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Livres : le Ligueur a aimé… pour vos 0 à 12 ans

Dans le prolongement du Salon de l’éducation, il y a celui du livre de jeunesse. Le Ligueur ne pouvait rater ce rendez-vous, lui qui depuis plus de trente ans, se bat avec la Ligue des familles pour que tous les enfants aient accès à la lecture.

"Lire, ça donne des ailes", nous dit l’auteur de ces pages, notre célèbre chroniqueur Michel Defourny qui œuvre aux quatre coins du monde parce que le livre peut être aussi libérateur et ouvrir, à la jeunesse des pays en pénurie, des mondes de possibles. Plaisir et acte social… plongez-vous dans notre sélection, organisée par tranche d’âge, pour y retrouver les derniers titres sortis qui aideront vos enfants à grandir mieux encore. Retrouvez la suite de la sélection en cliquant ici !


0-3 ans

Couleurs des ronds et des carrés
Éditions Didier

Indémodables imagiers : les tout-petits adorent reconnaître et nommer les choses qu’ils connaissent. Et par-delà la réalité des objets, les formes les invitent au classement. Jill Hartley a mis en images toute la poésie "des ronds et des carrés dans un tout petit tout carton carré", publié chez Didier jeunesse. Une sucette, des toupies, un casier de bouteilles de lait, des citrons sur un plateau, des bulles de savon, des nappes à carreaux… et des petites mains qui tiennent, un Mexique qui pétille, un visage concentré. Le tout, avec des couleurs vives et lumineuses qui nous viennent du Mexique où la photographe américaine a travaillé. Un bel hommage à Tana Hoban dont le magnifique Regarde bien vient d’être réédité chez Kaléidoscope.


3- 6 ans

L’araignée et Le rat
Éditions Le Seuil   

Impossible de coller les enfants de 3 ou 4 ans sur le gorille, la vache, le hérisson, les fourmis depuis qu’ils lisent les documentaires du célèbre professeur Tatsu Nagata, réalisés avec la complicité du non moins célèbre Thierry Dedieu, et parus au Seuil jeunesse. Tout y est dit en quelques phrases et en quelques images. Celles-ci sont agrémentées d’une bonne dose d’humour décalé et des pitreries du sympathique savant japonais. L’araignée et Le rat  viennent de faire leur entrée dans la collection. On y apprend des trucs incroyables mais vrais : que les araignées boivent leur proie ou qu’un couple de rats peut avoir jusqu’à soixante bébés en douze mois. Voilà une collection aussi sérieuse que fofolle, à recommander à la maison comme à l’école. Pas plus que l’araignée ou le rat, l’amanite-tue-mouche n’a bonne réputation, même si c’est l’un des plus jolis champignons des bois. C’est un documentaire poétique qu’a imaginé Anne Crauzat, dans Maintenant que tu sais, un album paru chez MeMo. Légèrement humanisée, bien à l’abri sous son chapeau rouge parsemé de flocons blancs, une amanite se raconte. Sont-ce ses propriétés hallucinogènes qui la font rêver ? Toujours est-il que ses confidences nous la font aimer. Mais, comme les deux enfants de la dernière double page, levons les mains, bien haut, lorsque nous voyons ces dangereux champignons si utiles aux habitants de la forêt.



