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Les coups de cœur du Ligueur

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Welcome, sans attendre

Welcome, sans attendre

Humanité, fraternité, paternité, le dernier film de Philipe Lioret prend au cœur et aux tripes. Welcome, c’est  inscrit  sur le paillasson du voisin de palier de Simon, maître-nageur à la piscine de Calais. Le voisin incarne le Français minable, délateur, lorsque Simon héberge Bilal, un jeune Kurde, migrant clandestin.  Car sachez-le, bonnes gens, à Calais la police est payée pour que "la ville ne devienne pas un camp de réfugiés." D’ailleurs, l’aide à une personne en situation irrégulière est passible de 5 ans de prison.

L’ex-femme de Simon est une de ces bénévoles qui sert les pâtes dans une cantine ambulante, près de l’enceinte du port, d’où chaque jour partent les ferries vers l’Angleterre, sous le regard impuissant des centaines de clandestins coincés à 30 km de l’Eldorado. Marion a quitté Simon après 10 ans de vie commune, parce qu’il se coule dans l’indifférence générale face à la détresse des sans abris et dans papiers.
Simon n’encaisse pas  cette rupture. Pour reconquérir Marion, dans un premier temps, par dignité et filiation ensuite, l’ancien champion de natation, va aider Bilal dans un pari fou : traverser la Manche à la nage pour rejoindre sa promise, vouée à un mariage forcé. Bilal et Simon plongent ensemble dans cette chimère, avec des motivations différentes, mais tous deux par amour.
Au bord du bassin, Simon peaufine les mouvements de Bilal. Il quitte les bords de son existence machinale pour s’impliquer enfin dans le rêve de cet adolescent surgi de nulle part, après 6400Km à pied et si déterminé. Lui, Simon, n’a même pas traversé la rue pour retenir Marion quand elle est partie.
Les barrières tombent rapidement entre le maître et l’élève, mais la Manche reste un mur infranchissable. Pourtant, la caméra de Lioret nous montre régulièrement les côtes anglaises, si proches et, si lointaines, sur fond de ciel bleu incertain, devant lesquelles glissent soudain, majestueux,  ces ferrys géants, inaccessibles à Bilal, si petit et fragile face aux eaux tumulteuses   qui l’appellent et le terrifient.  
Les personnages vibrent sincèrement et, du coup, donnent du relief à une réalité sociale que La France occulte depuis la fermeture du centre d’accueil de Sangatte, tout comme nos politiques tergiversent  pour régler le statut des sans papiers.  Les acteurs portent en eux une humanité et une cohésion révélées au cours de lectures collectives préliminaires de leurs rôles. Le film est dense, intense et terriblement beau dans ses images aux couleurs naturalistes. L’indicible parle aux travers de gestes contenus, d’attitudes discrètes, amenant chaque spectateur à se dire que, oui, ces gens-là me ressemblent.
Courez voir ce grand film, à la portée des petits et des grands. A regarder en famille, comme cette mère et sa fille de 10 ans, qui a beaucoup aimé. « C’est  beau, même si c’est triste ». La beauté anime la démarche de Philippe Lioret qui aime à dire que "l’oeil ramène du beau tout le temps."
 
 
Patrice Gilly
Philippe Lioret a déjà réalisé   Je vais bien, ne t’en fais pas et L’équipier. Vincent Lindon,  formidable  Simon, emmène une distribution au diapason. (Welcome,

 

 

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