Théâtre jeune public : les coups de coeur du Ligueur
Cet été, Huy a présenté, une fois encore, sa palette de spectacles pour le jeune public : 35 propositions que vos enfants et ados auront l’occasion de découvrir cette saison avec vous et avec leurs professeurs. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, de 18 mois à 18 ans (et même plus…). Découvrez ci-dessous les 10 coups de coeur du Ligueur... et retrouvez les 25 spectacles qui complètent cette sélection, en cliquant ici.
Bonne saison vivifiante au théâtre !
De 18 mois à 5 ans
Boîtes
Nuna Théâtre
Les tout-petits sont accueillis par deux comédiennes. Assises devant des boîtes de carton, elles les observent : premier contact établi grâce aux regards… Des boîtes, il y en aura des tas : de toutes petites, de moyennes, de très grandes, objets de jeu, de surenchère, de rêve, de mouvements… On les empile, on s’y engouffre, on les frôle, on les juxtapose… Parfois, du dessous de l’une d’elle, surgit une boule rouge dotée de quelques notes de musique, petite parenthèse ronde et colorée dans cet univers beige et cubique. Les enfants semblent fascinés devant ces jeux de contenants. Ils apprécieront sans doute aussi la singularité de chaque comédienne, l’une plus impertinente et plus légère que l’autre. Les passionnants jeux de cubes propres à la petite enfance se voient ainsi agréablement mis en espace, grandeur nature, sous des yeux curieux et conquis. (S.C.)
Prix de la Ville de Huy.
De 3 à 5 ans
Premiers pas sur la dune
Tof Théâtre
Un bel encadrement et une corde protectrice, comme dans les musées. Cela commence comme une nature morte : un chou vert déploie ses feuilles. Nous voici partis pour un merveilleux voyage onirique. Un poisson rouge, une cigogne, des nuages, tout un monde commence à se déployer. Voici l’homme, tout nu, assailli par un adorable petit canard qui le poursuit. Nous sommes loin de toute pesanteur, dans un monde où flottent l’enfance, les chutes et les conquêtes. Quatre manipulateurs, un exploit technique pour nous offrir des tableaux de toute beauté, un parcours qui captive. Un coup de chapeau (melon comme celui de Magritte) à l’art de la marionnette ! (P.M.)
Prix de la ministre de la Culture
Coup de cœur de la presse
De 5 à 8 ans
Remue-ménage chez Madame K
La Berlue
Merveilleuse Madame K. Si naïve, si lourdaude en apparence et qui va nous offrir 50 minutes qui passent bien vite en nous racontant ses peurs inutiles, le petit oiseau tombé du nid qu’elle va sauver, élever jusqu’à l’envol. Marionnettes, ombres, projections de transparents, jeu d’acteur, toutes techniques maîtrisées qui se mêlent avec bonheur pour nous offrir des moments d’émotions, de rires et de poésie : on se laisse emporter. Un joyeux remue-ménage dans lequel les enfants se retrouveront pour mieux grandir ! (P.M.)
Prix du Kiwanis
De 6 à 9 ans
Tam
Une Compagnie
Transposer le théâtre de la salle noire vers un bus semble déjà une idée plutôt originale ! Nous voilà donc à bord d’un vieux bus à l’intérieur entièrement habillé de cartes postales, géographiques, photos, petites loupiottes… C’est Manu qui nous accueille, il a l’air d’être chez lui, dans ce lieu vieillot et désordonné qu’habitent ses souvenirs. Ces derniers vont surgir des confins de sa mémoire : l’arrivée du petit Tam dans sa classe, un petit Chinois qui ne parlait pas un mot de français et devenu "Tam-ami-Manu". Manu nourrira une amitié exclusive pour Tam. Si puissante qu’il vivra très mal l’épisode du grand-père de Tam "enlevé comme un bandit" par la police. Plus tard, la jalousie leur fera frôler le drame. Le texte d’Éric Durnez, le jeu et la mise en scène forment un tout très cohérent et très juste. De surcroît, le fait de recevoir cette histoire dans ce contexte de bus insolite contribue encore davantage à ce que certaines images restent ensuite ancrées en nous. "Une Compagnie" nous montre encore combien les histoires d’enfance sont les fondations de l’adulte, ni plus ni moins, et que non seulement, rien ne s’en va mais aussi que tout a de l’importance. (S.C.)