Max et les Maximonstres…

bientôt à l’écran

A tout seigneur, tout honneur.
Comment ne pas rendre hommage à Maurice Sendak et à l’un de ses chefs-d’œuvre, Max et les Maximonstres, au moment où cet album est porté à l’écran par Spike Jonze. Le film, qui mêle performances réelles, marionnettes et images de synthèse, devrait être projeté en salle à partir du mois de décembre. C’est l’occasion de relire cet album paru aux Etats-Unis en 1963 et publié en France en 1967. Max et les Maximonstres ouvrait alors une nouvelle page dans l’histoire de l’édition pour la jeunesse. Par son thème d’abord, qui traite à la fois d’une face sombre de l’enfance et de la capacité de réconciliation. Rappel des faits : Max est un petit rebelle puni par sa mère qui l’enferme dans sa chambre et le prive de nourriture. Comme par magie, une forêt se met à pousser dans la chambre. Max qui, ce soir-là, avait revêtu son costume de loup, s’y enfonce. Arrivé au bord d’un océan, il monte à bord d’un voilier qui l’emmène au pays des Maximonstres. Loin de se laisser effrayer, le jeune garçon soumet ceux-ci et devient leur roi. Ensemble, ils font une fête épouvantable. Lorsque celle-ci s’achève, Max ressent une terrible solitude. Le voilà désireux de rentrer chez lui, d’autant que lui parviennent des odeurs de choses bonnes à manger. De retour à la maison, il découvre à côté de son lit un repas tout chaud. A la différence des héros d’antan qui affrontaient des dragons ou des géants dans des îles lointaines, le voyage de Max est un voyage intérieur qui le conduit au plus profond de lui-même. La psychanalyse est passée par là. C’est un voyage thérapeutique qu’effectue Max. Au retour, apaisé, il sait qu’il est désormais capable de maîtriser ses pulsions destructrices avec lesquelles il avait momentanément pactisé. Le voilà prêt à se réconcilier avec sa mère. Pour raconter cette histoire, Maurice Sendak a privilégié l'image tout en réservant une place de choix à un texte réduit au minimum. Ce que tait le texte, le lecteur le découvre dans les images devenues langage à part entière. Ce n’est ni dans le texte ni dans les images que se construit le sens, mais dans un mouvement de va-et-vient entre les deux instances. Si, à l’époque de sa parution, cet album a déplu à quelques adultes surprotecteurs, c’est aussi parce que Maurice Sendak y mettait un terme à  la dictature de la beauté conventionnelle qui régnait alors sur le livre pour enfants. Aux dessins rassurants, aux couleurs douçâtres, il a osé opposer des images audacieuses, sombres parfois, et d’une certaine violence, comme l’exigeait sa thématique. Max et les Maximonstres (L’École des loisirs) est  aujourd'hui considéré comme  l'un des grands classiques de la littérature de jeunesse qui continue à passionner les lecteurs de tout âge.


Le Petit Chaperon rouge
Thierry Magnier éd.

De nouvelles versions encore et toujours.
La terrible histoire du Petit chaperon rouge exerce un réel attrait sur le public comme sur les artistes. Son ambiguïté est sans doute à l’origine de cette fascination. Conte d’avertissement qui se termine mal dans la version de Charles Perrault, il s’achève de façon heureuse chez les frères Grimm. Nathalie Lété, qui a rajeuni l’écriture du récit, le prolonge par une nouvelle fin : le mariage du chasseur et de la maman de la fillette qui, nous l’apprenons, était veuve ! Pour les illustrations, l’artiste a adopté un style volontairement vieillot, quelque peu maladroit, jouant avec des encres de trois couleurs, le rouge, le vert et le noir. Elle se préoccupe peu d’échelle, multiplie les dessins de fleurs, d’oiseaux, de papillon ou de champignon, ce qui confère au petit livre une allure naïve.
Parallèlement à cette édition, l’éditeur - Thierry Magnier -  sort un coffret en tirage limité. Il contient, d’une part, le conte illustré présenté ci-dessus et, d’autre part, un recueil d’images intitulé Autour du Chaperon rouge. Nathalie Lété y présente un choix de ses créations qui mettent en scène la fillette, en recourant à de multiples supports : céramique, tapisserie, peinture, sculptures, textiles, installations à partir de poupées ou de marionnettes. Ce volume, comme le coffret, est revêtu d’un motif façon toile de Jouy. Petits et grands seront ravis. Les rouges et les roses de Nathalie Lété y sont tantôt inquiétants, tantôt enchanteurs, et toujours merveilleux.


Trois petits cochons
Le Seuil

Bruno Heitz a repris l’histoire des Trois petits cochons en optant pour la version optimiste. Les deux premiers petits cochons  ont échappé à la voracité du loup et se sont finalement réfugiés dans la maison de briques. Bruno Heitz ajoute au récit quelques détails pittoresques amusants et confère aux personnages secondaires une présence sympathique. Mais, ce qui fait surtout l’intérêt de cet album paru au Seuil jeunesse, ce sont les maisons en 3 D dont nous voyons les intérieurs. Tandis que la troisième résiste et épuise le loup, nous voyons la maison de paille et la maison de bois, au moment même où elles s’effondrent. Du grand art !


Mon jardin

Éditions du Rouergue

Un jardin, c’est un royaume, c’est un empire, c’est un terrain d’aventures où l’on croise des pirates sanguinaires, et où, pour peu que l’on creuse, on découvre des ossements d’animaux depuis longtemps disparus. C’est un lieu d’enchantement où  les aigrettes de pissenlits s’envolent au vent qui vient se reposer parmi les feuilles lorsqu’il a trop couru derrière les nuages. Mon Jardin est un album poétique écrit par Zidrou et illustré avec sensibilité par Marjorie Pourchet.

