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Une fois n’est pas coutume, on vous parle de courts métrages, à l’occasion du Brussels Short festival, qui se déroule du 29 avril au 9 mai. Le court est un art difficile. On le compare volontiers à la nouvelle en littérature. Il faut du talent pour captiver le spectateur en peu de temps (max 20 minutes), avec une histoire bien ficelée, peu de personnages et de lieux de tournage. Les plus grands réalisateurs ont fait leurs gammes en passant par cet exercice qui, jadis, était diffusé en avant programme des séances de cinéma. Bien rôdé, le festival bruxellois propose un menu copieux et varié: compétition nationale et internationale, des clips, des très courts, des animations, des fictions. Pour sa treizième édition, le Brussels Short Film Festival consacre une de ses thématiques aux "Allemagnes" : l’occasion rêvée de découvrir des archives inédites du ministère de la sécurité de la RDA ou des films évoquant la période de la Guerre froide. Plusieurs films dépeignent le quotidien de la censure et de la répression, notamment en compilant des archives de la Stasi, la terrible police politique de l’ex-Allemagne de l’est. D’autres courts, plus légers et anecdotiques, donnent leur vision de l’histoire à travers des souvenirs d’enfance, une voix radio ou le témoignage d’astronautes de la RDA.
Venons-en maintenant aux sorties de la semaine. Avec Liberté, qui éclaire lyriquement une zone d’ombre de la deuxième guerre mondiale : l’extermination de milliers de Tsiganes européens et les camps de concentration français dédiés spécialement aux gens du voyage. Toni Gatlif a choisi la fiction solidement documentée pour retracer un épisode dramatique de l’histoire des Romanichels. Les Gitans, Tsiganes ou Manouches, descendent des Roms, qui veut dire "hommes" en Hindi. Les ethnologues s’accordent sur l’origine indienne de ceux qu’on dénomme aussi bohémiens. Dans l’Inde brahmanique, ils exerçaient des métiers considérés comme impurs, genre boucher, tanneur ou ferronnier… Exclus du droit de sédentarité, ils ont donc migré partout dans le monde jusqu’à la Première guerre mondiale. Les gens du voyage ont souffert et souffrent toujours de la méfiance et de la persécution des populations locales. Ils sont encore entre 12 et 15 millions en Europe. Toni Gatlif, né de mère gitane, rend hommage à un peuple opprimé, mais jamais gavé de liberté.
Autre sortie historique de la semaine : Agora, un hommage à Hypathie, femme philosophe et astronome au IVième siècle ap. JC. Un film très contemporain sur fond de guerres de religion. Hypathie est athée. Elle paiera de sa vie l’attachement à sa conviction inébranlable de remettre en doute ses croyances. Elle refuse donc de croire aveuglément en Dieu sur l’injonction d’un évêque chrétien, religion montante à force de répression à l’égard des païens d’abord, des juifs ensuite. L’époque est violente et intolérante, ce qui n’empêche pas de s’interroger sur l’architecture de la voûte céleste. Les intuitions d’Hypatie ont été confirmées 11 siècles plus tard. Chapeau bas, Madame.
Chapeau aussi à la quinzaine de jeunes qui lancent ZinéGlüb, premier cinéclub Arenberg pour les 15-25 ans. L’équipe fonctionne de manière quasiment autonome, épaulée par le cinéma d’Art et Essai des Galeries de la Reine à Bruxelles. Les jeunes visionnent, sélectionnent et programment les films. Ils conçoivent également des outils de promotion (affiches, dépliants, logos). L’objectif est de développer un regard moins commercial sur le cinéma. ZinéGlüb affiche, le 5 mai prochain, à 19 heures, Unmade Beds d'Alexis Dos Santos, en avant-première, avec la jeune actrice belge Deborah François. L’équipe junior a plébiscité ce film, qui croise les destins d'une jeunesse en quête d'identité, d’amour et d’évasion dans le quartier branché d'East End à Londres. La projection sera suivie d’un verre offert aux spectateurs, en musique et dans une ambiance inspirée du film. Une animation photos saisira l’instant et un tourne-disque est mis à la disposition du public. Chacun est convié à s’improviser DJ et à apporter ses vieux 45 tours… ou ceux de ses parents! Après le 5 mai, ZinéGlüb continue un mercredi par mois, dès 17h30. Toutes les infos sur www.arenberg.be/zineglub !
Patrice Gilly