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Au cul du loup, A tout jamais, Margin Call, Or noir...

Au cul du loup, A tout jamais, Margin Call, Or noir...

Sur un coup de tête, Christina part en Corse, Au cul du loup, prendre possession de la maison héritée de sa grand-mère. Elle quitte le Pays noir pour la lumière d’un pays inconnu qui séduit son âme rebelle. Un père chômeur, un frère bon à rien et un fiancé sous la coupe de son père composent un ordinaire plombant pour cette historienne de l’art réduite à travailler à la pizzeria de son futur beau-père. La détermination de Christina secoue son petit monde englué dans une vie tracée définitivement. À 30 ans, la fille d’Alberto cherche son bonheur ailleurs, dans la reconstruction d’une masure en ruine, mais habitée de soleil. Les fenêtres donnent sur une nature sauvage, indomptable et belle comme l’énergie de Christina attachée à épouser les us et coutumes des lieux. Un beau berger l’aide à trouver ses marques et à remonter le passé familial. À Charleroi, le père fait une thrombose, le fils l’aide à se retaper et ensuite, tous deux retapent la maison de Christina. Chacun reconstruit quelque chose, galvanisé par la fille et la sœur qui a osé reprendre sa vie en mains. Christelle Cornil sublime ce premier film de Pierre Duculot, amoureux de la Corse. Le cinéaste adopte un style épuré au service d’une révolte exemplaire contre la résignation qui fige souvent une Wallonie frappée par le chômage et la régression.

 

Le Belgique est le deuxième pays européen à avoir légalisé l’euthanasie le 28 mai 2002. Le débat parlementaire sur la mort légale fut de haute tenue et d’une grande dignité. Aucun applaudissement ne salua le vote d’un texte qui remua les consciences, les convictions philosophiques et religieuses. Mario fut le premier bénéficiaire de la loi. Il mourut délibérément le jour de ses 40 ans, atteint d’une double sclérose en plaques, insupportable pour lui. A tout jamais (Tot altijd) relate le combat singulier de ce fonctionnaire de la ville de Gand, bien soutenu dans sa souffrance par sa famille et ses amis. Son entourage ne comprend pas son choix alors que d’autres sclérosés, bien plus handicapés luttent pour survivre. "Ce sont mes héros", dit le médecin-chef d’un centre de revalidation, hostile au renoncement de Mario. Celui-ci admire la force de caractère de ces survivants, mais il est incapable d’accepter la diminution de ses facultés intellectuelles, de sa mobilité et surtout sa dépendance. Même son fils n’entame pas sa détermination. Nic Balthazar, auteur de Ben X, traite avec retenue et courage un sujet grave, obligeant le spectateur à regarder la mort droit dans les yeux. La chronique d’une mort annoncée saisit bien le désarroi et le questionnement des proches, confrontés à leurs propres angoisses. "Peut-être que si nous affrontions mieux la mort, nous affronterions mieux la vie aussi", pense Mario. A tout jamais n’évite pas le pathos, ni quelques longueurs finales, mais quel film interpellant, à voir seulement en Flandre et à Bruxelles. Le distributeur flamand est en effet échaudé par l’insuccès des productions belges néerlandophones au sud du pays.

Du haut des gratte-ciels new-yorkais, les traders n’entendent que les clics de leurs souris et le cash qui coule sur leurs comptes en banques. Ils prennent des risques insensés pour tenir un train de vie à deux millions de dollars par an. Les écrans veillent jour et nuit. Les machines liquident et prennent des positions seconde après seconde, des milliards passent d’un portefeuille à l’autre. La bulle spéculative repose sur des équations obscures, des prises de risques, de l’adrénaline, rien de solide. Un nouvel engagé, débauché de l’aérospatiale, spécialiste des modèles mathématiques, découvre que la firme centenaire a pris des risques démentiels et qu’elle est au bord du krach. Un comité de crise, sous la houlette du grand patron, n’a qu’une nuit pour arrêter la meilleure stratégie. Margin Call raconte cette longue veillée, vécue par Lehman Brothers (le nom n’est pas cité) en 2008. Le père du réalisateur, JC Chandor, travaillait dans la finance. Il a tuyauté le fiston qui signe un huis clos captivant dans une tour de verre où se reflètent les lumières de la ville. Les financiers dominent la cité, chutent et rebondissent après avoir ruiné des millions de petits porteurs. Les gros et les pros recommencent à flamber avec l’argent des autres. "Ma perte d’aujourd’hui, c’est ton gain", refrain répété à l’envi lors de la vente massive de toutes les positions de la firme. Huit milliards de dollars échangés en une journée, des gros bonus pour le personnel licencié dans la foulée. La compression de personnel après la décompression des bourses. Effrayant. Jamais le cinéma n’a mieux cerné la démence d’un système financier cupide et incontrôlable. Exit le séduisant Gekko de Wall Street, place aux thrillers réalistes sur le capitalisme financier.

