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Happy Feet 2, Les neiges du Kilimandjaro, Beyond, Immortels

Happy Feet 2, Les neiges du Kilimandjaro, Beyond, Immortels

Ne cherchez plus le spectacle familial pour la St Nicolas et les fêtes, suivez les yeux fermés les traces des Happy Feet 2 (en traduction littérale les pieds heureux). Six ans après avoir gagné l’Oscar du meilleur film d’animation, George Miller repart dans l’Antarctique et en ramène un spectacle total à voir de préférence en 3D, la stéréoscopie étant, pour une fois, au service d’une histoire palpitante, émouvante, dansante et stimulante. Le film délivre un message de tolérance et de solidarité bienvenu en ces temps de repli sur soi et sur son clan. Comme dans le premier épisode, Miller porte des thèmes écologiques assez spectaculaires

Le jeune Erik quitte sa famille pour suivre Sven, le pingouin hybride au bec de toucan. Will, minuscule invertébré, se risque lui aussi à l’extérieur de son essaim de krills, ces crevettes microscopiques qui nourrissent le peuple animal de l’Antarctique. Son copain Bill l’accompagne, sans partager son goût de l’aventure. Une catastrophe naturelle brise le désir d’indépendance des deux électrons libres. Le continent bouge sous l’effet du réchauffement atmosphérique. L’accès à la mer et au poisson est coupé. Il y a désormais les pingouins d’en haut et ceux d’en bas, séparés dramatiquement par une crevasse infranchissable. Mieux vaut être léger et volant comme Sven ou les labbes bruns - des oiseaux hargneux - pour survivre… Mais pas nécessairement ! Les éléphants de mer, rameutés par Mumble, le père d’Erik, pèseront de tout leur poids pour changer le monde en rythme avec leurs frères pingouins et krills. Chacun contribue avec ses différences unies dans un même élan vital.

Happy Feet 2 montre l’Antarctique comme vous ne l’avez jamais vu, criant de réalisme, mystérieusement beau. Des techniques époustouflantes de rendu de texture et d’éclairage transposent finement une documentation minutieuse sur la formation de la neige et de la glace. Même réalisme pour le léopard de mer, les méduses, le chalutier pollueur, on les croirait tirés d’un documentaire, surtout les pingouins, expressifs et soyeux. Miller joue à la fois sur l’intimisme et sur les ondoiements de masse qui meuvent 16 millions de pingouins et 600 000 krills. Bouger ensemble pour faire face, chanter et danser pour lâcher ses peurs, quelle belle sortie de crise ! La bande originale réinterprète des chansons et des mélodies classiques. La musique fusionne opéra (la Tosca), rap, hip-hop, pop et chant traditionnel. Les solos de Gloria et d’Erik sont particulièrement poignants. Bref, que du bonheur et une furieuse envie de danser et de chanter sur son siège.

Envers et contre tous les séismes sociaux et financiers, Robert Guédiguian reste fidèle à son petit monde de l’Estaque, qu’il sonde depuis Marius et Jeannette. En trente ans, le quartier marseillais a changé, avec ses nouveaux lotissements et une classe ouvrière qui s’embourgeoise (La lutte, c’est classe). N’empêche, les habitations, neuves et anciennes, donnent toutes sur le port, la mer et les chantiers navals. L'horizon géographique ne bouge guère tandis que les horizons de lutte muent vers la solidarité familiale. Les Neiges du Kilimandjaro reflètent le désarroi d’un prolétariat peut-être affaibli par l’âge et le confort, mais toujours ancré dans les valeurs essentielles : générosité, solidarité, loyauté. Michel, délégué syndical, participe au tirage au sort qui désigne les vingt ouvriers éjectables. Le vieux perd sa place comme le jeune embauché depuis six mois. Christophe n’a d’autre issue que la violence pour assurer la subsistance de ses deux frères. Michel et sa femme Marie-Claire identifient leur agresseur. Leurs certitudes vacillent, emportées d’abord par la colère et le désir de vengeance. Puis, le vieux couple dépasse le premier réflexe. Les militants et amants de toujours reconstruisent un nouveau possible fondé sur le pardon et la solidarité. Michel n’hésite pas à citer Jaurès et Victor Hugo, toujours d’actualité, même si le style Guédiguian paraîtra désuet à quelques uns.

