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Livrer deux milliards de jouets en une nuit relève de la mission impossible. Les elfes du Père Noël sont équipés comme des commandos d’élite pour garnir un maximum de sapins en un temps record. Les petites mains du grand Père ont 18 secondes pour aller d’un foyer à l’autre. Le Père Noël s’essouffle après 70 missions. Heureusement, Steve, son fils aîné, supervise les opérations dans un centre de commandes digne de Cap Kennedy. Le S-1, immense traîneau furtif, a remplacé l’attelage tiré par des rennes. Il faut vivre avec son temps, ce que n’admet pas Arthur, le frère de Steve, commis au service courrier. Son bureau désordonné, aux couleurs chaudes, contraste avec les tons froids du centre de commandes. Arthur est amené à se surpasser en compagnie de son grand-père pour réparer un bug survenu dans la machine bien huilée : l’oubli d’un cadeau. Une course contre la monte commence. Le vieux traîneau reprend du service, avec huit rennes fringants et de la poudre magique en propulsion. Mais sans GPS, il n’est pas dit que Gwen aura son vélo avant l’aube au fin fond des Cornouailles.
Mission : Noël (Les aventures de la famille Noël) renouvelle le genre en opposant une conception ultramoderne et high-tech à une façon de voir les choses plus chaleureuse mais appartenant à un monde en train de disparaître. Cette opposition de style est très en vogue à Hollywood. On l’a vu dans Super 8, et on le reverra la semaine prochaine dans Real Steel, un régal. Sony Pictures Animation doit imposer sa patte face aux grands studios d’animation Pixar et Dreamworks. Sarah Smith relève le défi en créant des personnages très expressifs, adoptant l’ancienne méthode du dessin et de la pâte à modeler, avant de passer à l'animation en pixels. Elle voulait du sentiment et a encouragé les animateurs à se filmer eux-mêmes et à se prendre comme référence. Les bonnes vieilles recettes donnent une âme chaleureuse à ce conte de Noël précoce.
Andrew Niccol est un réalisateur de science-fiction visionnaire. En 1997, Bienvenue à Gattaca épinglait les dérives possibles de la génétique. The Truman Show passait la téléréalité à la moulinette. S1mOne fascinait avec sa star virtuelle. Cette fois, Time Out s’inscrit dans l’époque, en décrivant une société injuste, composée de milliardaires et de miséreux, où le temps est devenu monnaie d’échange universelle. Une bière vaut 3 minutes, un ticket de bus, 2 heures. Après 25 ans, le temps pèse plus lourd. A cet âge, l’horloge biologique s’arrête, chaque humain n’a plus qu’un an à vivre. Le décompte fatidique s’affiche sur l’avant-bras. Pour survivre, il faut gagner du temps ou bénéficier d’un don. C’est ce qui arrive à Salas, héritier d’un centenaire, qui le propulse dans la caste des nantis. Son énorme capital temps lui permet de sortir du ghetto et de fréquenter les nantis de ce monde, repliés dans le luxe et gestionnaires des ressources vitales qu’ils échangent en bourse. Lorsque les culs-terreux sont trop nombreux dans l’inframonde, ils manipulent les prix à la hausse pour réguler la population des + de 25 ans. Les pauvres sont incapables d’acheter les biens de première nécessité. Ils doivent emprunter du temps à des taux prohibitifs. Le parallèle avec notre monde régi par les finances est flagrant, tracé par l’idée géniale du temps élevé au statut de devise mondiale. Les décors distillent une ambiance menaçante en permanence. Le scénario exauce notre désir de révolte en faisant évoluer le couple de héros vers Bonnie and Clyde, au service des plus démunis. Dommage que Niccol ait cédé aux sirènes du cinéma poursuite classique dans la dernière partie d’une œuvre jusqu’alors captivante.
