Ce 18 novembre, au Parlement de la Communauté française, deux députés interpellaient Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale à propos du jeu du foulard. En prolongement de l'article "Jeu du foulard : un plaisir qui tourne mal" (Le Ligueur no 29 du 2 décembre 2009), nous vous proposons des extraits de la réponse de la ministre.
"Le sujet est délicat et l’actualité récente nous a encore rappelé à quel point les comportements à risque et les jeux dangereux constituent un motif légitime d’inquiétude, non seulement pour les parents d’élèves mais aussi pour les enseignants. Dans de telles situations, on peut en effet imaginer la douleur des parents mais il faut aussi songer au mal-être profond et à la déception des enseignants. Ces pratiques se produisent généralement en dehors du contexte scolaire. Sans tomber dans une dramatisation injustifiée, nous devons rester vigilants afin de pouvoir détecter ces pratiques dangereuses à la base d’accidents très graves, ce qui est extrêmement difficile.
Il existe deux types de comportements à risque. Il y a, d’une part, les pratiques d’évanouissement qui font l’objet de votre question, qui sont des expérimentations corporelles et d’autre part, les jeux de violence pure. Certains spécialistes prétendent qu’il ne faut pas nécessairement dissocier les deux et qu’il faut parler avec les enfants de tous les comportements à risque, laisser venir les questions et orienter la réponse en fonction du questionnement.
Baptisé bien mal à propos "jeu du foulard" alors qu’on n’en sort pas toujours indemne, connu également sous le nom de "jeu du poumon", " la tomate", "la grenouille", " le cosmos", "trente secondes de bonheur", "rêve bleu", "rêve indien", ce jeu d’évanouissement, d’étranglement consiste à bloquer l’arrivée du sang au cerveau au niveau de la gorge ou à empêcher la respiration en poussant sur les poumons par compression du sternum ou du thorax. (…)
Le travail de prévention est donc essentiel mais complexe car ces jeunes se tournent rarement vers les adultes pour trouver de l’aide.
Ils ont tendance à garder ces pratiques secrètes. Cet aspect confidentiel renforce l’esprit de caste et de clan. Les jeunes y voient un surpassement de soi que l’on peut retrouver dans le sport, par exemple. Tous les adultes, surtout ceux qui travaillent en milieu scolaire, doivent être vigilants face à la propension de ces pratiques à risque.
Ils doivent être aptes à détecter et à gérer ces situations dangereuses. Ils doivent également intégrer dans leur pratique des actions de prévention basées notamment sur le développement de la confiance en soi et de l’estime de soi.
Les équipes tridisciplinaires des CPMS assurent l’accompagnement des enseignants. Le volet préventif, qui devra être amélioré, consiste à donner des conseils de détection précoce. L’accompagnement après l’accident existe aussi. J’ai rencontré le Conseil supérieur des CPMS. Le responsable du CPMS de Braine-l’Alleud m’a affirmé que les équipes étaient intervenues et avaient contacté la direction et le corps enseignant pour apporter l’aide et le soutien nécessaires.
Le phénomène n’est pas propre à la Communauté française, il touche toute l’Europe. (…)
L’association (ndlr : Chousingha, une association créée par des parents dont l’enfant a été victime du jeu du foulard) bénéficie d’une faible subvention (environ deux mille euros). Actuellement, elle réalise une brochure de sensibilisation à ces pratiques violentes, qui sera diffusée prochainement dans tous les établissements scolaires de l’enseignement fondamental, secondaire et dans les CPMS. Nous envisagerons alors une aide complémentaire si besoin.
Si l’on veut élargir la prévention, des montants plus importants devront être alloués mais les spécialistes nous recommandent de ne pas aller trop vite. L’objectif de la brochure rejoint l’objectif prioritaire de l’Apeas (ndlr : une association de parents d’enfants victime de ce jeu en France) qui est d’informer en suffisance et adéquatement toutes les personnes concernées, en priorité les adultes de référence de l’enfant. Ce fascicule constitue une base de dialogue avec les élèves et la première étape d’un dispositif de prévention.
C’est une première étape dans la mise en place d’un dispositif de prévention. (…)
Au début décembre, l’APEAS organisera à Paris un colloque international sur ces comportements à risque. Un de mes collaborateurs y participera, afin de récolter un maximum de données sur les méthodes d’information et de prévention mises en place. Sur la base de ces renseignements, j’ai l’intention d’organiser une table ronde qui réunira des parents, des enseignants, des pédopsychiatres, des responsables des CPMS, afin d’envisager avec eux la manière de mener à bien une véritable politique de prévention et d’information en milieu scolaire. Il me semble important d’agir de concert avec l’ensemble des acteurs, indépendamment de l’émotion suscitée par les médias. (…)
À l’école, le chef de l’établissement, les équipes éducatives et le CPMS doivent intervenir auprès des élèves. Il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche, il faut parler du problème et ne pas négliger l’impact de tels incidents. Il est important de ne pas assimiler ces comportements dangereux à des pratiques suicidaires. (…)
En résumé, je souhaite le renforcement d’un dispositif de prévention concerté et basé sur la vigilance des adultes et le développement de la confiance en soi. Je souhaite également le renforcement de la formation et de l’accompagnement des adultes les plus proches des élèves, à savoir les enseignants, les éducateurs et les directeurs afin qu’ils puissent, après un incident et soutenus par l’équipe PMS et d’autres professionnels, ouvrir un débat et favoriser la communication avec leurs élèves. J’ajouterai que les comportements à risque sont principalement constatés en dehors de l’école. Il faut en percevoir les raisons profondes. S’agit-il de curiosité, d’une volonté de dépassement de soi ou de vivre quelque chose dans un cercle restreint ? S’agit-il d’un mal-être? Les victimes n’étaient pas des enfants dépressifs mais des jeunes joyeux et assez entreprenants. Il s’agissait aussi davantage de garçons, ce qui constitue un indice étonnant. En effet, la souffrance et le mal-être ne tiennent généralement pas compte du genre.
Il ne faut donc pas se limiter à un type d’aide en dehors de l’école. Celle-ci ne peut en outre pas résoudre tous les problèmes de société, même s’ils se concentrent parfois durant la période scolaire. Partager des bonnes pratiques et organiser une table ronde permettra de nous doter d’outils car nous en sommes encore assez démunis."