Le passé finit toujours par vous rattraper. A 34 ans, Leena pense avoir effacé une enfance douloureuse en cachant à son mari et à ses enfants l’existence de parents alcooliques et d’un frère. Un coup de fil impromptu de sa mère rompt l’harmonie familiale et fissure la solidité apparente de cette maman de deux filles, mariée à un homme attentionné. Johan pousse Leena à renouer avec sa mère agonisante à 600 km de Stockholm. Il embarque la famille au chevet de la mourante. Le passé de Leena remonte à la surface dans des flashbacks éprouvants. Elle est partagée entre colère et pardon à l’égard d’une mère défaillante. Adolescente, Leena a survécu vaillamment, trouvant des supports de résilience dans la protection de son frère et dans la natation de compétition. L’eau éteint l’enfer de son quotidien, sordide et repoussant. Devenue adulte, Leena s’est murée dans une carapace fragile, construite sur le silence et l’occultation du passé.

Beyond consacre le talent de Noomi Rapace, connue pour son rôle de Lisbeth Salander, hackeuse insoumise dans la série Millenium. L’actrice suédoise convainc dans un mélodrame contenu, premier long-métrage de Pernilla August. Contenu comme le corps de Leena, figé dans une posture insupportable de déni. Oui, Leena aime toujours sa mère, vérité enfouie en elle, qui émerge dans une scène magnifique, où enfin les larmes sortent, délivrance vers un futur apaisé. "J’ai pensé que j’aurais pu arranger cela", dit-elle, confirmant la culpabilité généralement éprouvée par les enfants de parents perturbés. Leena s’en tire grâce à un mari remarquable d’écoute et de tact. Le partenaire de Noomi Rapace est aussi le sien dans la vie. Cette complicité naturelle transparaît dans le couple à l’écran.

Le cinéma redécouvre la mythologie grecque, sujet graphiquement inépuisable. Les producteurs de 300 remettent Thésée au goût du jour dans Les Immortels (Immortals). Zeus élit ce jeune archer pour affronter le roi Hyperion, ennemi dément de l’humanité. Très sanguinaire. La 3D assombrit terriblement les scènes peu éclairées. Dispensable en 2D aussi.

Le 1er festival international du film « EOP ! » -Extra & Ordinary People- commence vendredi 2 décembre à Namur. Le festival gravite autour de la journée mondiale de la personne handicapée (3/12). La plupart des douze films sélectionnés (documentaires, fictions ou docu-fictions) sont inédits en Belgique. Cinq séances avant-premières sont décentralisées à Charleroi, Libramont, Liège et Tournai le jeudi (Infos et réservations au numéro gratuit 0800/11 300). Les lieux sont évidemment accessibles aux personnes à mobilité réduite. Les projections sont adaptées aux handicaps, avec sous-titrage et interprétation en langue des signes, audio-description (sur demande) pour les personnes malvoyantes et aveugles. Ne manquez pas ces vrais films d’auteur, qui valorisent les capacités plutôt que l’incapacité. C’est l’occasion aussi de partager de bons moments avec des personnes en situation de déficience qu’habituellement nous hésitons à aborder. Pour surmonter vos peurs éventuelles, prenez Driss comme modèle dans le très beau Intouchables, huit millions d’entrées en deux semaines en France. Du jamais vu.

CinéFemme a décerné son prix annuel hier soir à L’étrangère (Die Fremde), film réalisé par une femme et dont le héros (j’ai pesé le mot) est une femme. Le prix trouve écho dans le 1er procès pour crime d’honneur actuellement jugé en Belgique. La réalisatrice Feo Aladag dénonce les traditions ancestrales du code d'honneur familial, du machisme, de l'omerta, soutenue par la remarquable interprétation de Sibel Kekilli, en mère rebelle (Voir Coup de cœur du 9 mars 2011).

Patrice Gilly

Mission : Noël-Time Out - L’art d’aimer - Lena - Vallanzasca - L’envahisseur : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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