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"Je ne sais pas me projeter dans l’avenir"

D'un côté, des grands ados qui tardent à franchir le pas vers l'âge adulte. De l'autre, des parents qui attendent impatiemment que leur "petit" déploie ses ailes. Entre les deux, une réalité faite de heurts, d'attentes, de désillusion… et d'amour. Témoignages.

Face-à-face... ado-parents

"Je ne sais pas me projeter dans l’avenir"

"Je ne sais pas me projeter dans l’avenir, j’ai encore besoin de réflexion. Pour le moment, ce qui m’intéresse, ce sont les jeux de rôle, l’ordinateur et ce qui se rapporte au fantastique.

Mon parcours scolaire est très compliqué parce que j’ai du beaucoup changer d’école. Tout cela à cause d’une mauvaise entente générale : avec les autres élèves autant qu’avec le directeur. J’ai doublé trois fois. La première à cause du néerlandais. La deuxième, à cause d’une mésentente avec la titulaire (elle a monté le conseil de classe contre moi, j’ai alors doublé avec un 49/100 !). La troisième, parce que le niveau scolaire était trop élevé dans la nouvelle école.

Mes relations avec mes parents sont compliquées aussi. Mon père et moi avons des avis contraires. Il a tendance à trop nous surveiller, mes frères et moi. Du coup, il y a une mauvaise ambiance. Avec ma mère, c'est plutôt normal.

Devenir adulte, ça à un rapport avec l’âge, comprendre ce qu’il faut pour soi. Ne pas faire que s’amuser, savoir gérer ses affaires soi-même.

Un diplôme sert à beaucoup de chose. Pour trouver un emploi, c’est plus ou moins obligatoire." Alexandre, 18 ans, "glandeur"

"Je suppose qu’un jour ou l’autre, le déclic se fera…"

"Je vois Alexandre encore très ado, dans sa bulle, ayant des difficultés à se prendre en charge, à se détacher de ses jeux sur ordinateur, à se focaliser sur ce qui devrait être l’essentiel : mettre en pratique les décisions qu’il prend ou est sensé avoir prises.

Par exemple, il a été convenu que le mardi est son jour de faire le repas du soir. Il émerge de son ordi à 20h (quand on l’appelle !) et se sent vexé de s’entendre reprocher qu’il n’a pas fait ce qu’il devait. Il a aussi obtenu, il y a quelques années, d’avoir un chien. Mais si on ne lui rappelle pas que cette bête doit manger, se promener, avoir son antipuces chaque mois, rien n’est fait.

Il ne se lave pas, sa chambre est une porcherie, il néglige de prévenir quand il n’est pas là pour les repas, etc., etc. C’est un garçon plein de talents qui refuse de se bouger pour les mettre en valeur. Je suppose qu’un jour ou l’autre, le déclic se fera… Alors il sera capable du meilleur.

Je crois qu’à 19 ans, on ne peut plus le prendre pour un bébé et lui dire de faire telles ou telles études. Peut-être ne l’avons-nous pas fait assez quand c’était nécessaire, ou alors trop ? Son parcours scolaire est chaotique. Nous avons en tant que parents sûrement une lourde responsabilité quant aux choix faits. Mais je crois aussi qu’à de rares exceptions près, les relations compliquées avec les enseignants ne nous ont pas aidés." Marie-Noëlle, sa maman

 


"Plus le courage d’étudier"

"Quand j’étais petit, j’étais un garçon super nerveux. Les médecins pensaient que j’étais hyperactif. J’avais des difficultés de concentration et de logique à l’école. J’ai été beaucoup suivi, notamment par une logopède qui m’aidait, car à cause de mes problèmes de concentration, j’inversais des mots. Depuis, ça a été mieux. Des médecins ont alors proposé que je fasse du sport. C’est ce que j’ai fait. Ça me passionnait aussi. J’ai eu beaucoup moins de problèmes grâce à ça. J’étais plus calme à l’école.

J’ai fait ma première année secondaire en scientifique avec succès. En 3e, j’étais en technique de transition, en art. Ça ne me convenait pas du tout.

Je suis retourné alors en 4e scientifique, mais là, j’ai commencé à décrocher.

En 5e, j’étais en agent d’éducation. Je pensais que ce serait plus simple, mais j’ai complètement raté. J’ai alors continué jusqu’en rhétorique dans cette option. J’ai tout arrêté il y a deux mois. J’en avais ras-le-bol d’être encore en rétho à 20 ans. J’étais avec des gens plus jeunes que moi. Je suis allé m’inscrire au Forem pour trouver un emploi. Mon premier job est accompagnateur d’enfant. Cela fait trois ans que je travaille dès que je peux. Des petits boulots manuels, de l’animation.

