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La source des femmes coule naturellement les autres films de la semaine. Dans ce petit village du Proche-Orient, les hommes chôment mais laissent toujours leurs moitiés s’éreinter à puiser l’eau au sommet escarpé de la montagne. Le cœur des hommes est sec comme la terre est aride depuis 15 ans. Les chefs de familles n’ont cure des fausses couches et des chutes encourues par les porteuses d’eau. La cruche finit par déborder. Un jour, Leila en a marre. Soutenue par l’ancienne, surnommée Vieux fusil, elle décrète la grève de l’amour, tant que le village n’est pas raccordé à l’eau courante. Plus de sexe, ni de câlins pour ces mâles imbus de leur pouvoir, même plus capables de rapporter de l’argent à la maison. Au-delà de la corvée épuisante, Leila revendique aussi un meilleur statut pour la femme, soumise à vie, servante et chair à marier. Leila sème la révolte. Les hommes répondent par l’intimidation ; certains battent leur gréviste du sexe. Sauf Sami, le mari de Leila. L’instituteur a éveillé son épouse à la lecture, au débat d’idées. L’instruction, source d’émancipation…N’empêche, Sami a peur des représailles pour sa famille et l’école. "Tu veux l’eau ou tu veux tout bousculer ?" lui demande-t-il. Leila persévère, tient la dragée haute à l’Iman sur l’interprétation du Coran, plaide pour un Islam éclairé, fondé sur la tolérance. La solution est bien entendu d’amener l’eau au village, à condition de ne rien précipiter, dit un fonctionnaire, "car alors les femmes auront le temps d’aller à l’école, de faire des études et de quitter le village".
Radu Mihaileanu (Le concert) ébranle quelques tabous dans la société musulmane (et moderne) : soumission de la femme, violence conjugale, place de l’instruction, poids de la religion. Comme Nadine Labaki dans Et maintenant on va où ?, il s’appuie sur une bande de femmes épatantes de naturel (Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna…). Elles incarnent un combat contre l’oppression loin d’être gagné. Leur victoire à la Pyrrhus ne chavire pas la primauté masculine. Esméralda, sœur de cœur de Leila, comprend que l’avenir est ailleurs. Elle prend le bus, sans savoir où elle va, ni ce que sera sa vie, mais, au moins, elle sera une femme libre. Leila, elle, reste au village, écrasé de soleil, encore loin du progrès amorcé. En dépit de son cours parfois sinueux et simpliste, La source des femmes jaillit aucœur des épris de liberté et de justice.
La justice est au centre de Toutes nos envies. Justice tolérante à l’égard des sociétés de crédit, injustice de la vie qui condamne Claire à mort au début de sa carrière de magistrat. Stéphane, un ami juge, l’accompagne dans sa maladie. Ils apprennent à s’apprécier dans une lutte commune contre les rapaces plongeant les plus démunis dans le surendettement. On s’attend à un démontage en règle du crédit à la consommation. Non. Le cancer biologique emporte le cancer consumériste. Ce sont deux grands sujets et il y en a forcément un de trop. Philippe Lioret s’essaye maladroitement au mélodrame, empêtrant Marie Gillain et Vincent Lindon dans un méli-mélo invraisemblable. Le scénario bancal met étrangement le mari de Claire (Yannick Rénier) sur la touche au profit d’une complicité innée entre le vieux briscard et la novice des prétoires. Philippe Lioret déçoit, incapable de donner un axe clair à Claire, partagée entre angélisme et flou de ses intentions. La frustration monte au fil des longues deux heures que dure Toutes nos envies. Je n’en ai qu’une : que Philippe Lioret renoue rapidement avec l’inspiration de Welcome, de Je vais bien, ne t’en fais pas ou encore de Mademoiselle, que des bons souvenirs qui gomment ce ratagesurprenant.
Mon pire cauchemar m’a à peine consolé. Le duo Huppert/Poelvoorde fonctionne bien, sur le choc des contraires : l’intello psycho-rigide et le populo sexo-grossier. Anne Fontaine aime bien Benoît. Dans Entre ses mains, elle lui donnait son premier rôle dramatique. Cette fois, elle a laissé toile blanche à l’acteur namurois avec mission de déstabiliser la "chic" Agathe, directrice d’une Fondation d’art contemporain. Ce n’est pas gagné, Patrick habite avec son fils dans une camionnette. Mais Tony, une tête (pas comme son père), est copain du fils de la bourgeoise. Le courant passe bien aussi entre Patrick et François, le mari d’Agathe. Au point que cet éditeur très courtois confie la transformation de son appartement au grossier merle qui sait tout faire de ses mains. Anne Fontaine revient à la comédie après La fille de Monaco, jouant sur les oppositions de caractères plus que sur la finesse des situations. Patrick est épouvantablement rustre, graveleux et décomplexé. Agathe est hautaine, prude et frigide. Les contraires s’attirent, c’est bien connu, même jusqu’en Belgique, épisode inutile, prétexte à la vision française de Belges, incultes et buveurs. Virginie Efira et André Dussollier campent habilement deux seconds rôles dans l’air du temps. Mon pire cauchemar s’endort après une bonne première demi-heure.
C’est encore 10 000 fois mieux qu’On ne choisit pas sa famille, le niveau zéro de l’écriture comique. Christian Clavier cumule les rôles : scénariste, réalisateur, producteur, acteur. Le grand copain de Sarkozy la joue faussement progressiste. Un couple de lesbiennes a besoin d’un mari pour adopter une petite Thaïlandaise. Kim part sur place avec César comme mari de service. Un médecin français traditionnaliste est chargé de tester la solidité du couple adoptant. Ça se corse lorsque le bon docteur blanc en pince pour Alex, la femme de Muriel, venue à la rescousse de César emprisonné dans les affreuses geôles thaï. C’est tout juste s’il échappe à un violeur, gros homo dégoûtant. Le film véhicule une série de clichés sur l’homosexualité, la cuisine asiatique, les coutumes locales et la sexualité, une véritable indigestion bien pensante. Hypocrite, voire immonde.
Je ne peux même pas vous offrir un bon Poulet aux prunes pour terminer sur une note enthousiaste. Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud adaptent à nouveau une bande dessinée de la graphiste iranienne. Persépolis était du dessin pur et une réussite graphique. Cette fois, le tandem mélange les genres et les techniques, dans un puzzle hybride qui éclipse les acteurs. Mathieu Amalric décide de mourir. Il se couche et ne mange plus. Il se souvient de sa vie, la revit, la rêve. Le compte à rebours livre des beautés fugaces, noyées, hélas dans un mélange décousu d’ambiances, lassant à la longue.
Dernier coup de cœur de la saison pour Cinefemme, le 13 novembre, à 10h45, au cinéma Arenberg, à Bruxelles. The Conspirator, de Robert Redford, raconte l'histoire véridique de Mary Surratt, accusée d'avoir fait partie des conspirateurs qui ont assassiné Abraham Lincoln, 16e président des Etats-Unis.
Patrice Gilly
Intouchables, L’exercice de l’Etat et Drive : retrouvez la chronique précédente en cliquant ici.