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Grosse semaine avec 6 nouveaux films à l’affiche. J’ai choisi d’attirer votre attention sur Rien de personnel, une comédie sociale, ce qui me permet d’évoquer la santé du cinéma français et belge.
Mathias Gokalp aborde le monde de l’entreprise, rarement traité sur un mode absurde et fictionnel. Le personnel d’une firme pharmaceutique est convié à une réception pour le lancement d’un nouveau produit. Les invités sont priés de participer à un jeu de rôles qui masque une charrette de licenciements. Le déroulement de la soirée est montré plusieurs fois selon différents points de vue. Le jeune réalisateur a réuni une solide distribution, sans grande stars, afin de crédibiliser sa fable sur l’univers impitoyable du travail. Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Zabou Breitman, Mélanie Doutey et notre Bouli Lanners (grand improvisateur devant l’éternel) servent leur personnage et nous font avaler facilement la répétition des situations. Le procédé aurait pu lasser, au contraire il intrigue. Les redites, bien agencées, ménagent des zones d’ombres propices au suspense. Le spectateur se prend à recomposer le puzzle d’une méthode ignoble de licenciement. Heureusement, quelques salariés gâchent le scénario imaginé par un grand patron assez cynique. Rien de personnel incite doucement à la révolte, celle qui gronde parfois en nous et que nous taisons souvent.
Mathias Gokalp a étudié le cinéma en Belgique. Une partie de son équipe provient de l’Insas. Les Belges adorent les comédies, les films d’action et d’aventure quelle que soit la nationalité du cinéma. Le label belge n’est pas un gage de qualité pour le public local. En revanche, la production nationale a
une excellente réputation à l’étranger. La ministre de la Culture aimerait aussi améliorer l’image du cinéma belge intra muros. Fadila Laanan a donc renforcé la politique de promotion des longs-métrages du cru.
L’an dernier, la fréquentation des salles est restée stable chez nous, mais les films francophones belges sont loin d’avoir cartonnés, à part Les barons. La France est logée à la même enseigne. La part de marché du film français a reculé de 6% en 2009, alors que les salles d’outre- Quiévrain accueillaient 200 millions d’amateurs de belles toiles, un record du jamais vu depuis les années 60. Avatar a mis son grain de sel en totalisant 8 millions d’entrées sur les 2 dernières semaines de 2009.
Le recul du film français est à nuancer ; un phénomène comme Les Ch’tis (20 millions d’entrées) est exceptionnel. Plus inquiétant, le recul notable du cinéma français à l’étranger, chiffré à – 20 % de spectateurs. Avec 5.3 millions d’entrées mondiales (sur 66 millions), Coco avant Chanel enregistre moitié moins d’entrées qu’Astérix aux Jeux olympiques en 2008. Vous voyez que les gens préfèrent les comédies…
Pour séduire à l’étranger, il faut des films à fort potentiel international. Coco Chanel est connue dans le monde entier, Cinéman, vrai nanar franchouillard n’est visible qu’en Normandie, et encore. De là à perdre son identité pour attirer le plus grand nombre, il y a un pas à ne pas franchir. Témoin, les journalistes étrangers en poste en France qui ont élu Welcome leur meilleur film 2009. Un grand lauréat, tourné avec de petits moyens, planté à Calais, sur les candidats immigrés à l’affût d’un visa pour un monde meilleur. (voir les archives Coups de cœur).
Peu importe finalement la nationalité du réalisateur, seul compte l’universalité et l’authenticité du propos. La déshumanisation de la société est d’actualité dans de nombreux pays. Le comique est apprécié sous toutes les latitudes à condition de respecter le spectateur en proposant des œuvres talentueuses.
Dans la veine française, assez prolifique actuellement, je vous conseille aussi Une affaire d’Etat, augurant peut-être une reprise du genre politico-policier. Evitez Le Siffleur , préférez- lui In the Air , comédie douce amère de Jason Reitman, l’auteur du jubilatoire Juno,. Vous aurez en prime, qui d’autre (what else), George Clooney, lui-même (himself), au meilleur de sa forme.
Patrice Gilly