La suite de notre sélection BD « adulte », à conseiller de toute urgence aux ados dès 14 ans.
Goradzde 1993 |
||
|
Joe Sacco est un véritable journaliste. Les Américains disent comics journalism. Il dessine lui aussi à la première personne. Il a publié deux volumes sur les Palestiniens. Et deux autres sur Goradzde (1). Une petite ville au bord de la Drina, dont les eaux se jettent dans la Save avant de rejoindre le Danube. Nous sommes en Bosnie, à quelques pas de la Serbie, dans l’une des enclaves musulmanes que les Serbes encerclèrent de 1993 à 1995 et qui échappa de peu au sort de Sebrenica. Tout y est. Les snipers à nouveau. La faim. Les maisons qu’on brûle. Les femmes qu’on viole. Les blessés amputés sans anesthésie. Les filles qui rêvent de jeans. Les garçons qui font les fous quand ils reviennent du front. Les soldats de l’ONU empêtrés dans leurs inapplicables règles d’engagement. Nous sommes aux antipodes de la ligne claire, dans un monde en noir et blanc et pourtant baroque et passionné, en Europe, à deux pas de chez nous, un monde qui fut aussi victime de notre lenteur à comprendre ses délires barbares. | |
Arménie 1915 |
||
![]() |
En ces premiers jours de 2009, paraît en français un livre encore plus dur, le Medz Yeghern d’un jeune Italien, Paolo Cossi (2). Soustitré le Grand Mal, il plonge sans gilet pare balles dans l’horreur du génocide des Arméniens par les Jeunes Turcs en 1915. Un million et demi de morts qui meurent de toutes les morts et Cossi ne nous en épargne aucune. Un Turc et un Arménien se sauveront mutuellement la vie. Un soldat allemand désobéira aux ordres pour photographier et témoigner. Ainsi s’ouvre pour nous le livre des horreurs que la Turquie a aujourd’hui encore, près d’un siècle plus tard, tant de mal à reconnaître. | |
Indes 2009 |
||
![]() |
Enfin, au moment même où les bidonvilles de Bombay gagnent huit Oscars à Hollywood, paraissent deux récits des djihads musulmans dans les provinces indiennes du Cachemire et du Kerala (3). Dans la première un militant emprisonné tente de décourager une jeune recrue de suivre la voie du martyr en lui dévoilant les faces cachées, plutôt maffieuses, de la lutte armée anti gouvernementale. Dans la deuxième, un jeune musulman devenu professeur en occident, découvre à l’occasion des funérailles de sa grand-mère, que son frère est devenu l’un des leaders d’un groupe musulman extrémiste. Ici aussi la mort viendra des violences entre groupes rivaux. L’éditeur a réuni les deux œuvres sous le titre frères d’armes et l’idée sonne juste car, oui, ces auteurs indiens sont nos frères d’armes. Ils nous offrent leurs guerres comme l’Iranienne Satrapi, la Libanaise Abirached, l’Israélien Folman nous offrent les leurs, comme Spiegelman, Sacco et Cossi témoignent de celles que la vie a mises sur leur chemin. Pour que ces guerres, simplement, ne soient pas reléguées. Car l’oubli de la guerre annonce les guerres à venir. | |
| Michel Gheude | ||