 
Lili fait comme les grands
Éditions Casterman

Les héros de la petite enfance se font de plus en plus nombreux. Depuis Beatrix Potter, nous savons que les héros se cachent souvent derrière des figures animales. Parmi les derniers venus : un lapin rouge et sa bande de copains, un koala sympa et un cochon mignon, une petite taupe qui n’en fait qu’à sa tête.
Cette petite taupe s’appelle Lili et ses aventures sont dessinées par Chen Chih -Yuan, originaire de Taiwan. Lili adore imiter maman, imiter papa, imiter mamie, imiter papy, surtout quand il fait slurp en mangeant sa soupe. Mais lorsque Lili donne des bisous, ce sont les grands qui font comme elle. Dans  Lili dit non, la taupinette veut "faire toute seule", s’habiller, se servir du lait, courir au parc… mais la jupette est mise de travers, le verre de lait renversé et maman réduite à s’essouffler derrière sa petite chérie. Que ces bêtises font plaisir ! Cependant, mieux vaut les lire que les faire !


Kakao plante un arbre
Éditions Gallimard-Giboulées

Et de un, avec Lili ! Et de deux, avec Kakao et Bubu qui sont de grands amis. Comme tous les amis, ils se disputent pour se réconcilier ensuite. Partager n’a jamais été facile. Mais le koala et le cochonnet trouvent toujours un terrain d’entente. Pittau et Gervais ont signé Kakao plante un arbre et Kakao et le caillou bleu.  


Guili Guili
L’École des loisirs

Et de trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf dix, avec Petit lapin rouge et sa bande d’amis dont les histoires enchantent les 2 ou 3 ans, surtout s’ils connaissent déjà la vie d’une classe où chacun commence à affirmer sa personnalité. Les albums d’Audrey Poussier se suivent, plus réussis les uns que les autres. Après Mon pull (2006), La Piscine (2006), Une Farce (2007), Le Rendez-vous (2007), Le Chagrin (2008), Le Spectacle (2008), deux nouveaux titres viennent de paraître. Cette fois, dans Guili Guili, tous les copains sont sagement absorbés par leur lecture. Tous, sauf… le petit lapin rouge. Il voudrait jouer, mais la bande unanime réclame le silence : chut, chut. Lassé d’attendre, le lapin rouge taquine la souris. Impossible pour elle de se retenir de rigoler. Le rire se fait communicatif. Et chacun d’entrer dans le jeu et de faire des chatouilles aux voisins : hihi, haha, hihi, haha. Jeux de mains, jeux de vilains ! dit-on. Les larmes font place aux éclats de rire. La suite de l’histoire est tout aussi amusante. Finalement chacun se réinstalle et reprend son livre comme si de rien n’était, sauf, évidemment, qui l’on sait. Dans Le plus beau, notre lapin rouge fait encore des siennes, il larmoie parce qu’il se trouve trop gros. Tel est le point de départ de mille comparaisons entre le loup, le coq, les trois chats, le cheval, l’ours, l’agneau et la souris. Ces animaux caricaturés avec drôlerie éveillent d’emblée la sympathie : dressés sur leurs pattes de derrière, comme ils ressemblent à nos petits !

 
6-12 ans

La petite sirène
Édition Syros

Du jamais vu : La Petite Sirène interprétée graphiquement par l’un des grands artistes indiens d’aujourd’hui ! Bhajju Shyam appartient à la communauté des Gonds, une population dite tribale, dont les codes graphiques imprégnés par une symbolique très riche diffèrent fortement des nôtres. On avait découvert son immense talent lors de la parution de Mon voyage inoubliable aux éditions Syros déjà, en 2006. La rencontre entre deux mondes totalement différents avait engendré des images composites étonnantes. C’est encore le cas dans cette adaptation de La Petite Sirène de H.C. Andersen, écrite par Gita Wolf et Sirish Rao, qui ont retravaillé la fin du conte. Dès la couverture, Bhajju Shyam a associé silhouette d’un grand poisson et la représentation traditionnelle occidentale de la sirène à laquelle il a donné un teint foncé et de très grands yeux. A partir de là, pour raconter cette douloureuse histoire d’amour, il plonge le lecteur dans un univers où tout est ondulation : ondulation des flots, des très longs cheveux de la petite sirène, des corps de ses sœurs en mouvement, des serpents qui jaillissent de la tête de l’horrible sorcière à l’allure de déesse Kali… Pensées, souvenirs, rêves sont dessinés dans des cercles, comme si des bulles d’air remontaient à la surface de l’eau. D’autres illustrations à la limite de l’abstraction semblent s’apparenter à de mandalas très colorés. Fidèle à la tradition des Gonds, Bhajju Shyam soutient le trait par des hachures, des chaînettes et remplit les espaces vides par des écailles. Autre originalité de cet album : une continuité graphique entre les illustrations et les pages de texte d’une texture de papier différente. Comme à leur habitude, les éditions Tara de Chennai ont remarquablement façonné La Petite Sirène qui vient de paraître en France chez Syros.


