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Immense coup de cœur. Le cinéma est une histoire de famille. Hugo Cabret salue la mémoire de Georges Méliès, le père des effets spéciaux dont on célèbre le 150e anniversaire de la naissance cette année. En 1956, Martin Scorsese a 13 ans. Il découvre Le voyage dans la lune tourné en 1902. Hugo a le même âge lorsque son père l’initie au cinéma en l’emmenant voir Robin des bois, avec Douglas Fairbanks. Le jeune orphelin partage ensuite son amour du grand écran en resquillant une séance avec sa copine Isabelle, orpheline comme lui. La magie du cinématographe se propage de génération en génération. A 69 ans, l’auteur de Taxi Driver et de Shutter Island tourne son premier conte pour enfant. La fabuleuse machine à capturer les rêves continue à inspirer le réalisateur américain au point de remonter le temps et de retourner aux sources d’une des grandes inventions du 20e siècle.
Le somptueux travelling aérien de départ ouvre sur un panorama de Paris et aboutit sur les yeux d’Hugo caché derrière un des cadrans de la gare Montparnasse. Voir sans être vu, aller au delà des apparences, nous voici à l’essence du cinéma. Tant qu’Hugo remonte les pendules sans être vu, il est en sécurité. Il a pris la suite de son père décédé dans un incendie. Il chaparde pour survivre et à ses moments perdus, il vole aussi des mécanismes chez un vieux marchand de jouets au regard éteint. Hugo essaie de réparer un robot laissé par son père. Il lui manque encore la clef en forme de cœur pour animer l’automate. Qui d’autre qu’Isabelle peut lui ouvrir son cœur… Coïncidence voulue par Brian Selznick, dessinateur d’Hugo Cabret qui a inspiré le film, le commerçant mélancolique a construit l’automate familial. Georges Méliès reconnaît son carnet de croquis dans les mains d’Hugo. Pour le gamin, c’est le début d’une course pour réhabiliter le grand cinéaste, auteur de 500 films entre 1902 et 1914. Ruiné avant la guerre, Méliès brûle son oeuvre. Une seule bobine échappe au saccage. Hugo organise une projection et redonne du tonus au cinéaste déchu, par ailleurs tuteur d’Isabelle.
Scorsese rend alors un hommage appuyé à Méliès en consacrant la deuxième moitié du film à la vie de son illustre confrère. Nous remontons à 1895, où L’entrée du train en gare de la Ciotat en 2D des Frères Lumière effraie le spectateur de l’époque (restitué en 3D) croyant que le train allait sortir de l’écran. Scorsese multiplie les extraits de films muets. On revoit avec bonheur Harold Lloyd, Buster Keaton et bien sûr Méliès
Hugo Cabret est féérique. Dante Ferreri, le directeur artistique de Fellini et de Coppola reconstitue brillamment le Paris des années 1930. L’envers des immenses horloges, entrelacs de rouages et, d’engrenages fascine Scorsese et prend du relief en 3D. Ces machineries renvoient aux coulisses d’un tournage, mélange de technique et d’artisanat, ébullition alchimique dont on ne soupçonne pas la complexité en découvrant le résultat à l’écran. Les rouages du destin sont prêts à tourner pour ressusciter Méliès, muré dans son passé. Le récit est jalonné de personnages secondaires attachants, autant de couples en quête de l’âme sœur : Mme Emilie et Mr Frick, l’inspecteur des gares et Lisette la fleuriste, sans oublier Mr Labisse, le passeur de livres. Autant d’êtres meurtris que le cinéma réconcilie avec la vie. Le film comporte également des morceaux de bravoure comme ce train fou qui transperce la gare de Montparnasse (fait réel), double du train de la Ciotat. Mais l’émotion l’emporte sur la technique. Comme L’Artiste, Hugo Cabret lance un hymne vibrant au cinéma, orchestré magistralement par un amoureux du 7e Art soucieux de préserver la mémoire des pionniers. Scorsese a d’ailleurs créé deux fondations pour restaurer et diffuser des films anciens. Hugo Cabret ne dépare pas ces classiques.
