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Ma vie pour la tienne
Rien de tel qu’un bon film familial, un peu mélo, légèrement sirupeux et un brin surjoué pour inciter à réfléchir sur des thèmes aussi graves que le droit à disposer de son corps, l’acharnement thérapeutique et le sens de la vie. Nick Cassavetes émeut dans plusieurs scènes, notamment lorsque Kate, condamnée, sort de l’hôpital, pour respirer le grand air de la mer. L’escapade a lieu contre la volonté de la mère, déterminée à sauver sa fille coûte que coûte. Au point de faire un bébé éprouvette, pourvoyeur d’organes et de moelle dès sa naissance pour sauver sa grande sœur de 2 ans atteinte d’une maladie incurable.
La survie de Kate mobilise la famille. Sara (Cameron Diaz), abandonne sa carrière d’avocate et s’engage dans une lutte à vie contre la mort. Elle n’en réfère à quiconque, pas même à Kate, qui fléchit de traitement en traitement. Le père suit et subit jusqu’à finalement se révolter contre l’entêtement inhumain de son épouse.
Après 14 ans de souffrance, Kate jette le gant et imagine un subterfuge qui traduira sa soeur pourvoyeuse de survie et sa mère devant les tribunaux. La procédure judiciaire semble la seule issue pour ébranler le zèle maternel, habitué à surmonter tous les obstacles. Un grand déballage familial a lieu dans le prétoire. Le fils aîné, assez effacé, met les pieds dans le plat et décille les yeux de Sara.
Un enfant peut-il être procréé dans un but déterminé, aussi louable soit-il ? Les parents peuvent-ils nier le libre arbitre de leurs enfants ? De quels moyens dispose l’enfant pour défendre le droit à disposer de son corps ? Un enfant doit-il être sacrifié pour un autre ? Anna est venue au monde (artificiellement) pour sauver sa sœur. L’enfant donneur passe un nombre incroyable de fois sur le billard pour soulager Kate. Bébé, gamine, adolescente, la sœur cadette est chaque fois emportée dans la détermination obstinée de sa mère, censée la protéger. Sauver sa fille aînée est devenu la cause vitale de l’avocate. Elle est incapable de renoncer à un combat perdu d’avance et destructeur pour son entourage.
Le réalisateur nous montre des parents apeurés, dans le déni, au contraire des enfants, complices d’un plan étonnant pour stopper le rouleau compresseur maternel. Le scénario est habilement construit, dans une constellation de points de vue. Kate s’exprime tardivement, juste au moment où le spectateur se dit, mais elle, que veut-elle ?
Ma vie pour la tienne laisse augurer également d’une médecine apprentie sorcier, tentée de manipuler le génome humain pour enfanter des enfants sur mesure. Il est grand temps que l’éthique gagne la frange du corps médical prête à toutes les aventures au nom du progrès, encouragé par des parents viscéralement attachés à leur progéniture. L’amour aveugle est ravageur. Le film de Cassavetes réussit à passer le message avec tolérance et un certain doigté. Voilà un cinéma qui émeut, questionne et passionne, prélude à des débats infinis sur notre finitude.

Altiplano
Personne n’a cure des Indiens de Turubamba qui meurent mystérieusement de saturnisme. Ils ne pèsent rien face aux compagnies minières qui pillent leur terre. Saturnina perd son fiancé parti lui chercher de l’eau du glacier pour respecter la tradition. La belle gardienne de la Vierge locale dénoncera radicalement le scandale de l’exploitation minière, qui assassine les habitants, voisins de la concession.
Une caméra récupérée après la mort d’un médecin belge dénoncera l’injustice. Une caméra que la femme du médecin, jadis photographe en Irak, ne veut plus manipuler après le meurtre de son guide sous ses yeux. Grace rejoindra Saturnina au Pérou, sans la connaître, ni la croiser... Toutes deux ont perdu l’être aimé. L’âme ou l’esprit des 2 veuves se mêlent dans une imagerie symbolique et mystique. Les paysages sont sublimes, la musique est envoûtante. Le couple Peter Brosens et Jessica Woodworth (résidents dans le Namurois) osent le voyage méditatif parsemé de réalisme politique. Un mariage réussi à condition de se laisser aller au rythme lancinant d’une histoire sans trop de paroles. Olivier Gourmet (le médecin) cautionne la démarche d’un cinéma militant, enrobé dans un esthétisme parfois outré, souvent fascinant.
Patrice Gilly