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Les coups de cœur du Ligueur

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Les barons

Les barons

Les Barons, c’est tout bon !

3 Belges d’origine marocaine en BM(W) frimant dans les rues de Molenbeek c’est louche, non ? Détrompez-vous, la voiture est la co-propriété de 8 potes du quartier. Chacun roule à tour de rôle un huitième du temps. "C’est vrai, j’t’l jure, sur ma mère."
Nabil Ben Yadir, réalisateur des Barons, confirme : tout ce qui est dans le film est vrai. Les Barons, c’est l’histoire de sa rue, de son quartier, de sa communauté d’origine marocaine.  Dans la rue, le temps ne passe pas. Alors, on fait durer. On raconte une blague "pourrie" pendant une heure. Ce qui compte, c’est la manière de raconter et le temps écoulé.
Nabil choisit l’humour pour dépeindre une réalité assez morose. Il a écouté sa maman qui lui disait : "Nabil, pourquoi quand il y a des films sur nous, c’est toujours des méchants, pourquoi c’est toujours triste, pourquoi c’est toujours la pluie, pourquoi toujours la police ? On veut plus  pleurer, maintenant on veut rire !"
Et il y va Nabil. Aucun sujet n’est tabou : la virginité des femmes, le chômage, le fatalisme, le terrorisme (avec cette délirante Sprl  Al Quaida). L’ancien baron joue sur tous les registres : burlesque, comique de situation, poésie, dérision, tendresse. Le réalisateur oublie les codes du film de banlieue et crée son style, s’appuyant sur une narration à la première personne. Il y a des trouvailles, surtout au début du film. Ca part à  100 à l’heure, on jubile et on se demande où s’arrêtera pareille verve devenue tellement rare sur les écrans. Bien sûr, c’est inégal et parfois facile, mais jamais longtemps.
Il fallait oser tourner décalé sur un sujet aussi délicat que ces barons bien réels, pour lesquels l’inactivité est un état d’esprit perpétuel. "Pour réussir, il faut quitter le quartier dit Hassan, double de Nabil."  Au risque de quitter aussi sa culture ? Au risque peut-être  de choquer la Communauté maghrébine, qui pourrait rire jaune devant certaines scènes  ou de conforter les Belges, appellation contrôlée, dans leurs préjugés à l’égard de compatriotes assez différents.


Le réalisateur mise audacieusement sur l’humour et la sincérité pour atténuer des propos assez décapants. Cette fable au pays d’Hassan, Aziz, Mounir et Malika est une grande première, qui promet de fameuses discussions à Schaarbeek, Molenbeek, Forest et au-delà.




La Siciliana Ribelle
, un destin assumé.

Encore un film basé sur une histoire vraie, mais cette fois le récit est tragique. Il est question d’identité aussi, celle à laquelle Rita Atria renonce, pour dénoncer sa famille mafieuse. Rico Amenta avait déjà  consacré un documentaire à cette fille de 17 ans, qui en 1991, se rebelle contre la loi du silence, en confiant son journal à un procureur de Palerme. Ces écrits journaliers, entamés à 12 ans, serviront à monter un procès retentissant contre la mafia. En parlant à la justice, Rita coupe avec sa famille, renie son sang. Un "contrat" est placé sur sa tête. Ses jours sont comptés. Elle va devoir se terrer, changer d’identité, renoncer à son prétendant, voué corps et âme à la Camorra. Sa mère la renie, jusque sur sa tombe. "Un grand vide s’installe en moi, dit-elle, que tout le monde agrandit." Rita finit par admettre que son père et son frère sont des assassins. Que se faire justice n’est pas la justice. Son cheminement est exemplaire, déterminé, âpre dans ses affrontements, avec le procureur, incarné par un surprenant Gérard Jugnot. La sicilienne rebelle résiste à l’oppression, elle rejette le pouvoir macho des "hommes d’honneur." Et si au début, le procureur est un allié obligé, il deviendra son seul soutien. Le magistrat périt dans un attentat durant le procès. Une semaine après, Rita se suicide. Elle savait qu’elle mourait jeune. Un film poignant qui se clôt sur les paroles de la jeune fille : Impossible de changer le monde, mais si on fait tous quelque chose, alors cela changera un peu.   


Patrice Gilly

 

 

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