Chut !
L’École des loisirs

Une nouvelle aventure pour L’Ecole des loisirs ! Elle crée une double collection de CD en puisant dans son fonds. Ecouter un bon lecteur ou une bonne lectrice, qui "lit" à voix haute un texte bien écrit, est un vrai bonheur. Même s’il existe de bonnes collections, comme  "Ecoutez lire" chez Gallimard, cette pratique reste négligée. Le timbre de la voix colore la phrase, le ton accentue les émotions, le souffle rythme la progression du récit, suspend le temps ou en accélère le mouvement. On croyait avoir les  avoir lues ! Mais en écoutant les histoires qui viennent d’être enregistrées, on a l’impression de les découvrir pour la première fois. Et que de bénéfices ! Grâce à cet exercice oral, les apprentis-lecteurs accèdent plus directement à la compréhension du texte. De leur côté, les lecteurs confirmés savourent avec davantage d’attention un récit qu’ils auraient peut-être dévoré goulûment. La nouvelle collection Chut !, qui invite à se taire pour mieux écouter est, à mon avis, une réussite, tant dans le choix des premiers titres que dans la façon de lire des différents interprètes choisis. Aucune emphase, aucune théâtralisation, mais la recherche du ton juste. L’accompagnement musical original est sobre et le bruitage n’est jamais envahissant. Enfin, les concepteurs de la collection ont procédé à un découpage qui permet une écoute en feuilleton.
Dans ce premier lot, quatre titres appartiennent à la collection "Mouche" : Les grandes questions d’Agnès Desarthe, lecture par Sylvie Ballul et Catherine Soullard ; Le journal d’un chat assassin d’Anne Fine, lecture par David Jisse ;  Le hollandais sans peine de Marie-Aude Murail, lecture par Didier Galas ; Le chevalier qui cherchait ses chaussettes,lecture par l’auteur, Christian Oster.
Quatre autres  titres appartiennent à la collection "neuf" : Verte de Marie Desplechin , lecture par Sylvie Ballul et Anne Montaron ; Lettres d’amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern, lecture par Alice Butaud ; Le Cabanon de l’oncle Jo de Smadja, lecture par David Jisse ; Les Contes à l’envers, lecture par les auteurs, Boris Moissard et Philippe Dumas. 


L’histoire de Clara
Éditions Gallimard-Giboulées

Un bébé de 6 mois, à Paris, en 1942. Une rafle… Une famille est brutalement arrêtée. Le bébé dans son couffin a échappé à la vigilance des policiers français et des soldats allemands qui traquaient le Juif. Ainsi commence L’histoire de Clara, texte de Vincent Cuvelier. Successivement, dix personnes sont mises en présence de l’enfant : nous  écoutons leurs propos, nous entendons leurs hésitations, nous les voyons agir en direct. Chacun, d’une manière différente, protégera Clara qui, à la fin de la guerre, sans le savoir, retrouvera l’une de ses sœurs rescapée des camps d’extermination. Le sauvetage de Clara a commencé  lorsqu’une très vieille dame habitant le même immeuble que la famille juive a découvert le couffin dissimulé par la maman dans l’ascenseur. C’est ensuite une bonne soeur qui a recueilli le précieux trésor ; avant de le confier à un fermier de sa famille. C’est, plus tard, au tour d’un soldat allemand de sauver Clara : il ne pouvait se résoudre à obéir à des ordres inhumains. Grâce à l’engagement de chacun, Clara aura échappé à la mort. Dans les dernières pages, elle sourit à la vie.
Vincent Cuvelier a expliqué pourquoi il avait écrit cette histoire : "J’ai écrit ce livre en réponse à la proposition du Président de la République en 2007 de proposer que chaque enfant des écoles de France parraine un enfant juif mort en déportation, lors de la dernière guerre mondiale. Je partageais alors l’opinion de beaucoup de personnes qui pensaient que c’était faire peser une charge émotionnelle trop lourde sur des enfants si jeunes. En guise de réponse, j’ai écrit L’histoire de Clara : l’histoire d’un enfant juif sauvé." Le récit paru chez Gallimard-Giboulées est illustré avec beaucoup de retenue par Charles Dutertre.


Michel Defourny.

 

 

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