Trinidad: à la recherche de M.
Et c’est là, dans ce musée à ciel ouvert, que nous trouvons incidemment notre nouveau modus operandi pour découvrir une ville backstage. D’abord, nous cherchons une voiture pour nous emmener, le lendemain, à Jucaro, quelques centaines de kilomètres au sud. On questionne les agences, puis les taxis. Ensuite, nous demandons notre chemin à un homme sans âge qui veut savoir où nous avons appris à parler espagnol, qui nous parle de Charleroi et qui nous donne rendez-vous pour visiter sa maison. On loupe le rencart et on se met à sa recherche. A la fin de la journée, tout Trinidad nous connaît. On nous apostrophe dans la rue, "Vous cherchez une voiture?". On nous invite dans les arrière-cuisines, le temps de téléphoner aux voisins, à un cousin, pour savoir où peut bien habiter l’homme perdu. Il s’appelle M. Il a de la famille dans le quartier de la Plaza Mayor, dans la casa historico. Non, il a un bureau dans la calle Simon Bolivar. Ou alors plutôt, n’est-il pas du côté du Museo Nacional de la Lucha contra Bandidos (inutile de traduire). Les joueurs de dominos du Parque Cespedes le connaissent. C’est un poète. Non, un écrivain. Il est professeur d’esperanto. De quoi? Mais combien y a-t-il de M. à Trinidad? En tout cas, grâce à lui, on découvre la ville par la petite porte, on traverse les patios, on visite les cuisines et on rencontre une flopée de Cubains amusés et bavards. Un avocat à la retraite nous lit des passages du manuscrit qu’il espère publier en français et nous explique le système carcéral du pays. Une vieille dame nous envoie chez le responsable communautaire du quartier –on n’est jamais trop prudent. Des jeunes nous demandent si on est sur Facebook, "Raul a autorisé les gsm mais le reste est interdit, de toutes manières tout est illégal!" Un taxi-vélo nous fait faire des détours incroyables par des ruelles impraticables, "pour éviter la police" -le vélo est réservé aux locaux, les touristes doivent emprunter les triporteurs à moteur. On marche toute la journée, il fait beau, tout est beau, les maisons restaurées, les pavés qui massacrent les chevilles, la ville est un joyau préservé par un mécène. On ne songe même pas à aller jusqu’à la plage, qu’on dit pourtant superbe.
Le voyage touche à sa fin et je me rends compte que je ne donne aucun détail purement touristique. Je n’ai même pas parlé d’Hemingway. Tant pis, les guides font ça très bien. Vous n’avez qu’à vous en acheter un pour vous aider à repérer la bonne église, pour connaître l’heure d’ouverture des musées et pour ne rater aucun monument ou site qui valent le détour. A Cuba, ce n’est pas tant ce que vous allez voir que comment vous allez le voir qui importe. Parfois, il suffit de débarquer et de regarder. Ici, il faut pousser la porte. Les bonnes adresses sont celles que vous découvrirez vous-mêmes.
On a trouvé M. et passé la soirée avec lui. Il nous a parlé de la culture qui sauvé Cuba, de la révolution qui a stabilisé le pays, de l’embargo qui empêche le gouvernement d’entamer des réformes importantes, des changements qui ne peuvent être réalisés que par les Cubains. De son amour pour son pays, mais aussi des tabous à faire tomber et des prisonniers à libérer –après avoir fait le tri entre les vrais et les faux! De l’esperanto, qui l’a mené jusqu’à Charleroi et Bruges pour des conférences sur la domination culturelle d’une langue (on rêve). Et de la "restriction de pensée" –"Même si je ne dis rien de mal, on peut toujours interpréter..."
La dernière nuit sur l’île est courte. On ose l’ahurissante grotte discothèque de Las Cuevas pour écouter de la musique internationale au milieu des stalagmites et refaire le monde, et surtout l’île, avec des jeunes Cubains qui peuvent aujourd’hui fréquenter les hôtels réservés aux étrangers. Puis on quitte à contrecœur Trinidad. E., avec qui on a finalement négocié le même prix qu’un taxi, nous emmène à Jucaro en passant par des petites routes que les touristes ne fréquentent pas, afin que nous donnions nos derniers sacs de savons et de bonbons aux enfants rieurs et aux mamans qui partent aux champs. Enfin, nous embarquons sur le bateau-taxi pour rejoindre la Tortuga, un bateau-flottant qui trône au milieu d’une mangrove à 150kms des côtes caribéennes. Une autre histoire, une autre rencontre du troisième type, cette fois avec des requins. Une semaine pour digérer ces premiers jours de printemps à Cuba. Printemps météorologique, s’entend. Le printemps de Cuba, lui, a déjà eu lieu. Le 1er janvier 1959. C’était l’hiver. Depuis, il y a un raté dans le déroulement des saisons. Mais tout le monde le dit: il fera beau demain.
B.Demol
| PARTIR Si l’idéal est de loger dans les casa particular (les guides les mentionnent et on les trouve partout sur le Net), il n’est pas honteux de s’offrir un hôtel tous les 2 ou 3 jours. Les enfants adorent se rafraîchir dans une piscine et c’est aussi l’occasion de découvrir les Cubains sous un autre angle. Sudamericatours –qui peut aussi organiser la totalité de votre séjour- est le spécialiste à consulter même pour un voyage individuel. Les récentes péripéties ont démontré l’utilité des professionnels. www.sudamericatours.be Même conseil pour la voiture qu’il faut louer au départ de Belgique pour payer moins cher et éviter les surprises –pénurie de véhicules, double paiement, surfacuturation. Sunny Cars, en direct ou par agence de voyage, assure un tarif tout compris. www.sunnycars.be Enfin, nous avons voyagé avec Air France qui assure un vol quotidien Paris-La Havane, avec enregistrement au départ de Bruxelles et le Thalys compris dans le prix du billet. La compagnie en profite pour financer et acheminer, en collaboration avec SOS Enfants, du matériel médical et des médicaments aux structures de santé cubaines. Ca pèse quand on hésite entre deux compagnies. www.airfrance.be A noter qu’aucun vaccin ou traitement particuliers ne sont nécessaires, que l’île est un havre de sécurité (bon, il y a des pickpockets partout) et que les enfants sont un précieux sésame pour entrer en contact avec la population. Par contre, prévoyez l’indispensable si vous voyagez avec des tout-petits car les produits courants –de soins et de santé- sont introuvables, même si tout le monde se pliera en quatre pour trouver ce dont vous avez besoin. Enfin, pour les amateurs de pêche, de plongée et de photographie sous-marines –il paraît que les belges adorent: www.cubandivingcenters.com |
| A CUBA AVEC LE BEAU VELO DE RAVEL ET MARKA! Le chanteur bruxellois Marka a initié l’opération "Des instruments pour Cuba" et récolté, l’an dernier, 250 instruments de musique et des dons qu’il a remis aux écoles et académies de musique de l’île. En avril, il s’est fait remarqué à Holguin, au Festival du cinéma pauvre (ça ne s’invente pas), avec son film Señor Marka. Fin septembre, avec Adrien Joveneau et son Ravel du bout du monde, il apportera une deuxième cargaison. Vous pouvez déposer instruments et dons lors des étapes du Beau vélo de Ravel, dans toute la Belgique. blogrtbf.typepad.com/ravel/ |

