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Les coups de cœur du Ligueur

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Océans

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Océans

Les vagues explosent dans un éclaboussement d’écume et submergent les digues. Les flots déferlent avec une puissance inouïe. Des myriades de gouttes d’eau s’élèvent aux cieux. Le moutonnement blanc des nuages fige le jaillissement tonitruant des océans. Ciel et mer, mer et ciel, il y a comme une osmose entre ces deux espaces mystérieux. Le documentaire passionnant de Jacques Perrin et de Jacques Cluzaud sonde les abysses d’une nature qui a tout essayé sur les couleurs, les formes, les masques étranges du monde sous-marin. Quatre années de tournage ont pénétré doucement les sanctuaires où les espèces évoluent en apesanteur, avec grâce et légèreté, sans craindre l’homme. Océans livre des images merveilleuses, tournées au moyen de caméras adaptées aux circonstances. Le défi était de créer une proximité avec des créatures sauvages, de suivre leurs ébats au plus près. Nous assistons médusés à un combat de boxe entre une souille mante et un crabe. Nous piquons vertigineusement sur un banc de sardines avec les fous du Cap. Nous fondons devant un bébé loup de mer collé à sa mère. Avec leurs caméras, les plongeurs collent aux dauphins, ils nagent avec les requins. Des images extraordinaires, splendides, fascinantes d’un univers invisible, insoupçonné, foisonnant.

Faire ressentir, sans dénoncer

Le peuple des océans est libre et cruel. L’orque dévore l’otarie, les frégates apprennent à chasser sur de jeunes tortues. L’animal tue pour survivre, jamais gratuitement, au contraire de l’homme qui sectionne des ailerons de requins avant de rejeter le squale mutilé, voué à une mort affreuse. L’humain est un prédateur aveugle. Il a perdu de ses cousins aquatiques la vertu de l’équilibre du vivant : ne prendre que le nécessaire. Pourtant, ces êtres des profondeurs nous ressemblent dans plusieurs de leurs attitudes et postures, à l’image du labre à tête de mouton. Pourquoi l’évolution s’est-elle coupée net pour eux, alors que nous avons quitté l’eau pour nous ancrer sur terre?

Cette biodiversité est précieuse et fragile, comme le souligne discrètement Jacques Perrin à la fin du voyage bleu et or. A l’inverse de Yann Arthus-Bertrand ou de Nicolas Hulot, le réalisateur du Peuple migrateur mesure ses propos. Les filets des pêcheurs trucident en quelques années des espèces issues d’une longue évolution. La pollution distille son poison dans l’immensité. Les eaux cristallines virent opaques sous le regard dégoûté des morses. Nul besoin de commentaire pesant pour souligner la nécessité de vivre en bon voisinage avec tous les vivants. Nous n’avons pas de planète de rechange. Jacques Perrin est confiant, la préservation des biotopes a commencé. Remercions-le et son équipe d’avoir composé cet "un opéra sauvage". Comme il l’explique dans la plaquette de présentation du film : "Chaque plongeur cameraman, chaque opérateur a apporté des fragments de la partition : celle d’un hymne à la mer. "

A découvrir aussi: le site internet du film Océans, avec notamment un espace pédagogique.

Patrice Gilly


Les Chats persans

Autre sortie de la semaine: ce film qui dresse un portrait, en musique, de la jeunesse à Téhéran aujourd’hui. Une dizaine de clips d’Indie rock parsèment les pérégrinations d’Askhan et de Negar pour former un groupe et gagner l’Europe. Les autorités bannissent la musique moderne, soupçonnée d’érotisme et de déviation occidentale. Les jeunes déploient une ingéniosité folle et courageuse au fond des caves et dans les étables pour jouer et chanter leur rejet de la censure et de l’oppression. La persécution des idées et des artistes pousse la jeunesse locale à l’exil, au renoncement identitaire ou parfois à la perdition dans l’alcool ou la drogue. Les Chats persans sont néanmoins plein d’humour et d’énergie et nous montre en outre une capitale sans voile. Bahman Ghobadi a opté pour un montage haché et un objectif vérité, dans une lumière floue qui reflète parfaitement l’impasse d’une génération moderne condamnée à vivre "underground". La partition musicale enchaîne plusieurs genres : rock, blues, métal et même un rap qui apostrophe Allah. Allez donc voir, dans un esprit documentaire, comment miaulent les Chats à Téhéran…

P. G.

 

 

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