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Après Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte avec brio un nouveau best-seller, Lovely Bones, traduit en français La Nostalgie de l’ange. Des millions de lecteurs ont lu le roman d’Alice Sebold. Susie meurt assassinée à 14 ans dans les années '70. Elle passe dans l’au-delà, sans quitter vraiment ceux qu’elle aime. Elle observe sa famille éplorée depuis une antichambre de la mort dont la palette de couleurs, merveilleuse ou inquiétante, varie selon ses humeurs. Susie hésite à franchir la porte vers l’inconnu. "L’entre-deux" où elle stationne amplifie ou embellit les sentiments et les situations d’en bas.
La culpabilité ronge son père. Trouver l’assassin de sa fille disparue, jamais retrouvée, tourne à l’obsession. La mère de Susie craque, elle abandonne le foyer. La sœur de Susie nourrit de gros soupçons à l’égard d’un voisin célibataire. Lindsey mène sa propre enquête. Heureusement, une grand-mère excentrique aère une famille figée dans la douleur. Elle ouvre les rideaux et laisse entrer la lumière dans des existences désespérées. "Il faut vous remettre à vivre"
De là-haut, mais d’assez près, Susie (son âme ?) observe le tourment de ses proches. Parfois, son père et sa sœur sentent sa présence, comme cette image du reflet d’une bougie sur la fenêtre, à l’arrière-plan d’une maquette de bateau embouteillée, œuvre commune du père et de la fille juste avant le drame. La flamme réelle et reflétée symbolise la part du défunt qui subsiste ici-bas.
Susie n’arrive pas à lâcher prise et permettre ainsi aux êtres aimés de faire leur deuil. Laisser les choses aller leur cours naturel. Comprendre que les disparus revivent en nous, dans le souvenir léger des bons moments passés ensemble. Peter Jackson est aussi doué pour l’intimisme que pour le gigantisme. Il joue sur les couleurs pour dépeindre trois univers différents : tonalités ternes pour le voisin enfermé dans sa phobie, chatoyantes pour les limbes de Susie et teintes chaudes pour la famille en pleine ébullition des années 70. La musique de Brian Eno, douce et envoûtante réussit l’imbrication entre l’entre-deux-mondes et la terre. Le réalisateur néo-zélandais a gommé les parties sombres du roman. Il réussit joliment à nous emmener dans un monde surnaturel et à rendre attachants des personnages confrontés au tragique et au merveilleux.
Vincere
Le film d’un vétéran du cinéma italien nous plonge dans l’époque fasciste des années '20. Marco Bellocchio met en lumière le destin tragique d’Ida Dalser qui aima éperdument Benito Mussolini et lui donna un enfant. Celui qui allait devenir le Duce se détache de son amante à mesure que grandit son pouvoir. Il finit par la répudier et la fait interner dans un asile d’aliénés. Ida ne souffre d’aucune maladie, sinon celle de la témérité qui la pousse inlassablement à dénoncer la lâcheté de l’idole du peuple dont l’effigie trône partout. C’est le seul contact que le fils de Mussolini aura avec son père, contempler sa statue dans les couloirs de son internat. Mère et fils décèdent dans l’anonymat et leurs corps sont jetés dans une fosse commune. Ida Dasler incarne la rébellion au fascisme, un statut non revendiqué, toute occupée à clamer sa qualité de mère du fils du Duce et s’obstinant dans une pulsion morbide à être reconnue comme telle.
En vieux routier, Bellochio joue magistralement sur plusieurs registres : mélodrame, lyrisme, analyse historique (avec des images d’archives inédites). Vincere paraît un peu long, mais très court au regard du calvaire vécu par Ida, interprétée remarquablement par Giovanna Mezzogiorno.
Un ange à la mer
Je termine par un film inspiré de l’enfance de Frédéric Dumont qui signe son premier long-métrage à 48 ans. Le Ligueur vous en a parlé dans son édition du 20 janvier (et dans la rubrique En savoir plus, où vous pouvez retrouver une interview du réalisateur). Le cinéaste aborde la tragédie d’un enfant prématurément confronté à une responsabilité insoutenable pour ses épaules de 12 ans. Un jour son père lui confie un secret, dans la pénombre de son bureau : ce soir, je vais me tuer. La vie de Louis est fracassée. Il se sent investi d’une mission impossible, sauver son père. Etre son ange gardien, un ange qui se noie en enfant brisé. Le film a été tourné au Maroc. La lumière contraste avec l’obscurité du gouffre vertigineux dans lequel le père plonge sa famille. Frédéric Dumont a mis près de huit ans à sortir son ange de la mer. Il a maintenant une fille de 3 ans. Il a dû attendre 44 ans pour évacuer complètement le secret de son père. Encore une fois, le cinéma confine à l’art-thérapie. Un film terriblement troublant. Trop ?
Frédéric Dumont a établi un dossier pédagogique à l’intention des enseignants du secondaire disponible sur www.unangealamer.be.
Patrice Gilly