Mes projets ? Continuer à faire de petits boulots pour économiser de l’argent. Puis, trouver un emploi plus important. Pour le moment, je ne peux pas avoir plus d’un ¾ temps. Accompagnateur d’enfant, c’est seulement le matin et le soir ou lors de sorties scolaires. En journée, les enfants sont en cours… J’ai déjà une maison, mais faut savoir payer les factures, ce que je ne peux pas pour le moment. J’ai une copine, ce serait bien de vivre ensemble.

Mes parents ont divorcé lorsque j’étais en 4e primaire (d’où ma première année doublée). Ma mère n’a pas toujours compris mon décrochage. On s’est toujours bien entendu, mais on na pas toujours les mêmes visions des choses. Elle ne vit que pour son boulot. Moi, je n’arrive pas à me concentrer. Elle s’est remariée avec un directeur d’école… Ma mère est triste que je ne m’en sorte pas. Elle espérait pouvoir être fière de son fils diplômé. Mon père a toujours pris des distances. Il dit : 'Assume tes choix. Tu te prends en main'. Il pense aussi que c’est un handicap de ne pas avoir un diplôme. Mais pour lui, je n’ai qu’à relever les manches et travailler.

Devenir adulte pour moi c’est être autonome, se prendre en main, assumer ses responsabilités, avoir un objectif : économiser et payer un logis, gérer son quotidien… " Robin, 20 ans 

"Le professionnel n’est pas valorisé"

"Le parcours de Robin était très difficile. Il a eu beaucoup de problèmes de concentration dès son entrée en primaire. Il avait pourtant un QI élevé. La situation était discordante. On n’a jamais voulu médicaliser ses problèmes. Il a été suivi par un pédiatre homéopathe. À l’athénée, il n’y avait pas de mise en place pour les enfants différents. Sa motivation était d’aller dans la même école que sa sœur. J’ai réduit mon temps de travail pour l’aider à faire des résumés, etc. C’était le parcours du combattant. En 3e secondaire, il a raté. Il a suivi des cours particuliers. C’était un souci supplémentaire du point de vue financier.

Il a accepté ensuite d’aller en technique de transition à l’institut. L’équipe était beaucoup plus humaine et attentive. Notre fils avait alors déjà deux ans de retard. Il a du changer de section car elle se fermait (notamment la section en art où il était).

En 5e, il a alors été en agent d’éducation en technique de qualification. Il avait des difficultés dans certains cours qu’ils n’avaient pas eus en 4e…Il a raté son année. Pendant ce temps, il avançait en âge et avait déjà trois ans de plus que la moyenne de la classe. Avoir 21 ans avec des élèves de 17 ans...

J’ai toujours été consciente qu’il n’avait pas le profil d’un élève studieux. Robin est différent, ça ne saute pas aux yeux comme la surdité ou la cécité. L’école n’a pas pu répondre à sa différence. Il était très bon dans sa formation d’éducateur mais il a décroché. J’aurais voulu qu’il rencontre une équipe éducative ou des centres PMS qui offrent plus de soutien. Robin est sur la voie de devenir adulte. Il faudrait qu’il soit confronté à une réalité professionnelle. Qu’il puisse obtenir un travail valorisant, bien qu’il n’ait pas de diplôme. Il ne peut plus étudier en formation de jour. S’il estime que l’absence de diplôme le freine, il fera sans doute une formation du soir.

C’est important d’avoir un diplôme, surtout maintenant. Je pense que les personnes qui n’en ont pas sont destinées à des petits boulots.

L’enseignement professionnel devrait être plus valorisé. Les enfants sont souvent poussé à faire du général alors que ce n’est pas toujours ce qui leur correspond le mieux. En fin de primaire, on devrait déjà arriver à faire une bonne orientation, reconnaître les quotients qualificatifs. Je me demande si ce n’est pas une erreur de faire un tronc commun en 1ère et 2e général. C’est une perte d’année dans la formation". Pascale, sa maman


"Même avec un diplôme, c’est difficile de trouver du boulot"

