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"Britannicus" à l’Atelier 210

Le pouvoir à perdre haleine… Impressionnant !


C’est un Racine à la fois revisité et totalement respecté que nous offre la Compagnie Belle de nuit. Sur l’immense rampe qui couvre la scène, les personnages surgissent l’un après l’autre et se mettent à courir, de plus en plus vite, d’un sommet à l’autre, avant de se figer et de laisser place à l’intrigue… De celle-ci, il est bon de se remémorer la base : Britannicus est le premier fils de l’empereur romain Claude. Mais lorsque celui-ci meurt, c’est Néron qui prendra le trône, poussé par sa mère, l’inquiétante Agrippine, la dernière épouse de Claude. Sous l’emprise de cette ambitieuse, il avait adopté Néron… Les choses se compliquent lorsque Néron tombe sous les charmes de l’amante de Britannicus, Junie, qu’il enlève. "Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux…". Pouvoir, orgueil et passion s’entremêlent dangereusement dans cette lutte contre l’autre, dans cette lutte contre soi.

Le metteur en scène Georges Lini a opté pour l’épure, la respiration et l’ancrage. Les sept comédiens sont saisissants de vérité. Vêtus de tuniques, robes et manteaux imposants, ils sont véritablement Néron, Junie, Agrippine, Britannicus, Burrhus, Narcisse et Albine. Ils le sont tellement que le propos, bien qu’il ait été écrit au 17ème siècle, résonne étonnement aujourd’hui, dans l’ici et maintenant. La violence qui s’en dégage est aussi la violence qui nous entoure. Dès lors, les vers de Racine, pourtant si éloignés de prime abord de notre langage actuel, nous parviennent avec évidence et leur musique est un régal.

 Le choix de la scénographie en pentes qui sollicite une grande énergie de la part des acteurs, l’impact des lumières, le climat menaçant, la prouesse et la justesse des comédiens confèrent à la pièce une puissance toute particulière. On s’attache aux personnages, on vibre avec eux. Certaines scènes sont terribles : lorsque Britannicus retrouve sa Junie sous l’œil de Néron, où l’intensité repose sur les silences et les regards. Plus tard, l’aveu d’Agrippine à son fils Néron nous vaut également un moment mémorable…
Du Racine de cette veine, on en redemande ! Nul doute qu’ainsi dessiné, il accrochera et touchera également nos jeunes !


Sarah Colasse


Infos :
Britannicus, de Jean Racine, mis en scène par Georges Lini. Avec Didier Colfs, Itsik Elbaz, Anne-Pascale Clairembourg, Valerie Lemaître, Marie Simonet, Benoit Van Dorslaer et Luc Van Grunderbeeck.
A l’Atelier 210, jusqu’au 30 octobre. Infos au 02/732 25 98 et sur www.atelier210.be.

 

 

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