L’art d’aimer, c’est aimer parler de l’amour, de la sexualité. Emmanuel Mouret poursuit ses variations sur le sentiment amoureux entamées dans Un baiser s’il vous plaît et Fais-moi plaisir. Où trouver la force de résister à son désir, se demandent des couples présents et à venir dans huit saynètes chacune introduite par un intertitre : "Sans danger, le plaisir est moins fort ; Il ne faut pas refuser ce que l’on nous offre ; Il n’y a pas d’amour sans musique, etc." A défaut d’étreintes, l’amour se nourrit de la musique des mots ou… de l’obscurité. Isabelle et Boris s’unissent aveuglément dans une chambre d’hôtel, alors que dans la clarté, le courant est gelé. François Cluzet et Frédérique Bel, voisins de palier, sont cocasses dans une approche amoureuse à reculons. Les plans séquences, les croisements de personnages dans un même lieu, la langue bien troussée, font penser à Rohmer, parfois à Truffaut, souvent à Christian Vincent (La discrète). Ariane Ascaride, Julie Depardieu, Judith Godrèche, Laurent Stocker interprètent avec conviction ce badinage assez intellectuel qui nous dit de ne pas confondre remords avec regret, délicatesse avec timidité, liberté et don de soi. Mais les mots sont impuissants face au langage des corps. L’air amoureux est bien difficile à chanter, tant on craint la liberté de l’autre.
Lena, de l’amour, elle en a revendre au point de se donner au premier venu, au deuxième et plus encore. Lena est grosse, a presque 18 ans et une mère célibataire. Elle n’a aucune estime de soi, ni de respect envers un corps qui fait fantasmer tous les mecs avide d’un "coup" facile. La vie de Lena bascule quand elle rencontre Daan. Il vit avec son père Tom, zombie depuis la mort de sa femme. Ce beau garçon, gentil et espiègle, est sincèrement amoureux de Lena, mais il ment comme il embrasse. Une nouvelle vie commence pour le trio. Lena découvre en elle une force de survie insoupçonnée qui la poussera à commettre l’irréparable, après avoir été trahie. Emma Levie emplit l’écran et porte ce film cadré en format 4:3. Nous voyons le monde avec les yeux de cette presqu’adulte, avide d’affection et de reconnaissance. La jeune actrice imprègne magistralement un récit noir, scabreux et pessimiste. Le film est interdit au moins de 12 ans. Je dirais même plus : à réserver aux personnes moralement averties, pour reprendre une terminologie désuète. Christophe van Rompaey soulève des questions graves (place et rôle parental, inceste) auxquelles une réponse adulte est nécessaire. Lena, Daan et Tom composent une nouvelle famille. La jeune fille est à la fois amante, mère et sœur. La psychologue et psychanalyste Catherine Ternynck* évoque l’émergence d’une clinique de l’incestuel qui nuance les couleurs de l’inceste, traditionnellement vu en noir et blanc. Elle décrit ces nouvelles familles, où identités et générations se mélangent subtilement, donnant lieu à un empiètement discret des places et des paroles. La différence entre générations s’estompe, installant "une promiscuité psychique propice aux courants incestueux". C’est un des sujets effleurés dans Lena, qui mérite d’être approfondi avec un recul absent dans l’approche frontale du réalisateur de Coup de foudre à Moscow-Belgium (Léna ne sort qu’à Bruxelles dans un premier temps).
* L’homme de sable, Editions du Seuil
Après Romanzo criminale, Michele Placido récidive avec L'Ange du mal (Vallanzasca), nouvelle plongée dans la criminalité italienne. Renato Vallanzasco a volé et tué à répétition dans les années 1970. Contemporain des brigades rouges, le plus grand criminel de la Botte n’a aucune visée politique. Renato est un insoumis inné, simplement né pour voler. Deux heures de reconstitution efficace, mais sans intérêt, ce bandit primaire ne laissant planer aucun mystère sur ses intentions.
Je n’ai pas vu L’envahisseur, premier long-métrage de Nicolas Provoost. Je lui laisse le mot de la fin, extrait d’une interview accordé à Cinergie.be. "C’est l’histoire d’un des milliers d’Africains qui viennent à la recherche du paradis en Europe. Il se retrouve à Bruxelles, entre les mains de la mafia du trafic d’humains dont il essaie de se détacher pour commencer une vraie vie, à la recherche de satisfactions émotionnelles et économiques". Le film est également interdit au mois de 12 ans. Mieux vaut attendre 14 ans, me dit l’amie Michèle, à cause "d’images violentes et choquantes pour qui n’en décode pas le sens."
Patrice Gilly
Twilight 4 - La conspiration - Elle ne pleure pas, elle chante - 50/50 : retrouvez la chronique de la semaine dernière en cliquant ici.