Le Ligueur et mon bébé Les petites annonces La Ligue des familles Partenaires

Les coups de cœur du Ligueur

Rubriques : | Cinéma | Jeux vidéo | Livres | Musique | Théâtre |

Coeur Coeur Coeur

La Régate et Shutter Island

La Régate et Shutter Island

La Régate a déjà bien écumé les festivals avant d’apponter sur les grands écrans. Ce film belge  été primé à plusieurs reprises, notamment à Namur. Le film tourné sur les rives mosanes a décroché le prix du public, juste retour pour un enfant du cru qui a grandi dans la souffrance et le silence. Bernard Bellefroid aborde avec pudeur, justesse et dignité la maltraitance familiale souvent vécue dans la honte et la culpabilité.

Alexandre a 15 ans et la rage au corps. Il lâche toute son énergie dans son sport, l’aviron, investi à 100% pour garder la tête hors de l’eau. La violence qu’il ne peut renvoyer à un père tortionnaire, Alexandre la retourne contre lui. Il canalise ses forces vers son objectif  vital : remporter  le championnat de Belgique d’aviron. Son entraîneur (Sergi Lopez) veut croire en lui, en dépit d’une absence inexpliquée de plusieurs mois. Il n’a aucune idée de l’enfer vécu par son protégé, dont le père souriant passe régulièrement au club pour suivre son fils.
Dans le huis clos de leur appartement, le sourire du père s’efface en rictus pour houspiller, harceler et cogner. Le scénario se reproduit à l’identique : tentative maladroite d’aborder Alexandre, petite tape amicale sur le dos et puis ça dégénère. Le fils subit, courbe l’échine. Il aime son père. Il perçoit sa détresse affective  (on ne voit jamais la mère) et sa misère sociale. Père et fils travaillent dans le même supermarché sous les ordres d’un petit chef  humiliant et malhonnête. Thierry, brimé au boulot, passe sa frustration sur Alex. Pourtant, celui-ci prend parti pour son père quand il est licencié.
Progressivement, Alexandre s’ouvre un peu aux autres, contraint et forcé par son entraîneur qui lui colle un partenaire pour ramer à deux. Mais le lien fils/père est fort. Comment renier son père sans désavouer,  un amour fondateur, celui d’un enfant envers son géniteur.

La grande qualité de Bernard Bellefroid est d’avoir évité le piège du pathos. Dans un portrait paru dans Le Ligueur du 16/12/2009, il nous disait que "La Régate aurait pu être beaucoup plus brutale. La famille est un point de départ. Après, j’élargis. Je refuse de tourner un drame clos. Je fais un film pour le spectateur, pas pour les spectateurs. Le cinéma porte un regard différent sur le monde. C’est au spectateur d’agir. Un fils battu est pris en tenaille, soit il baisse la tête, soit il rend les coups. Riposter, c’est stupide, c’est singer l’autre, c’est s’abaisser à son niveau. Il n’y a pas d’issue pacifique à un tel dilemme, faut déchirer."
L’étudiant de l’Insas, non diplômé, a déchiré en transformant la douleur en forme. Le spectateur perçoit qu’il ne faudrait pas grand chose pour que ces deux là s’entendent. Mais pour s’entendre, il faut se parler, Thierry et Alexandre en sont incapables. L’avenir du fils est possible, s’il brise carcan paternel. Le fera-t-il ?
Joffrey Verbruggen est impressionnant dans le rôle d’Alexandre. Thierry Hancisse réussit à camper un père à la fois  indigne et poignant. Le jeune réalisateur  accompagne son film lors de multiples présentations publiques. Ne manquez pas son témoignage, départ d’un renouveau affectif toujours possible.


Shutter Island

On pourrait croire que Leonardo Di Caprio est le fils maudit de Martin Scorsese. Shutter Island signe leur quatrième collaboration. A 35 ans, une fois encore, l’acteur incarne un anti-héros, fragile et tourmenté au propre et au figuré. Etrange relation qui unit le réalisateur de Taxi Driver et la figure de proue du Titanic. Martin a révélé des facettes insoupçonnées de Leonardo en le poussant dans ses derniers retranchements. Shutter Island est un hôpital psychiatrique, isolé du monde où les patients subissent des expériences inédites. Leonardo déteste les rats, il y en a plein dans le film. A le voir grimacer, on sent que son aversion pour le rongeur est réelle. Le film est adapté d’un roman de Dennis  Lehane qui avait également inspiré Mystic River de Clint Eastwood. L’italo-new-yorkais reste un réalisateur hors pair, très dur avec son "fils" acteur prodige. Déconseillé aux âmes trop sensibles


Patrice Gilly

 

 

Autres coups de cœur pour cette rubrique

 

Les choix du ligueur
Concours de la semaine
Les favoris du ligueur
Donnez-nous votre avis...


Copyright © 2002-2012 Ligue des Familles | Droits d'utilisation | Politique de confidentialité | Site réalisé par Create2.be