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Al Gore fait des émules en France. Après Yann Arthus-Bertrand et Home, Nicolas Hulot lance le Syndrome du Titanic, nouveau cri d’alarme sur l’état de la planète.
L’adresse vibrante et sombre du présentateur d’Ushuaïa a des accents de fin du monde. Nicolas Hulot associé au photographe Jean- Albert Lièvre assemblent le catalogue des absurdités d’une croissance économique imbécile. Plus que le texte, ce sont les images qui frappent. Pyramides d’ordinateurs déclassés, enfants d’Afrique faméliques, mégalopoles tentaculaires, photo paysagère sur les palissades d’un chantier de gratte-ciel… les images choquent et s’entrechoquent dans un montage délibérément politique. Ces touristes qui mitraillent les habitants sidérés d’un village namibien, pour ramener un peu de couleur locale, se rendent-ils compte de leur indécence ?
Le documentaire brasse large et peut-être trop à la fois. Le panorama des crises défile : alimentaire, économique, financière, démocratique. "Nous consumons, nous ne consommons plus", constate Hulot. Il est urgent de choisir au lieu de subir, de valoriser l’essentiel et non le superflu. A quoi sert-il de bâtir une ville champignon dans le désert (pays du Golfe pétrolier) alors que cette femme américaine vit depuis 20 ans dans sa voiture après la vente forcée de sa maison.
"Le modèle dominant n’est pas la solution, c’est le problème." Les phrases incendiaires agacent souvent, énoncées à la première personne et parfois proférées sur le ton du prédicateur. Nicolas Hulot n’aurait pas dû lire lui-même le commentaire. Je le redis, les images importent plus que la parole. Muet, Le Syndrome du Titanic est aussi dévastateur pour la conscience.
Le promoteur du pacte écologique a le mérite de s’engager et de déranger ceux qui en ont marre des films catastrophe sur l’écologie malade. Ce sont les mêmes qui défendent la croissance envers et contre tout. Hulot se dit perdu devant le désastre d’une humanité devenue majoritairement urbaine. "On vide le sang de la terre. Nous devons mettre des limites, préserver, partager, renoncer." Son film écoeure souvent, mais sans-doute faut-il choquer pour changer nos modes de vie, destructeurs de la Nature et de l’Homme. On ne peut éternellement tourner le dos à la réalité. Que sommes-nous prêts à lâcher de notre petit confort au profit du bien-être global ?
Le film a ses moments lyriques. "Nous sommes tous reliés dans une vibration de vie. Nous faisons partie d’un tout, du ciel, de l’humus, de l’humain." L’homme est capable du pire et du meilleur. Le champignon atomique de la bombe d’Hiroshima apparaît à l’écran. Il s’évase en haut de l’image. Les retombées de la déflagration dessinent un large tronc soutenant la coupole de radiation. On dirait un arbre, genre séquoia. Troublant. Un des pères de la bombe, Oppenheimer : si une communauté est capable d’une telle horreur, je suis sûr qu’il y aura aussi une communauté pour un sursaut si un grand danger menace.
Acceptons-en l’augure, diraient Nicolas, Al, Yann. A nous de bouger le curseur vers plus de relationnel et moins de matériel.
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P.G.