Des dollars encore, ceux du Qatar, investis dans Or noir, de Jean-Jacques Annaud. Après le football et la filiale luxembourgeoise de Dexia, les Emirs misent sur le cinéma et tentent un pari syncrétique pour rapprocher Arabes traditionnels, modernistes et compagnies pétrolières. Dans les années 1930, deux tribus s’opposent sur l’exploitation du corridor jaune, en plein désert, institué en no man’s land par traité et scellé par la prise en otage des deux enfants du vaincu. Un des fils épouse la fille du vainqueur puis se retourne contre son beau-père en se rapprochant de son père, ennemi des pétroliers américains. Jean-Jacques Annaud (L’Ours, Le nom de la rose, Stalingrad) a suffisamment de métier pour cornaquer une distribution très internationale (A.Banderas, T.Rahim, F.Pinto), de grands espaces et de grands sentiments. Mais il s’époumone à chercher le souffle de Lawrence d’Arabie. Ni historique, ni épique, Or noir souffre d’un manque d’inspiration, qu’un désert mal photographié et un exotisme de pacotille accentuent encore.

Les papas du dimanche aurait dû être titré au singulier. Louis Becker (La tête en friche, Dialogue avec mon jardinier) a préféré garder le titre du livre de François d’Epenoux. Rien de bien neuf sous le soleil des pères paumés après une séparation. Sauf qu’Antoine tient à ses trois enfants comme à la prunelle de ses yeux. Au point de tergiverser devant les avances de la belle Jeanne (Hélène Fillières). Thierry Neuvic a un physique mais manque d’intériorisation en père exemplaire. Il anime une série de saynètes convenues dans un téléfilm qui se verra sans ennui un samedi après-midi.

Étrange, fantastique, romanesque, La femme du Vème vit dans les entre-deux. Le "moi" de Tom Ricks est ailleurs. L’écrivain américain est égaré dans un Paris entre canal et chemin de fer, dans un non-lieu interlope. Il a été malade, il veut voir sa fille, il a envie de réécrire. Il rencontre une muse potentielle. Elle lui dit : tu es un homme brisé, dans la dèche, tous les ingrédients pour écrire une tragédie. Pawel Pawlikowski épanche son âme slave au fil de beaux cadres empreints de solitude. Il nous laisse indécis à la frontière du réel, comme Tom à la lisière d’une schizophrénie supposée ou réelle. L’interprétation d’Ethan Hawke et de Kristin Scott Thomas, sans oublier Joanna Kulig en serveuse poète, donne un cachet indéfinissable à cette adaptation d’un roman de Douglas Kennedy.

A good old fashioned orgy représente un genre mineur prisé aux Etats-Unis, celui de la comédie graveleuse, modèle American Pie. Remplacez les ados par des trentenaires en mal d’orgie ultime et passez l’écran débile.

Pour terminer sur un genre majeur, saluons l’initiative du Cinéma Styx. La salle de la rue de l’arbre bénit, à Bruxelles, inaugure le 30 janvier un cycle cinéma tchèque. Tous les derniers lundis du mois, à 19h30, un film tchèque contemporain, tourné après 1989, abordant des sujets d’actualité. Citoyen Havel inaugure le cycle, sur les traces pendant 13 ans du président récemment décédé.

Patrice Gilly

One Life, L’amour dure trois ans, Ma première fois, Americano : pour retrouver la chronique de la semaine dernière, cliquez ici.

 

 

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