Happy New Year, film choral formaté pour la fin de l’année rate sa cible en multipliant à l’excès les destins croisés un 31 décembre, à Times Square, New York. C’est là que depuis 1907, un million de personnes et aujourd’hui un milliard de téléspectateurs regardent descendre une boule de cristal le long des gratte-ciels en décomptant les secondes qui séparent de l’an neuf. Gary Marshall a tourné en direct la descente de la boule de 485 kg et 3 500 ampoules. Ses douze caméras restituent très bien l’effervescence de cette soirée unique. Le réalisateur de Pretty Woman n’a pas lésiné sur la distribution, Michelle Pfeiffer en tête, parfaite en vieille fille coincée résolue à concrétiser ses rêves avortés. Hélas, le trop plein de personnages dilue cette comédie romantique dans une succession de séquences réparties équitablement, donc superficiellement, entre une dizaine de duos en peine d’amour. A voir éventuellement juste avant le réveillon ou revoyez plutôt Love Actually (2003) qui a manifestement inspiré ce joyeux Nouvel An.
Amour toujours dans La délicatesse. La gracieuse Nathalie (Audrey Tautou) tente de se reconstruire après la disparition prématurée de son jeune époux. Elle se noie dans le boulot jusqu’au jour où dans un élan aussi irrépressible qu’inattendu, elle embrasse goulument Markus, un collègue de travail transparent. Markus est sonné, tourneboulé et poète : "J’ai envie de voyager dans vos cheveux". Le ton est donné. David Foekinos et son frère Stéphane adaptent le roman à succès du premier. Le duo débutant à la caméra dessine de beaux angles après une première demi-heure laborieuse. Il enfile les gags sur un fil léger, tendre, burlesque, tiré par un François Damiens pataud et timoré, dans un rôle qui confirme son grand talent. Dommage que les Foekinos n’osent pas creuser davantage la veine comique. Ariane Ascaride, Françoise Chaumette, Christophe Malavoy assurent quelques participations amicales.
Imagine est friand de sorties décalées en période de fêtes. Au cœur de l’hiver, le distributeur belge nous offre un coin de campagne estival et lumineux. La clé des champs ouvre les tours et alentours d’une mare, rendez-vous de deux enfants rêveurs et taciturnes. Devenu adulte, Claude se souvient en voix off de ce bel été et de Marie, attirée comme lui par le monde mystérieux de cette étendue d’eau, terrain d’aventures inépuisable. La mare pour remplir l’ennui des vacances, pour observer un peuple invisible au commun des mortels. Claude Nuridsany et Marie Pérrenou, les comparses de Microcosmos ont mis quatre ans à sonder les eaux dormantes, à l’aube, la nuit, en surface, en profondeur, de l’infiniment petit (larves de dytique) au relativement grand (crapaud).Un bestiaire à la fois terrifiant et gracieux, des tableaux impressionnistes nimbés de brume, des libellules se faufilant entre les nuages, que de patience il a fallu pour saisir l’univers secret et insoupçonné d’une mare anodine en apparence. La nature aide les enfants à se situer dans le monde. Marie et Claude (grands et petits) apprennent à nous émerveiller de tout et de rien.
The Lady a pour mérite essentiel de rappeler que la Birmanie est une dictature. Luc Besson (Le grand bleu) insuffle peu de grandeur à la vie passionnée de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, interprétée sobrement par Michelle Yeoh, très ressemblante. Le cinéma de Besson est propre mais ne vibre pas, à part quelques scènes (hôpital, discours, bravoure contre les soldats..). Le combat politique de cette opposante exemplaire aux généraux birmans est relégué au second plan, laissant une trop large part à la relation du couple séparé par la junte. Le récit multiplie les allers et retours entre Oxford et Rangoon, nous privant d’une plongée dans la réalité quotidienne birmane. Besson réalise un produit international et consensuel au détriment de l'identité locale. Dommage aussi une musique sirupeuse et du Bono sur la marche des Moines.
Les révoltés de l’île du Diable décrit la vie infernale de dans une maison de redressement exilée sur une ile norvégienne en 1915. Le régime sadique et brutal de Bastoy a sévi de 1900 à 1953. Certains détenus sont là depuis l’âge de 9 ans. Ils regagnent le continent lorsque des éducateurs et un directeur omnipotents réussissent à "sortir le bon chrétien qui est en eux". Tel la baleine harponnée trois fois, le numéro 19 encaisse et ne se rend pas. Son courage et sa détermination enflamme une violente révolte entraînant une répression implacable. La caméra de Marius Holst est implacable et glaçante, déclinant les gris et les bleus atones, couleurs d’un avenir plombé.
Ma sélection des vacances : Happy Feet 2 ; Mission : Noël ; Intouchables ; Real Steel ; Les neiges du Kilimandjaro ; Le tigre et les animaux et bien sûr Hugo Cabret.
Patrice Gilly