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Comme Harry Potter, la saga mélo- vampirique Crépuscule expire en deux souffles. Twilight 4 : Révélation, 1re partie n’est vraiment saignant que dans son dénouement. Dire qu’il faudra encore attendre un an pour connaître le sort de Bella et de ses deux soupirants, le doux vampire Edward et le rugueux loup-garou Jake. Dans le quatrième opus, le trio devient inséparable, malgré le mariage de Bella et Edward. Un hymen traditionnel en blanc, dans une clairière parée de fleurs blanches, en présence du pasteur et des familles. 18 ans, c’est sans doute un peu jeune pour convoler, mais Bella avance vaillamment vers l’élu de son cœur qui, d’un seul regard, raffermit son pas vacillant vers l’autel. Le succès de la saga chez les adolescents est là, dans cet amour pur, désincarné, voué à l’éternité si Edward se décide à sceller charnellement l’union tant désirée et pleine d’inconnu. Rien à signaler pendant la lune de miel idyllique sur une île paradisiaque, dans la baie de Rio. La belle et le beau épuisent leur nuit de noces, filmée chastement, dans l’esprit prude des romans de Stephenie Meyer. Bella épouse courageusement les convictions de cet auteur mormon : elle accepte d’accoucher au péril de sa vie d’un enfant mi-vampire, mi-humain. Son amoureux est confronté à une terrible décision : doit-il sauver sa jeune mariée en lui injectant son venin et la transformer en vampire immortelle ? Jake, pour sa part, a tranché : il trahit son clan pour protéger la jeune mariée.
En changeant quatre fois de réalisateur, Twilight n’a jamais trouvé son âme, sinon dans une approche édulcorée de l’univers des vampires. La famille Cullen impeccablement unie ne chasse que pour rapporter du sang à Bella, ne montre jamais les dents, sauf pour sourire. Les loups, le clan de Jake, sont les seuls à lâcher leurs crocs, mais on ne les voit jamais mordre. Bella, en mal de sang, le boit à la paille dans un gobelet. Son ventre gros d’un bébé inattendu est rarement à l’écran. C’est un parti pris supportable, si l’histoire captive. Hélas, les rebondissements sont rarissimes au bénéfice d ‘une romance étirée et sirupeuse. Personnellement, je lirai le dernier tome, sans patienter un an. Je déjouerai ainsi les calculs de producteurs trop enclins à ne penser qu’au tiroir-caisse, en allongeant artificiellement les épilogues de franchises à succès
A 71 ans, Robert Redford continue à revisiter l’histoire des Etats-Unis. Un des plus glamours acteurs américains tournera l’an prochain The Company You keep sur un mouvement anti-guerre au Vietnam à la fin des années 1960. En 2007, Lions et Agneaux sondait les motivations de l’engagement en Afghanistan. Cette fois, Redford éclaire d’un jour nouveau La Conspiration (The Conspirator), une parodie de procès contre huit personnes impliquées dans un complot contre le président Lincoln, assassiné en 1865. Mary Suratt retient particulièrement l’attention du réalisateur. Sa culpabilité n’est pas aussi évidente que le prétend le tribunal militaire. Défendue par un jeune avocat, celle qui hébergea l’assassin de Lincoln dans son hôtel, connaîtra un sort funeste. Classique et intéressant.
L’inceste est un sujet grave, rarement abordé à l’écran. Philippe de Pierpont brise le silence et donne la parole à une jeune femme (Erika Sainte) quasiment de tous les plans. Elle se reconstruit en disant ses quatre vérités à un père indigne plongé dans le coma. Ce "gros porc" l’a violée tout au long de son enfance. A 30 ans, cette meurtrissure indélébile prive Laura de la capacité d’aimer et d’être aimée. Elle ne pleure pas, elle chante n’enchante guère dans un dispositif théâtral peuplé de symboles. Les caisses non déballées dans l’appartement de Laura suggèrent un entre-deux, une oscillation entre la vie malgré tout et un passé aliénant. Laura vide son sac devant sa mère (dans le déni) et son frère (dans l’ignorance). Les mots sonnent justes, manque juste l’empathie avec une victime disant d’elle qu’"il n’y a rien d’aimable chez moi". Laura est sèche, comme la mise en scène, très cérébrale, qui aurait gagné beaucoup en tissant une ligne d’affectivité entre les protagonistes.
Peut-on rire du cancer ? Les réponses sont partagées à 50/50. La mère, l’ami et la thérapeute d’Adam réagissent différemment à la maladie qui lui tombe dessus à 27 ans alors qu’il mène une vie sans excès. Il est peut-être temps de se laisser aller à l’une ou l’autre extravagance. Adam a une chance sur deux d’en réchapper, une statistique qui pousse à prendre conscience avec humour des valeurs essentielles ici-bas.
Le festival du court-métrage de Namur a commencé hier jusqu’au samedi 19. Les films primés sont visibles à 16h45 dimanche 20, à la Maison de la culture. La séance est à 2 €. Le Festival des Libertés commence demain. La compétition internationale de documentaires se déroule sur 10 jours au Théâtre national et au KVS à Bruxelles. Le festival prend la température de l’état des droits et des libertés dans le monde. Il rend hommage à tous ceux qui donnent corps à leurs utopies. Les deux premiers documentaires présentés suivent un groupe de militants pour le droit au logement à Barcelone (Squat, la ville est à nous) tandis que Cultures of Resistance (Brésil) évoque les peuples qui résistent à l’oppression à travers la culture et les arts. A signaler dans une programmation très riche, le 23/11, l’avant-première mondiale de l’Affaire Chebeya, devoir de justice. Thierry Michel, grand connaisseur du Congo a enquêté sur l’assassinat à Kinshasa de cet activiste des droits de l’homme.
Si le documentaire vous passionne, sachez que la cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles recèle des trésors insoupçonnés, 8 000 films amassés depuis la Deuxième Guerre mondiale. Marianne Thys a exploré ces archives méconnues et a sélectionné 100 films, admirés ou oubliés, émouvants ou dérangeants, innovants ou classiques, dotés pour la plupart de prix prestigieux. Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, Terminus de John Schlesinger … À Valparaíso de Joris Ivens, Les Mammifères de Roman Polanski, Idylle sur le sable d’Henri Storck, La Noire de… d’Ousmane Sembène figurent dans Mémoires du monde, une anthologie du cinéma documentaire publiée sous la direction de Francis Dujardin, aux éditions Yellow Now/Côté Cinéma & Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En prologue de cet ouvrage, le cinéaste et écrivain Jean-Louis Comolli retrace l’évolution du documentaire depuis la naissance du cinéma et la révolution amenée par le son synchrone.
Une belle soirée d’anniversaire pour terminer. Cinergie.be souffle ses quinze bougies vendredi 18/11, au studio 5 de Flagey. Six courts-métrages seront projetés à partir de 20h. Le seul magazine en ligne du cinéma belge invite à remonter la ligne du temps et à découvrir la crème du court belge primée par son jury de critiques. Les auteurs seront présents, notamment Dominique Abel et Fiona Gordon (La Fée). Réservation et infos pratiques : flagey.be. Le site fera bientôt peau neuve, considérablement dépoussiéré. Depuis novembre 1996, Cinergie.be publie critiques, entrevues avec des réalisateurs, comédiens, des nouvelles de films en cours de tournage, des présentations d'ouvrages sur le cinéma, des sorties de DVD. Une référence, un must, un plaisir pour les amateurs de notre cinéma qui a bien grandi en 15 ans.
Patrice Gilly