Rubriques : | Cinéma | Jeux vidéo | Livres | Musique | Théâtre |
David Cronenberg projette sur écran la guérison par la parole chère au Docteur Freud et balbutiante chez son cadet de 20 ans, le docteur Jung. Les deux praticiens s’écrivent et se rencontrent au début du 20e siècle pour évoquer le cas de Sabina Spielrein (Keira Knightley), hystérique de 18 ans avec laquelle Jung expérimente les théories de Freud. Guérir avec les mots, vivre l’adultère avec sa patiente, contester l’autorité du père spirituel, n’est-ce pas Une dangereuse méthode ? Le réalisateur canadien signe un film d’époque, en costumes, lumineux, suivant une ligne claire pour débroussailler les débuts de la psychanalyse, vulgarisés dans une joute intellectuelle et idéologique entre deux éminents sondeurs de l’inconscient. Freud (Viggo Mortensen), juif et athée espérait que Jung (Michael Fassbender), aryen, beau et croyant lui succède à la tête d’un mouvement essentiellement porté par des juifs viennois. Leur premier contact dure 13 heures d’affilée. Un enthousiasme partagé puis rompu lorsque Jung confie à Freud entretenir une liaison avec sa jeune patiente. Jung guérit Sabina qui devient ensuite une psychiatre réputée en Russie, son pays natal. Elle est à l’origine de l’instinct de mort comme composante de la sexualité. Traitée ensuite par Freud, Sabina entretient une correspondance suivie avec les deux analystes, correspondance enfouie (refoulée ?) dans une cave à Genève. Christopher Hampton en a tiré une pièce de théâtre (Parole et guérison) et a scénarisé le film de Cronenberg. Celui lisse ses pulsions habituelles (eXistenZ, Spider, Une histoire de violence, Les promesses de l’ombre) - sans les renier - dans un récit centré sur la parole. Une dangereuse méthode dessine au fil des correspondances, des rencontres, des patients, le portrait des pionniers de la psychanalyse, discipline révolutionnaire dans une société austro-hongroise corsetée dans une morale rigide. Passionnant, bien documenté, bien interprété et édifiant sur le poids de l’ego dans les postures thérapeutiques. Jung réprime sa sexualité et la bannit dans sa pratique, Freud l’érige en pivot son approche. Le premier aura deux maîtresses, le second six enfants
Aki Kaurismäki fait escale à Le Havre, récent prix Louis Delluc, décerné au meilleur film français de l’année. Mes spectateurs référents ne tarissent pas d’éloges sur la chaleur rayonnante qui émane d’une petite communauté plutôt âgée, mobilisée pour sauver un jeune réfugié africain. Un vieux cireur de chaussures lui lance une bouée, lui dit Welcome et l’aide à passer en Angleterre. Le cinéaste finlandais confie des petits rôles à Pierre Etaix, Jean-Pierre Léaud et Luce Vigo (la fille de Jean), coup de chapeau à une époque révolue.
Straw Dogs (Chiens de paille) réécrit la première version de Peckinpah sortie en 1971, film culte sur la violence. Rod Lurie (Le dernier château) transpose l’histoire dans le sud américain profond, terre violente, peuplée de primaires croyants et impies. Amy revient au pays avec son jeune époux. Son physique explosif allume de vieilles mèches. David fait de son corps un rempart trempé dans un bain de sang. Dustin Hoffman était meilleur dans le rôle titre.
The darkest Hour (L’heure la plus sombre), série C en 3D assombrit Moscou et le spectateur au cours d’une invasion d’Aliens, feux follets dévoreurs d’humains. Infantile.
Hollywood, toujours en panne de scénario, ressort Titanic (avril) et le 4e épisode de la Guerre des étoiles (février) en 3D. Pourtant, le cinéma en relief est assez décrié : images trop sombres, inconfort des lunettes et surprix. Les exploitants de salle oublient souvent de régler spécifiquement un projecteur pour une séance 3D. Ce réglage varie selon la taille de l’écran, selon la distance entre le projecteur et l’écran. Les réglages de luminance se font aussi en fonction du format de l’image (scope, 2D, 3D, 1,85, 1,33…). L’idéal serait de changer de lampe pour chaque format. Impraticable, donc les réglages sont moyens. Si la 3D veut percer, elle doit être confiée à de bons réalisateurs et diffusée dans des conditions optimales. James Cameron, l’auteur du Titanic et d’Avatar testerait un effet relief sans binocles, basé sur l’augmentation du nombre d'images diffusées par seconde.
Le cinéma américain tourne en rond, remakes et suites abondent en 2012 : Spiderman, Batman, Bilbo le Hobbit , L’âge de glace 4, 23e James Bond et une constellation de héros Marvel vus en 2011 (Thor, Captain America, Iron Man) dans Avengers. Blanche-Neige réapparaît deux fois, en chair et en os sous les traits de Julia Roberts et de Kristen Stewart.
