Dans la foulée du dossier du Ligueur 10 sur l’autorité, retrouvez la suite de l’interview de Cécile Delens, professeur en éducation physique à l’UCL.
Le Ligueur : En sport, l’autorité est représentée par des adultes, mais aussi par des règles. Comment apprendre aux enfants à se positionner face à ces deux types d’autorité ?
Cécile Delens : "Les principes fondateurs du sport moderne sont intéressants à rappeler lorsqu’on aborde le rapport à l’autorité : la compétition dans le respect de l’adversaire et des règles ; le fair-play ; la part d’incertitude des résultats avec l’acceptation des conséquences de ses actions ; le respect de l’arbitre en qualité de détenteur du règlement qui fait figure de loi. Ces principes sont traduits en règlements, porteurs de valeurs et utiles à l’éducation d’autant plus que le sport est valorisé dans notre société. Pour cela, il est important que les adultes (les entraîneurs, les arbitres, mais aussi les parents…) soient conscients de leurs responsabilités éducatives. En effet, alors que l’enfant est dans le jeu, il est compréhensible - voire même souhaitable - que dans ce cadre, il teste les limites. Par contre, les adultes, même dans le jeu, doivent rester des adultes, donc des modèles d’identification, porteurs de valeurs hiérarchisées.
Ces principes fondateurs sont traduits en règlements qui sont donc porteurs de valeurs et utiles à l’éducation. Et ce, d’autant plus que le sport est valorisé dans notre société. Grande particularité : ces règlements sportifs mêlent des éléments issus des principes fondateurs dont nous avons parlé plus haut, et des règles qui sont plus simplement liées à l’organisation du jeu et des rencontres, à l’évolution technologique et du matériel, à l’institutionnalisation de la pratique. Quand on réfléchit, on constate que certaines de ces règles sont discutables parce que construites en fonction d’impératifs - notamment des fréquences des pauses publicitaires, pour reprendre l’exemple le plus connu - qui sont extérieurs, parfois même à l’activité sportive elle-même. En fait, les règles sportives changent tout le temps, ce qui est interpellant. D’un point de vue pédagogique, c’est à la fois bon et mauvais. Mauvais parce que ceci amène un risque, celui d’imaginer que les règles sont floues et mobiles. Bon parce que cette mobilité de certaines règles permet de comprendre que la règle qui vient d’une autorité est le résultat d’une négociation, d’un contrat social."
Témoignage :
Le tatami, ce n’est pas mon salon
"Je souhaitais inscrire mon petit à un art martial. Je n’ai trouvé de la place qu’au karaté. Ce sport me faisait déjà un peu peur, mais bon… Le gosse avait l’air fier de porter son kimono tout neuf. Le premier cours m’a donné le frisson. J’avais l’impression d’avoir inscrit mon gamin à la Légion ! Le prof, jeune, poussait des cris de sauvage, ponctués de : ‘Dash, du dash’ ! Les exercices me semblaient d’une telle violence, même si les combattants ne se touchaient pas. Bref, ce monde était tellement étranger au mien que j’ai du prendre quelques mois pour m’habituer à cette ambiance. Le petit, lui, était très content!"

