face à l’enfant dépendra fortement de la complémentarité des adultes.
Dans un registre assez similaire, on peut citer des acteurs comme le responsable de mouvements de jeunesse, d’activités culturelles ou l’entraîneur sportif. Avec la particularité que ceux-ci sont amenés à exercer leur autorité dans le cadre d’une activité de détente, ludique. Mais les loisirs, comme le jeu, ont aussi leurs règles. Elles recoupent souvent celles en vigueur ailleurs, comme le respect de l’autre, mais sont parfois très spécifiques : par exemple celles d’un match de foot. L’arbitre est d’ailleurs là pour les faire respecter, mais aussi – normalement ! – l’entraîneur, les responsables du club et… les supporters, c’est-à-dire les parents dans leur grande majorité. On est parfois loin du compte.
À bien considérer les choses, fixer des limites (et donc sanctionner les éventuels débordements) est probablement le point de départ de toute vie en société et permet à l’enfant d’évoluer et grandir au milieu des autres, ses parents, ses frères et sœurs, la famille élargie, les voisins et les copains, etc. La société dans laquelle vit l’enfant devient de facto l’un des principaux alliés du parent dans la fixation de règles et de lois. Les exemples sont légion : code de la route, respect de la propriété privée, atteinte aux personnes, etc. Tous les domaines de la vie sont ainsi réglementés. Des instances comme la police et la justice sont là pour le rappeler et appliquer les éventuelles sanctions et réparations. En s’appuyant sur ce cadre légal et sur ces instances, le parent peut montrer à son enfant qu’exercer son autorité n’est pas un caprice, mais s’appuie aussi sur un contrat commun. À condition de le respecter lui-même… Difficile en effet de bétonner son autorité si soi-même l’on conteste les règles en vigueur. L’enfant aura dès lors beau jeu de nous faire remarquer la contradiction. Comme le dit l’excellente campagne de Yapaka : "L’exemple, c’est nous…". Nos enfants sont ce que nous leur transmettons, ils se développent en fonction de ce qu'ils reçoivent de nous et de l'environnement social dans lequel ils baignent.
D’exemples en exemples, on pourrait même dire que c’est chaque adulte qui devrait devenir notre partenaire en coéducation, offrir des références claires aux jeunes et les rappeler éventuellement à leur intention. Et, cela va sans dire, l’être à notre tour pour les enfants des autres : vous avez dit parentcitoyen ! Nous sommes collectivement des ‘tuteurs’ d’éducation. Cela va du respect des limitations de vitesse en vigueur, dont on peut signaler à l’enfant qu’elles ont été pensées pour la sécurité de tous, jusqu’au paiement de ses impôts, qui contribuent à l’effort collectif au financement de l’État et de ses services, en passant par l’obligation de détenir un titre de transports avant de monter dans un train…
Michel Torrekens