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Cheval de guerre, La vérité si je mens ! 3, Café de Flore, Albert Nobbs...

Cheval de guerre, La vérité si je mens ! 3, Café de Flore, Albert Nobbs...

Steven Spielberg chevauche plusieurs genres avec Cheval de Guerre, d’abord cheval de ferme avant d’être chair à canon dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.
Genre 1, le film pour enfants. Le jeune Albert réussit à apprivoiser l’étalon rebelle acheté sur un coup de tête par son père. Joey montre sa force et son courage en labourant obstinément une terre grasse, lourde. Joey et Albert sauvent la propriété et l’unité familiales
Genre 2 : le mélo de guerre. Joey est vendu à l’armée britannique en marche vers le front français. L’horreur des tranchées succède à la rudesse bucolique. Quelle image merveilleuse que celle où Joey galope sur le champ de bataille, entre les tranchées, sous un déluge de feu, libre et indestructible. Quelle scène émouvante lorsque deux soldats ennemis signent une trêve pour libérer le fougueux destrier enferré dans les barbelés, continuation du manifeste contre l’absurdité de la guerre entamé dans Il faut sauver le soldat Ryan.
Genre 3 : classique Spielberg. Albert retrouve Joey. Le fils ramène le cheval à son père en Irlande. Le plan final rend hommage à L’Homme tranquille de John Ford (1952) sur fond de soleil couchant. Oubliée la séparation cruelle entre l’homme et l’animal, entre un père et son fils. Film après film - E.T., Rencontres du 3e type, La guerre des mondes - Spielberg sublime la séparation originelle de ses parents, en créant des images épiques, modernes et tournées vers son enfance. Cette constance unifie un Cheval de guerre hybride, déroutant par le mélange des genres et incongru dans la filmographie Spielberg comme l’était 1941, farce sur l’attaque de Pearl Harbor.

On prend les mêmes et on recommence. Une éclipse de 11 ans n’a pas entamé l’amitié des cinq Juifs du Sentier, hommes d’affaires aux fortunes diverses. A défaut d’être originale, La vérité si je mens 3 ! bénéficie de la tonique complicité de cinq acteurs (R. Anconina, J.Garcia, B. Solo, V.Elbaz, G.Melki) qui se retrouvent comme les doigts de la main. Thomas Gilou se met au goût du jour ; il convie les textiles chinois à la table de négociations et il convertit Patrick le fraudeur en contribuable exemplaire, succombant au charme de sa contrôleuse. Sinon, ça arnaque, ça rigole, ça "kiffe grave les meufs" comme en 1997.

Le comique potache aime les bandes et Les Boloss bandent mou après leurs études. Quatre garçons dans le vent quittent leur Angleterre "ennuyeuse, sérieuse, et étouffante" pour une semaine en Crète, en quête de sexe, de filles, de filles et … de sexe. Ces pré-adultes puceaux bandent leurs muscles et leur petit cerveau pour enflammer de plus belles qu’eux. Boloss ne rime pas avec beau gosse. Lassant au bout d’une demi-heure, parfois plus touchant qu’American Pie. Adapté d’une série télé britannique à succès monstre. Les Anglais ont toujours été spéciaux.

Quel micmac ce Café de Flore. Jean-Marc Vallée s’était fait connaître chez nous avec C.R.A.Z.Y, portrait de famille drôle et émouvant. Le Québécois mélange deux histoires, deux époques, un foule de thèmes (trisomie, relation fusionnelle mère/enfant, séparation, opposition ado/parent...) dans un long film doucement mélodramatique. Le spectateur est fort sollicité. On lui demande d’abord de surmonter sa réticence prévisible aux théories de la réincarnation. D’un point de vue sociologique, la tentation de l'ésotérisme marque une nouvelle étape dans la liquidation de l'éducation chrétienne qui a imprégné le Québec. Après la psychanalyse, voici les vies antérieures pour trouver du sens à sa vie. Ensuite, le spectateur doit se muer en limier pour repérer les indices discrets reliant deux destins de 1969 à 2011. Finalement, c’est encore la musique qui déroule le mieux le fil conducteur d’une mère (Vanessa Paradis) élevant de manière fusionnelle son enfant trisomique à un père (Kevin Parent) de deux enfants, infidèle, happé par l’âme sœur et des affinités inconscientes. Sa femme, la magnifique Hélène Florent, inconsolable, cherche maladivement pourquoi l’homme de sa vie la quittée. Antoine est heureux mais il a l’impression "d’avoir merdé", confie-t-il à son psy. Il reste étrangement "attaché" à Hélène. Serions- nous tous reliés ? Claude Lelouch a son successeur au Québec. J’ai toujours eu un faible pour Un homme et une femme