De 6 à 12 ans
Le plus beau village du monde
Théâtre de Galafronie
C’est à un véritable voyage que ce spectacle nous convie. Nous voici dans un village du Maghreb. Ils sont six hommes sur scène à l’animer en musique, en chansons, en récit. On s’y croirait en rencontrant le Hadj, Zefier le boucher, le marchand de bougies et surtout la petite Zahra qui, comme toutes les petites filles du monde, connaît peines et joies. Elle veut se promener seule mais craint son ombre, refuse que l’on tue le mouton, pense au grand-père disparu, attend avec impatience son papa. Heureusement, la chaleur est là. Chaleur du climat, chaleur humaine qui offre aux spectateurs un moment de bonheur, comme un plat que l’on partage… (P.M.)
Prix de la ministre de l’Enseignement fondamental

De 7 à 11 ans
Chagrin d’amour
Théâtre de Galafronie
Fanny est chez Papa. Mais elle va devoir le quitter car il ne va pas bien. Il a les yeux rouges d’un chagrin d’amour mais n’en parle pas à Fanny. Fanny voudrait pourtant tant l’entendre, le consoler et lui parler. Chez Maman, Nounours et Melba la poupée attendent impatiemment Fanny, se disputant déjà ses faveurs. Il y a aussi le journal intime, amoureux de Melba qui pourtant n’en veut pas. À chacun son chagrin d’amour… Ces quatre-là vont cogiter le plan qui permettrait à Fanny d’aider son papa. Parsemé de chansons touchantes, bourré de tendresse et d’humour, interprété par quatre savoureux artistes, le spectacle se découvre très attachant et particulièrement proche des enfants. Il a l’art, de surcroît, de rendre si bien compte de la fragilisation de ceux dont les parents sont séparés. (S.C.)
Coup de cœur de la presse

Dès 8 ans
Fragile
Compagnie Gare Centrale
Trois histoires, trois décors pour nous raconter avec de menus objets ou marionnettes les fêlures, les blessures qui hantent nos vies. La solitude qui pèse parfois trop fort, les accidents, les guerres, les couples qui se déchirent, l’intolérance. Mais attention, le spectacle n’est pas pénible, que du contraire. Qu’elles manipulent cachées ou à vue, Isabelle Darras et Julie Tenret nous offrent en partage une belle connivence, des moments d’humour et de poésie. Si nous sommes des êtres humains fragiles, nous sommes aussi capables de rebondir, de résister. Ce beau spectacle nous le rappelle, tout en finesse. (P.M.)
Mention spéciale du jury
Dès 11 ans
La légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon
Les Royales Marionnettes
"On vous l’a apprise, à vous, cette histoire à l’école ? Moi pas…", nous dira l’acteur à la fin du spectacle. Et de fait, qui connaît l’histoire du duc de Bouillon ? Et celle des croisades : figure-t-elle vraiment au programme ? Quoiqu’il en soit, transmise comme telle, cette histoire, l’enfant s’en souviendra ! Les tréteaux sont plantés, les marionnettes à fil (splendides) dégainées, les comédiens remontés, l’histoire peut commencer ! Celle de ce "grand homme va-t-en-guerre", par qui, entre autres, tant de sang a coulé au nom de… Dieu ! Si effroyable soit-il, ce récit, sous la plume des Royales Marionnettes, prend des contours parfois hilarants. Il est là, l’art de la transmission : de l’humour (merci Tchantchès !), du talent, du recul, des surprises, du rythme, de l’audace, de l’émotion, de la dérision, de la conviction… Le spectacle est savamment construit et la tradition de ces marionnettes de par chez nous transmise elle aussi ! L’absurdité et l’illusion des guerres se voient sacrément dénoncées. Savoureux, puissant et tellement juste ! À voir absolument… (S.C.)
Prix de la ministre de l’Enseignement secondaire
Coup de cœur de la presse
Dès 12 ans
Mère sauvage
Théâtre de la Guimbarde
"Mère sauvage" est l’adaptation libre, par Paul Pourveur, d’une nouvelle de Maupassant qui porte ce même titre. On rend grâce à l’auteur d’avoir pris ces libertés tant le spectacle est poignant dans la mise en scène de J-M Van Den Eeyden. Un soldat, John, occupe la maison d’une dame : il la contraint à ne pas bouger, à lui obéir. Hors de cette confrontation en huis clos, mais y intervenant comme voix de la conscience ou discours dominant qui nous imprègne, deux autres acteurs : la jeune fiancée du soldat et un vieux passéiste. Malgré les tentatives d’approche parfois fructueuses entre la prisonnière et le soldat, la tension monte dans le temps même où s’éclaircit la raison pour laquelle ce soldat est présent… Jeu des acteurs, musique, tout concourt à interpeller le spectateur. Quittant cette scénographie conçue en confrontation, on ne peut que songer à cette parole de Prévert : "Quelle connerie la guerre !" Et c’est plus que jamais nécessaire. (P.M.)
Dès 14 ans
Le hibou
Zététique Théâtre
Agnès, une petite aveugle de 7 ans vit dans la crainte des hiboux. C’est que les griffes d’un père incestueux l’ont déchirée. D’autres êtres, tous tourmentés, gravitent autour d’elle. Sa mère écartelée entre la colère, la culpabilité, l’amour qui persiste. Pako, sorti de prison, dévoré de regrets et qui cherche le chemin de l’amour. Son ami, rongé de solitude. Un texte d’une force et d’une noirceur terrible. Un spectacle qui secoue profondément, car si ce sont des figures détruites qui nous sont données à voir, elles demeurent profondément humaines. Comment aborder le thème de l’inceste, si ce n’est par la nuit la plus sombre ? (P.M.)
Prix de la ministre de la Jeunesse
Coup de cœur de la presse
Dossier réalisé par Sarah Colasse et Philippe Mathy.