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Nous sommes tous des enfants perdus. Ces mots apparaissent en filigrane de nombreux films projetés à Namur, au récent Festival International du Film Francophone. Les enfants devenus grands restent fragiles. Ils ont poussé trop vite, souvent embarqués dans une inversion des rôles. Le jeune doit soutenir un adulte dépressif, accablé par la vie (séparation, deuil, maladie) ou carrément incapable d’assumer son statut de parent.
Les deux grands jurys du festival ont couronné le même film : J’ai tué ma mère, (sortie chez nous le 9 décembre 2009) du québecois Xavier Dolan. Anne Dorval, qui joue la mère remporte le prix
d’interprétation aussi. Le meurtre maternel est symbolique évidemment, ce qui n’empêche pas des disputes violentes entre un fils de 17 ans et une mère suffocante. Manifestement, cette femme larguée par son mari n’était pas faite pour élever seule son enfant unique. On ne naît pas père ou mère, on le devient. Le couple mère/fils entretient une relation amour/haine. Le conflit atteint son paroxysme avant de se dissoudre dans des retrouvailles, sur les lieux de l’enfance d’Hubert. Ah, il est loin le bon temps de l’insouciance.
De nombreux cinéastes ont choisi le grand écran pour parler de ce qui n’a pas été avec leurs géniteurs. Eté, du verbe être. Les parents et les enfants sont de moins ensemble. Ils ont du mal à se trouver, à se parler. La société ne leur laisse plus le temps de s’apprendre, de s’entendre. Xavier Dolan, lauréat du Bayard d’or interprète lui-même l’adolescent rebelle de J’ai tué ma mère. Certains dialogues sont transposés directement de son histoire. Le grand écran fait office de catharsis.

C’est flagrant dans La Régate, prix du public. Alexandre, 15 ans, tente d’échapper à la violence du père. Il se lance à corps perdu dans une compétition d’aviron. Le réalisateur, le namurois Bernard Bellefroid, a quitté sa ville natale après une jeunesse tumultueuse "pour mieux se reconstruire ailleurs. Je connais bien Alexandre, J’ai longtemps regardé le monde avec ses yeux. A l’époque, je ne me rendais pas compte que c’était grave. J’avais fini par croire que la violence était un langage comme les autres. J’ai toujours su que ça deviendrait un film"
Nos cousins du Québec insistent sur le déclin de la figure paternelle. Vingt ans après publication, Père manquant, fils manqué, l’ouvrage de leur compatriote psychologue, Guy Corneau continue à marquer les esprits. Tel père, tel flic décrit une thérapie de groupe en pleine nature, entre papas fistons en panne de parole tendre. L’humour rocambolesque distille quelques vérités bien senties sur le machisme et la lâcheté de pères empêtrés dans leur conformisme. Le modèle du père autoritaire a vécu, les nouveaux papas cherchent encore leur identité. Ils sont mal, confrontés à des femmes plus dominatrices, plus conquérantes et plus sûres d’elles. Cette absence de référent paternel et un père souvent absent accentuent un penchant vers l’homosexualité. Plusieurs œuvres évoquent le sujet frontalement.
Le FIIF a honoré sa réputation d’agora des cinématographies francophones. De l’Afrique à l’Europe, en passant par l’Amérique, la famille dans tous ses états inspire des cinéastes qui n’hésitent pas à exposer leur histoire pour s’en détacher et nous aider à mieux vivre la nôtre.
P.G.