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A l’approche de Noël, En eaux troubles aborde le délicat sujet de l’infanticide. Le film du norvégien Erik Poppe, parle de rédemption et de pardon. Pourquoi pas finalement en cette fin d’année. La réinsertion de Jan, après 8 ans de peine, passe par le temple de Dieu. A sa sortie de prison, il est engagé comme organiste dans une église protestante. La métaphore est évidente, Jan entame son chemin de croix, la vie normale sous le poids de la faute indicible. Il joue seul dans une église vide, livré à lui-même. Le pasteur local porte un fardeau aussi. C’est une mère célibataire au physique d’ange. Elle ignore tout du passé criminel de l’adolescent à l’époque, qui a noyé un enfant. Apparemment, la foi est seule salvatrice. "L’important est de croire au miracle. Tout le monde a droit à une seconde chance. Dieu a un but pour chaque chose, même le mal." Le réalisateur assume pleinement ce parti-pris religieux. Qui d’autre que le bon pasteur accepterait de soutenir un tueur d’enfant ?
La maman de la victime, elle, ne pardonne pas. Elle croise le bourreau en accompagnant une visite scolaire à l’église où Jan officie avec brio. Il joue divinement et donne le meilleur de lui-même au clavier. Il s’abandonne totalement. Sa musique émeut la mère. Elle lève les yeux pour voir l’organiste et voit avec horreur la cause de son tourment accueilli dans un lieu sacré. Sacrilège, hurle-t-elle. Désormais, elle va traquer Jan, le harceler jusqu’à lui faire avouer l’inavouable, l’inexcusable. Jan répète invariablement qu’il n’a pas voulu la mort de l’innocent, que c’était un accident. Il refuse d’assumer l’horreur de son acte. La "révélation" surgira au cours d’une scène dramatique et assez artificielle, où Jan admettra avoir commis l’irréparable. Enfin soulagé d’un silence pesant, il peut continuer à vivre. Agnès, la mère, est libérée également. Elle accepte enfin la mort de son enfant, déniée jusqu’à l’hystérie. Elle ira jusqu’à enlever un garçon qui ressemble au disparu.
Jan Poppe livre un récit très construit, un peu démonstratif, pour s’interroger sur la destinée d’êtres déchirés par la douleur. Comment se supporter après un acte odieux ? Que se passerait-il si la mère rencontrait le tortionnaire de sa chair ? Des questions auxquelles En eaux troubles répond clairement. Il est nécessaire d’affronter la réalité, aussi dure soit-elle, sans se mentir à soi-même. Fuir ou affronter. L’intérêt recèle dans l’exposé des deux points de vue, celui de Jan et d’Agnès. Au milieu du film, on change de perspective. Le regard de la mère submerge le spectateur jusqu’au final, où les protagonistes reviennent à la source du drame. Nul doute que cette œuvre détonante dans le paysage du cinéma alimentera de chaudes discussions (notamment entre croyants et non croyants) autour des repas de fêtes. Le distributeur, Imagine, s’est beaucoup impliqué pour soutenir la sortie d’un film grave et troublant.
Piano forestier
Parmi la kyrielle de dessins animés et de longs- métrages d’animation programmés pour les vacances, Le piano dans la forêt joue une jolie partition pour les enfants dès 8 ans. Mozart, Beethoven et Chopin résonnent sous les doigts d’un virtuose rebelle, en grâce avec un mystérieux instrument d’où sortent des sons inouïs. Kai n’a pas appris à jouer, il a la passion chevillée aux doigts. Il éblouit Shuhei qui, en bon technicien, prépare un concours chez sa grand-mère. Shuhei convainc Kai de présenter le concours. Masajuki Kojima porte à l’écran un manga très populaire au Japon, mêlant rivalité, amitié, apprentissage et répertoire classique, magistralement interprété par le célèbre chef d’orchestre et pianiste russe, Vladimir Ashkenazy. Un régal pour les yeux et les oreilles, une belle entrée en matière pour apprécier la grande musique.
Patrice Gilly