La bande dessinée inspire le monde entier, surtout la France. Laurent Tirard, papa du Petit Nicolas à l’écran met Astérix et Obélix au service de sa majesté (octobre). Edouard Baer succède à Christian Clavier en petit gaulois. Alain Chabat part Sur la piste du Marsupilami (avril) et L’élève Ducobu, gros succès en France l’an dernier, part en vacances (fin juin). Sans moi. Andrew Stanton (Wall.E) adapte John Carter, BD de science-fiction d’Edgar Rice Burroughs (mars).
En animation, une série de premières. Rebelle (août), un conte de fées Pixar ; La colline aux coquelicots, (janvier) dans le Japon des années 1960, par le fils de Miyazaki, fondateur des studios Ghibli. Les pirates (mars) retournent à l’animation en plasticine avec l’équipe de Mission : Noël. On espère voir enfin Zarafa (février), la girafe, grande amie du petit Maki.
Au rayon littérature, que du classique : Jane Eyre, Bel-ami, avec Robert Pattinson, La Taupe (février) de John le Carré, maître du roman d’espionnage et Cosmopolis. Cronenberg adapte le brillant Don Delillo et dirige Robert Pattinson (Twilight, c’est terminé en novembre) et Juliette Binoche.
Les grands se bousculent. Clint Eastwood grime Di Caprio en J.Edgard Hoover (janvier). Steven Spielberg apprivoise doucement (2h26’) un Cheval de guerre. Francis Ford Coppola renoue avec le cinéma fantastique 20 ans après Dracula. Twixt réunit Val Kilmer et la prometteuse Elle Fanning. Alain Resnais adapte librement Eurydice, la pièce de Jean Anouilh, portée par une pléiade de bons acteurs français : Vous n’avez encore rien vu. Tim Burton réalise simultanément Dark Shadows et Frankenweenie, visibles en mai et octobre.
Voilà pour les grands titres. J’attends de bonnes surprises aussi de petites productions, aux thématiques sociales. Et si on vivait tous ensemble (janvier), The best Exotic Marigold Hôtel (mars) donnent la vedette au 3e et 4e âge. Une vie meilleure de Cédric Kahn (le rôle de la maturité pour Guillaume Canet ?) parle du surendettement après le décevant Toutes nos envies. Daniel Auteuil incarne un patron de chantier naval combatif dans La mer à boire. Oranges and Sunshine dénonce un scandale concernant 130 000 enfants anglais forcés d’immigrer. Emily Watson, aussi dans Cheval de guerre joue l’assistante sociale qui révèle le trafic. Je suis curieux de voir ce que donnera Hunger Games, nouvelle saga pour ados, autour d’un jeu télévisé mortel dans une Amérique futuriste. Jennifer Laurence (Winter’s bone) joue serré. Trois épisodes sont déjà prévus
Et rira-t-on en 2012 ? Peut-être avec La vérité si je mens 3 (janvier) et Le plan parfait (octobre), emmené par le duo étonnant Dany Boon-Diane Kruger.
Une certitude, les Acteurs et le cinéma belges seront en vogue cette année. Jérémy Renier succède à Poelvoorde dans un film sur Cloclo (mars). Francois Damiens freine Torpedo en janvier et a Quartier libre plus tard.Vincent Rottiers campe un agriculteur irréductible dans L’hiver dernier (février). Pierre Duculot et Géraldine Doignon signent leur premier long : Au cul du loup (janvier)et De leur vivant. Chantal Akerman réapparaît avec un film fleuve dans le sud-est asiatique La Folie Almayer (février).Laurent Capelluto subit l’emprise de son pèredans Fils unique. A voir aussi sur les écrans,38 témoins de Lucas Belvaux (mars) et Little black Spiders (avril) de Patrice Toye.Deux films flamands complètent cette dizaine nationale : A tout jamais (janvier) et The Broken Circle Breakdown (octobre). Nic Balthazar avait réalisé l’excellent Ben X. Felix van Groeningen remuait la merditude des choses.
Si vous voulez suivre l’actualité du cinéma belge, cinergie.be fait peau neuve à l'occasion de ses 15 ans de présence sur Internet. Mis en ligne en 1996 par Jean-Jacques Andrien et Thierry Zeno, le site propose un annuaire de 5 990 professionnels et organisations du cinéma, des infos réactualisées des annonces et surtout 165 webzines avec 351 vidéos, 3 000 articles, entrevues, critiques. Pour ce 15e anniversaire, Cinergie réédite "A Chacun son cinéma - Cent cinéastes belges pour un centenaire".
CinéFemme présente son Prix 2011 en coup de coeur le dimanche 8 janvier, à 10h45 au cinéma Le Stockel, 17, avenue de Hinnisdael, à Bruxelles. Die Fremde, de Feo Aladag, décrit la genèse d’un crime d'honneur comme celui jugé récemment à la cour d’assises du Hainaut.
Patrice Gilly