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Quelle belle animation !
L’image animée est à la fête en cette fin d’année. Kerity, la Maison des contes et Avatar incarnent le passé et le futur du cinéma d’animation. L’illustratrice Rebecca Dautremer dessine l’aventure de Natanaël plongé dans les livres de contes. James Cameron nous embarque dans des univers virtuels fabuleux. L’une travaille à la main, l’autre à la machine. Leur point commun : exciter l’imaginaire dans toutes ses dimensions.
Kerity s’adresse aux enfants de 3-6 ans. A 7 ans, Natanaël ne sait toujours pas lire. Il connaît l’alphabet,seulement les lettres s’envolent quand il veut lire à voix haute, Les mots restent coincés au fond de sa gorge. Il est trop rêveur peut-être…
Personne ne vit sans rêve, disait sa tante Eléonore en lui lisant les aventures de Peter Pan, de Pinocchio et d’Alice au pays des Merveilles. A la mort de sa chère tante, Natanaël pousse la porte interdite et découvre une bibliothèque extraordinaire garnie des premières éditions des contes classiques. A son grand étonnement, les personnages qui ont bercé son enfance sont sortis des albums. Perchés sur les rayons, ils attendent que "l’élu" ait lu oralement la formule magique inscrite au-dessus de la porte : ce n’est pas parce que c’est inventé que ça n’existe pas. Si leur petit
compagnon échoue, ils disparaîtront des livres et les enfants devront écouter des histoires vraies. Inimaginable, n’est-ce pas ?
Les personnages évoluent en 2 D dans des décors figés. Ca change de la 3 D et des rebondissements en cascade. Le dessin de Rebecca Dautremer porte un charme désuet. L’influence de l’Asie transparaît dans le style épuré et la palette de couleurs douces. Les héros de contes sont remis au goût du jour. L’univers est celui du réalisme fantastique. Les petits spectateurs seront ravis de suivre une histoire simple où seuls bougent les mots et les personnages. On suit l’histoire un peu comme celles que papa ou maman racontent avant d’aller dormir. Ce dessin animé à l’ancienne est reposant et évite la surenchère d’effets spéciaux.
Le contraire d’Avatar, truffé d’images de synthèse, tourné en 3 D stéréoscopique. Le réalisateur du Titanic et d’Abyss a attendu 15 ans pour que la technologie soit capable de concrétiser son avatar. Les ordinateurs ont assemblé les Na’vis, humanoïdes extraterrestres bleus aux grands yeux jaunes. Ces
personnages artificiels sont animés par le jeu des acteurs qui ont joué durant un an sur un immense plateau de capture des mouvements. Leurs gestes, leurs postures, la moindre de leurs expressions faciales étaient encodées et intégrés ensuite dans les créatures bleues. On ne peut s’empêcher de souligner la similitude avec l’histoire déployée à l’écran. Pour approcher la peuplade vivant sur la planète Pandora, l’ADN des humains est combiné avec celui des Na’vis, de façon à produire un hybride ou Avatar. Préfiguration de l’intelligence artificielle ?
En tout cas, le résultat est stupéfiant. Les Na’vis ont l’air d’humains maquillés, alors que ces personnages ne sont que des gigas amas d’octets. James Cameron et son équipe ont explosé les techniques d’animation modernes. Ils ont créé plusieurs procédés qui feront date dans l’histoire du cinéma d’animation allant jusqu’à utiliser une caméra virtuelle pour filmer dans des décors virtuels, issus de l’ordinateur.
La palette graphique est infinie, la nature luxuriante paraît plus vraie que nature. Pourtant tout est image reconstituée. Saluons cette performance qui en met plein la vue, en osant mêler les genres : science-fiction, guerre des étoiles, heroic fantasy, western, Rambo, Robocop et j’en passe…
Dommage que cette grande saga manque d’humour, de poésie et de ressort scénaristique. La prouesse technique a accaparé les énergies. Cameron prend du plaisir à faire joujou avec ses trouvailles. Le spectateur n’a pas le temps de rêver, d’imaginer, tellement le spectacle grandiose sature le regard. Un regard tri dimensionné par les lunettes de vision qui donnent une profondeur de champ conforme à nos perceptions visuelles habituelles. Il faut s’habituer au port des lunettes et accepter un léger assombrissement de l’image. Le cinéma mise énormément sur la 3D pour ramener le public devant le grand écran. Le pari est jouable à condition de concilier puissance binaire et chaleur sentimentale. Sinon, l’artifice outrancier des effets spéciaux fera long feu.
Patrice Gilly