"J’ai suivi des études en baccalauréat en Ecriture multimédia (développeur multimédia, webmaster, webdesigner, communication). J’ai envoyé beaucoup de candidatures dans toute la Wallonie et, au départ, je recevais beaucoup de réponses négatives à cause du nombre d'année d'expérience. Je pensais que ça aurait été facile de trouver du travail une fois diplômé. J'ai déjà travaillé dans un GB à Namur afin de continuer à être actif et en attendant de trouver du travail dans le milieu de l'informatique et du multimédia. J’espère devenir chef de projet dans le milieu du multimédia et de la communication audiovisuelle. Diplômé moniteur ADEPS également, je souhaite reprendre un groupe de jeunes pongistes au club de Vedrinamur duquel je fais partie. Devenir adulte, pour moi, signifie avoir des responsabilités". Laurent, 22 ans, jeune diplômé

"Pourvu qu’il se sente bien dans sa peau…"

" J’avais imaginé que mon fils obtienne son CESS, un diplôme universitaire ou non, ce n’était pas une priorité. Qu’il se sente bien dans sa peau quelques soient les études qu’il choisit. Laurent a un profil de non manuel. Il a été amené à faire des études supérieures après les secondaires. Moi même je suis enseignant, mais je voyais qu’il n’était pas fait pour ça. Je suis content qu’il soit arrivé à avoir un diplôme. Dans l’enseignement général, il avait des difficultés à faire des choix. En bachelier professionnel, il se rendait compte qu’il n’avait pas le profil d’un maçon. Lorsqu’il était en première année de bachelier en éducation physique, les cours pratiques étaient trop durs. Son corps était fatigué. Laurent a eu beaucoup de persévérance, d’assiduité. On l’a toujours encouragé. On a étudié avec lui les diverses orientations. On l’a conseillé et c’est lui qui a pris la décision. Après hésitation, il a pris goût à l’écriture multimédia. Cette nouvelle orientation était la grande inconnue.

Je pense qu’aujourd’hui Laurent est devenu adulte. Il l’a été assez tôt parce qu’il a du se rendre compte qu’il fallait persévérer et travailler beaucoup pour réussir. D’autant plus qu’il est l’aîné. On compte beaucoup sur lui. À l’heure actuelle, c’est important d’avoir un diplôme, dans la mesure des possibilités du jeune bien sûr. Et même après, si l’occasion se présente, de suivre des formations complémentaires afin de se tenir à jour dans son domaine." Son papa, Marc


Plan emploi jeunes… la ronde infernale

"J'ai fait mes études en secondaire en option service social. Dans le supérieur, j’étais en puériculture. Ensuite j’ai fait un an en cours du soir, option auxiliaire de l'enfance. Au départ j’espérais devenir puéricultrice. C’était mon but.

J'étais au chômage pendant que je suivais des cours du soir. Puis, je suis restée sans emploi encore pendant un an. J’ai postulé à gauche et à droite puis j’ai fini par avoir une place là ou j’ai fait mon dernier stage d'école. En général, on demande deux ans de chômage pour profiter des plans jeunes. Tant que je ne les avais pas, je ne pouvais pas avoir de contrat car toutes les entreprises demandaient cette condition. Les contrats du plan transition professionnel sont de 24 ou de 36 mois. Cela dépend de tes années d'étude et de ton âge. J’ai eu droit à 24 mois. Je terminais donc mon contrat le 31 juillet. L'asbl avec laquelle je travaille n’a pas assez de subsides pour pouvoir prolonger le contrat. Ce qui est triste dans ces contrats, c’est que, durant deux ans, tu te consacres à fond dans ton travail, puis au bout de ces deux ans, tu es remplacée par une autre. Parce que l'employeur a des primes quand il engage des jeunes dans ces conditions… Toi, tu te retrouves à nouveau sans emploi et tu es bon pour refaire du chômage pour à nouveau bénéficier d'un autre contrat.

J'ai un mi-temps mais le salaire n'est pas suffisant pour pouvoir vivre seule. Je vis donc chez mes parents et dès lors, je n’ai pas droit non plus à un supplément de chômage. Je ne touche que 750 €. C’est rien du tout. Trouver un autre emploi à côté ce n’est pas évident, car j’ai des horaires coupés. D'un coté, je peux quand même profiter de mon salaire pour passer le permis et acheter une voiture en économisant durant les deux années où j’ai travaillé. Mon mi-temps prend bientôt fin, je postule. Seulement je n’ai pas de réponse. Tu envoies des candidatures mais rares sont les gens qui répondent. J'aimerais avoir un temps plein stable. Devenir adulte c’est travailler pour pouvoir vivre seul, ne plus dépendre des parents.

Le diplôme ? Ma sœur en a un dans le tourisme, elle connait bien les langues. On lui a déjà fait la réflexion qu’elle était trop qualifiée. Donc je ne sais pas trop." Lesly, 25 ans, puéricultrice

 

 

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