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Le spectateur francophone belge préfère les comédies au cinéma, loin devant les policiers, les comédies musicales, les films fantastiques, de science-fiction et d’horreur. Les 18-29 ans et les 30-39 ans inversent le classement en primant les policiers. Pour la plupart, le sujet du film détermine leur choix. Le plus souvent, la séance est partagée avec le conjoint ou des copains. Le cinéma rassemble mais pas souvent, de 5 à 8 fois sur l’année selon les âges. Ce n’est pas terrible. Toutefois, le 7e Art garde la cote à domicile, sur DVD et surtout à la télévision.
Les 20-40 ans continuent à former le gros des amateurs de grand écran. Ils aiment les policiers bien ficelés, américains de préférence, avec un a priori négatif pour les auteurs français. Il est vrai que les réalisateurs spécialisés dans le film noir sont rare. Personne n’a vraiment succédé aux Melville et Corneau qui entraînaient de grands acteurs dans Le Cercle Rouge ou Police Python 357. Un Olivier Marchal tente bien de renouer avec le genre en puisant dans son expérience d’ancien commissaire de police. 36, quai des Orfèvres est assez réussi. A part cela, des cinéastes tâtent de temps en temps du film de flics et voyou, en adaptant des polars, notamment ceux d’Harlan Coben , comme Ne le dis à personne. Ce film était réalisé par le comédien Guillaume Canet. Les acteurs dirigent bien leurs pairs. C’est vrai pour Pascal Elbé qui vient sortir Tête de turc, véritable condensé de la vie dans les banlieues françaises. Nous plongeons dans les cubes de HLM et les cages d’escaliers taguées, en compagnie de jeunes désoeuvrés exposés à des combines douteuses. Le portrait est juste, sans parti pris, patrouilles de police et interpellations musclées incluses. La nervosité des policiers est palpable lorsque leurs véhicules sont systématiquement lapidés du haut des immeubles. Ce jour-là, les ados se trompent de cible. L’un d’entre eux balance un cocktail molotov sur la voiture d’un médecin. Pris de remords, l’incendiaire sauve l’urgentiste des flammes au péril de sa vie. Il hésite à démentir la version qui le blanchit et l’élève au rang de citoyen méritant, exemple pour la collectivité et fierté de sa mère qui trime afin de sortir ses enfants du ghetto. Le frère policier du médecin ne l’entend pas de cette oreille. Les "copains" de la cité non plus. Pascal Elbé émeut, ne juge pas ; il montre un monde assez désespéré et délaissé des pouvoirs publics, même si certains s’en sortent, à force de volonté et de cran. Son premier essai derrière la caméra est réussi.
Nous le retrouvons acteur dans Comme les 5 doigts de la main, d’Alexandre Arcady. Sa prestation est excellente en pharmacien juif très croyant et timoré. Le film est pourri de clichés et de personnages stéréotypés, toujours les mêmes depuis Le Grand Pardon (1982). Arcady est un juif qui a quitté l’Algérie à 15 ans. La thématique de la communauté juive exilée revient constamment dans son œuvre. Le réalisateur pied-noir a une grande admiration pour le cinéma de genre américain. Son palmarès est émaillé de polars et de thrillers, avant de basculer dans la comédie. Arcady réussit toujours à décrocher de gros budgets. Dommage que son style n’ait pas évolué en 28 ans.
Nicolas Boukhrief , lui , se renouvelle. Après Le Convoyeur (musclé) et Cortex (subtil), il réalise un troisième policier, Gardiens de l’ordre, avec Cécile de France et Julien Boisselier. Deux agents de police sont accusés injustement d’une bavure. Les deux équipiers se rebiffent et décident d’employer tous les moyens pour prouver leur innocence. Ils infiltrent les milieux de la drogue. Cécile de France se métamorphose pour les besoins de la cause. Elle dit préparer soigneusement ses tournages pour habiter progressivement ses personnages. La jeune belge est très crédible dans une intrigue serrée. Boukhrief crée une atmosphère tendue, très noire et parfois trop violente, sur le mode des séries B qu’il affectionne.
Patrice Gilly