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La télévision braque son œil sur les bandes urbaines, violence extériorisée dans la rue. Michael Haneke, lauréat de la Palme d’or à Cannes, sonde la violence larvée dans un village rural et protestant, dans l’Allemagne de 1913.
Le cinéaste autrichien dépeint (en noir et blanc*) la rigidité et la répression d’un système éducatif fondé sur la soumission à l’ordre familial, social et religieux. Les hommes maltraitent les femmes et les enfants. Les rapports sociaux sont hiérarchisés. Les référents sont bien visibles : le père, le pasteur, le baron, le médecin, la police et l’instituteur. Seul ce dernier est aimable, bien qu’il a l’intention d’épouser une fille de 17 ans, bien jeune au regard de ses 31 ans de maître d’école.
Je ne rallie pas le chœur de louanges entonné au Ruban blanc, mais je salue le potentiel du propos. Question de tempérament. J’aime vibrer au cinéma. La distance et la froideur délibérée de Haneke m’ont empêché "d’entrer" dans le film. Il est difficile de s’identifier ou d’éprouver de la sympathie pour un
personnage, du pasteur bastonneur et vertueux, au médecin incestueux, en passant par le père violent et des enfants pétris de duplicité. Quel épouvantable monde était l’Allemagne à la veille de la guerre. Comparé à l’époque, aujourd’hui, c’est le paradis. Jadis, l’épouse baissait la tête devant un mari omnipotent et omniscient, les pères battaient et humiliaient leur progéniture, persuadés que c’était pour leur bien.
L’humiliation, souligne le réalisateur, est le terreau de tous les extrémismes, politiques et religieux. "La souffrance et l’humiliation préparent le terrain à une idée pervertie. L’idée va se transformer en idéologie. J’observe toujours le même processus : l’humiliation, une idéologie qui s’empare de cette souffrance et l’espoir que cette idéologie y mettra fin." La génération du ruban blanc a généré partiellement le nazisme.
La première éducation marque l’enfant à vie. Elle conditionne son équilibre et son intégration douce à la société. Une étude française note que des facteurs familiaux et environnementaux influencent le comportement futur des enfants. La qualité de l’attachement et de l’éducation délivrée par les parents, la qualité de la relation entre eux, la violence véhiculée par les médias, favoriseront ou non des comportements agressifs ou antisociaux.
Le Ruban blanc est une belle palme d’or, glacée et glaçante, qui peinera, comme la plupart des premiers prix cannois, à trouver un large public. Michael Haneke montre sans démontrer. Il laisse le spectateur se forger son opinion, il lui demande d’aiguiser son regard. J’ajouterai que la lecture des longues interviews accordées sur la Croisette amplifie opportunément la vision d’une œuvre très politique.
Ne tardez pas à voir ce film primé. En effet, 70% des films restent moins de 3 semaines à l’affiche. Bruxelles et la Wallonie comptent 221 salles, soit 1 pour 20000 habitants (moyenne européenne 1/15000). C’est peu pour les 434 sorties en 2008. Les francophones belges boudent leur cinématographie. Les films soutenus par la Communauté française rallient un petit 2.5% des spectateurs. En Flandre, les productions locales dépassent régulièrement les 100000 entrées.
Rien ne vaut pourtant l’émotion du grand écran, à condition de présenter une programmation mêlant habilement art et essai, grosses productions et bonne facture. Les Grignoux, à Liège semblent avoir composé le cocktail gagnant. Un an après l’ouverture des 4 salles de la Sauvenière, la fréquentation a augmenté de 40%.
P.G.
(*) Le film a été tourné en 35mm couleur, plus sensible à la lumière choisie que la pellicule noir et blanc photochimique. Ensuite, le film a été transféré en numérique noir blanc, pour se rapprocher au mieux des photographies de l’époque.