Albert Nobbs s’est fait passer pour un homme durant 30 ans afin de décrocher une place dans une Irlande en crise économique au 19e siècle. Glenn Close interprète magnifiquement ce majordome qu’elle a joué au théâtre. La femme manquée nourrit un rêve en fin de vie : ouvrir une boutique, si possible avec Helen (Mia Wasikowska), dont elle est secrètement amoureuse. La femme de chambre sort quelques fois avec ce "monsieur qui n’est pas un homme ordinaire", profitant des cadeaux de Nobbs, chocolat, whisky, argent, qu’elle refile à son cupide amant. Rodrigo Garcia (Mother and Child) réalise académiquement le récit d’une "vie misérable" qui laisse de marbre.

Aucun doute, dans Sport de filles, les femmes assurent. Josiane Balasko dresse son homme, Marina Hands dresse son cheval jusqu’à ce que Bruno Ganz, dresseur et dressé (par les femmes) se redresse en fin de parcours (d’obstacles). Une longue mise en place des personnages disparaît dans le sable des pistes de dressage. Patricia Mazuy abuse des métaphores sexuelles, plombe un peu plus l’ambiance à coup de riffs tonitruants à la John Cale et oublie d’écrire un scénario pour gagner le concours du public. Les chevaux sont magnifiques.

Jeff Nichols, une des promesses du jeune cinéma indépendant américain, connaît ses classiques et admire Terence Malick. Il allie brillamment suspense psychologique et écologique dans Take Shelter (A l’abri), le film le plus intéressant de cette semaine. Curtis (Michael Shannon) bosse dur pour nourrir sa femme (Jessica Chastain) et sa fille muette. Des cauchemars récurrents, des hallucinations prémonitoires semblent le faire basculer dans la paranoïa. Curtis déroute son entourage en prédisant une catastrophe apocalyptique que confirment des cieux tourmentés, changeants, zébrés d’éclairs striant un Middle West rural, aux vastes étendues. Les horizons s’étirent à perte de vue, sauf pour ce père de famille lancé dans la construction d’un abri genre atomique derrière sa maison. Cet homme est-il fou au point de compromettre son couple ? Et s’il avait raison ? Nichols maintient l’ambiguïté jusqu’au bout. Ce parti-pris énigmatique suscite à la fois l’angoisse et amène aussi à s’interroger sur le véritable sujet du film : crise du couple, délire métaphysique ou déracinement d’une Amérique à la dérive ? Un questionnement enfoui au plus profond de l’être réduit à scruter le ciel pour y lire son avenir. Le jeune réalisateur montre une belle palette graphique et manie avec brio un style allusif.

CinéFemme a invité Monsieur Lazhar dimanche 5 février à 10h45 au Cinéma Galeries (ex-Arenberg), Galerie de la Reine à Bruxelles. Philippe Falardeau aborde avec finesse et tendresse les thèmes du deuil, de l’immigration, de l’école. Ce très beau film sort le 7 mars prochain. J’y reviendrai abondamment.

Patrice Gilly

Au cul du loup, A tout jamais, Margin Call, Or noir, Les papas du dimanche, La femme du Vème, Une bonne vieille orgie : retrouvez la chronique de la semaine dernière en cliquant ici.

 

 

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