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Alice est revenue. Après le dessin animé de 1951, les studios Walt Disney ont demandé à Tim Burton de revisiter le pays des merveilles. Alice a 13 ans de plus (soit 21 ou 23 ans), un bel âge pour se marier. La jeune fille refuse un mariage arrangé avec un Lord aussi inconsistant que riche. Elle préfère suivre un lapin blanc avec un réveil qui indique l’heure du retour dans un univers fantasmagorique. Alice replonge dans les profondeurs de la terre en tombant dans un trou ouvert dans une souche. Avant d’entamer sa promenade, elle rapetisse et grandit tour à tour. Elle change fréquemment de format ensuite, de 15 cm à plus de 6 mètres. Comme si la demoiselle hésitait entre le passé et le présent. Comme elle se demande toujours si elle vit un rêve ou la réalité. "Mais si c’est un rêve, c’est mon rêve, je décide." On peut y voir un avertissement du réalisateur qui balaye à l’avance les mauvaises critiques. Quoiqu’il en soit, Alice est toujours aussi franche et curieuse, elle n’en fait qu’à sa tête.
Treize ans après, les jumeaux Bonnet blanc et blanc bonnet sont toujours là, de même que la chenille Absolem, le chat du Cheshire et le chapelier fou sous les traits de Johnny Depp. Celui-ci s’en donne à cœur joie, étiré entre la reine rouge et la reine blanche. Les animaux sont très sympas, les humains assez grotesques. La touche délirante Burton se marque surtout dans les décors, assez sombres, animés par des personnages hauts en couleurs. Le plus imaginatif des réalisateurs américains a mélangé prise de vue réelles, animation et effets spéciaux dans 2500 plans à effets visuels, en 3 D. Vous verrez Alice par le petit bout de vos lunettes spéciales censées donner du relief à une histoire qui en a déjà beaucoup au départ. C’est un peu fourre-tout et cela manque de poésie et de simplement merveilleux. Les arrière-plans figés donnent toute latitude aux personnages pour dynamiser un voyage long de deux heures.
Le combat final a des relents de Jeanne d’Arc terrassant le dragon et lorgne vers le jeu vidéo. La pureté triomphe du mal, la jeunesse terrasse la laideur On suit sans surprise les péripéties assez sages de notre Alice très mûre pour son âge. Revenue à la surface du monde réel, elle dit zut à son prétendant désigné et cingle vers la Chine, un pays plein d’avenir, dit-elle. La mondialisation a encore frappé.
L’imaginaire de Tim Burton en vaut bien un autre. Il n’égalera jamais celui du lecteur qui reprend avec délice le roman de Lewis Carroll, alias le révérend Charles Dodgson, honorable professeur de mathématiques à Oxford. Ce brave homme aimait raconter des histoires fantastiques aux petites filles.
Quel est l’avenir d’Alice au cinéma après cette septième version sur grand écran ? La réponse dépend de l’adhésion des spectateurs à la vision de Burton. Les inconditionnels du cinéaste fou fou de Sleepy Hollow et d’Edward aux mains d’argent seront probablement fidèles au maître. Ceux qui n’ont pas lu le livre apprécieront un film incontestablement hors de l’ordinaire de la production moyenne. Encore qu’avec un peu moins d’effets spéciaux et de la magie (fine) en plus, Big Tim rallierait l’unanimité. Son Alice nous laisse sur notre faim. Pas la jeune actrice qui l’incarne. Mia Wasikowska fait merveille dans le rôle, à défaut de figurer sur l’affiche, centrée plein cadre sur Johnny Depp. Les studios Disney aiment les valeurs sûres.
Patrice Gilly